In memoriam de Paul Léautaud


J’avais envie depuis longtemps de découvrir l’oeuvre de Paul Léautaud, et c’est grâce à un excellent article de Goran du blog « des livres et des films » que j’ai enfin pris la décision de me procurer son petit livre autobiographique intitulé In memoriam et qui parle essentiellement du père de l’écrivain.
Je vous renvoie à l’article de Goran pour un point de vue plus étoffé que le mien : ici.
Je dirai en préambule que j’ai admiré le style très limpide et très concis de Léautaud, un style très enlevé et même léger dont il ne se départit pas, même quand il aborde un thème aussi grave que l’agonie de son père, qu’il traite avec une désinvolture étonnante, avouant même que cela le divertit de se rappeler ces souvenirs, et ayant l’air pressé que cette corvée de veiller son père mourant soit terminée. Peut-être que cette légèreté amusée et cynique n’est qu’une pose de dandy, destinée à choquer le bourgeois du début du 20è siècle, et d’ailleurs elle pourrait nous heurter encore un peu en ce début de 21è siècle, mais très modérément.
Léautaud nous parle de son enfance dans la première moitié du livre, une enfance triste où ses parents ne s’occupaient pas de lui, sa mère absente, et son père coureur de jupons infatigable, amateur de très jeunes filles, qui était aussi homme de théâtre.
C’est malgré tout un portrait superficiel qu’il dresse de son père, dont nous ne saurons ni les traits de caractère ni les idées, et dont le seul souci qui intéresse son fils est celui des femmes.
Ce livre, écrit en 1905, ne manque pas de détails croustillants sur la vie privée de son père et sur ses tâtonnements d’adolescent timide, et il rappelle un peu l’état d’esprit des vaudevilles de l’époque, voire, en moins percutant, la cruauté d’un Maupassant.
In memoriam m’a intéressée surtout comme reflet d’une époque, car j’aurais aimé moins de cynisme dans le regard de l’auteur.

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Franz et François, de François Weyergans

couverture du livreJ’ai acheté ce roman il y a déjà quelques années mais je n’avais pas encore eu l’occasion de m’y atteler. Je savais que c’était un bon livre car, à l’époque où j’avais lu Trois jours chez ma mère (Prix Goncourt 2005) plusieurs personnes m’avaient prévenue que Franz et François était beaucoup plus abouti et réussi.

L’histoire :
Un écrivain, nommé François Weyergraf et âgé d’une petite cinquantaine d’années, essaye depuis cinq ans d’écrire un livre sur ses relations avec son père mais il est désespérément bloqué, ne pouvant plus ni avancer dans l’écriture de ce livre ni renoncer à l’écrire. Il profite, en ces temps de vacances estivales, de l’absence de sa compagne Delphine pour multiplier les conquêtes féminines mais il a l’impression d’être au bout du rouleau et, comme il le dit lui-même, de « toucher le fond ».
Puis commence bientôt pour le lecteur l’entrée de plain pied dans le récit des relations entre Franz Weyergraf, écrivain catholique rigoriste et hautement possessif, et François Weyergraf, le fils obéissant mais perturbé qui finira par devenir lui aussi écrivain, mais dans un registre beaucoup moins catholique que son père.

Mon avis :
J’avais déjà lu deux romans de Weyergans avant celui-ci et j’ai trouvé que Franz et François était nettement supérieur.
Ce livre montre un fils d’abord complètement inféodé à son père : partageant ses idées, sa religion, sa morale, ses goûts, et l’aimant d’un amour aveugle, au point de se rendre malade de culpabilité à chaque fois que ses désirs contrarient les plans que son père a pour lui. Puis, on le voit peu à peu s’émanciper de cette emprise, prenant le contrepied exact de tout ce que son père lui a inculqué, mais toujours en cachette de lui, et sans oser affronter ce père tant redouté, avec lequel il éprouve désormais le besoin de mettre la plus grande distance possible (aussi bien moralement que géographiquement).
Lorsqu’il va rendre visite à ses parents, il se croit obligé de mentir sur sa vie, laissant par exemple croire qu’il continue à aller à la messe et qu’il vit toujours avec sa première femme.
Mais le voile des mensonges et des dissimulations finit par craquer. Au gré de plusieurs psychanalyses, ce fils finit par voir les terribles défauts de son père et par évacuer une partie de son mal-être.
Il écrit un premier roman – aussi peu catholique que possible – et l’envoie à ses parents, ce qui sera son premier et dernier acte d’affirmation de soi vis à vis de son père : ce dernier meurt en effet à peine quelques mois après avoir lu le roman de son fils, et sans avoir eu le temps de se réconcilier avec lui.
J’ai trouvé que c’était un très beau roman, plein de tensions et de conflits intérieurs, qui réussit en même temps à être souvent cocasse et qui ne tombe jamais dans l’auto-apitoiement.
Je conseille vivement ce livre !