Mon nouveau recueil poétique « La Portée de l’Ombre » est paru

Vous vous souvenez sans doute, si vous suivez ce blog, que les éditions Rafael de Surtis avaient lancé une souscription pour mon recueil « La Portée de l’ombre », où il est question de musique et de folie.
Cette souscription a bien marché, en grande partie grâce à vous, et je vous en remercie !
Le recueil a pu être publié vers la mi décembre 2020.

La poète et directrice du site Recours au Poème, Marilyne Bertoncini, a créé une vidéo à partir de l’un des textes de ce recueil : celui qui concerne Miles Davis et son célèbre morceau « So What ».
Merci à elle, car sa voix, sa diction, le paysage urbain et, bien sûr, la musique en arrière plan, correspondent parfaitement à mes intentions.

Pour acheter mon recueil, le bulletin de souscription que j’avais publié en novembre est toujours valable.
Je vous redonne le lien vers l’article ici.

Dans les prochaines semaines, je vous donnerai d’autres nouvelles de ce livre.

Quelques poèmes de Lydia Padellec

Couverture du livre chez Al Manar

Voici quelques poèmes en prose de la poète contemporaine, plasticienne et éditrice, Lydia Padellec (née en 1976) : ils sont extraits du recueil Mélancolie des embruns, publié en 2016 chez Al Manar, et accompagnés d’aquarelles de Catherine Sourdillon.
Lydia Padellec vit et travaille en Bretagne et l’océan est l’une de ses sources d’inspiration. Elle apprécie les formes courtes, comme le haïku, et a déjà publié une dizaine de recueils poétiques.

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page 12

Je me suis assise sur un rocher face à la mer. Le soleil et une petite brise sur le visage. J’ai regardé la mer et j’ai commencé à dessiner des mots en pensée. Ils avaient la forme d’une île, chaque syllabe le grain de sable d’une plage encore déserte. Ils avaient le bruit léger des vagues, un froissement d’ailes dans le bleu.

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page 20

J’aspire profondément. La brise iodée parfume mes lèvres. Derrière l’île, le bleu immense. Mer ou ciel, on ne sait. La ligne d’horizon disparaît dans la brume qui se lève. Le cri d’un oiseau déchire l’espace. J’attends le poème et ce baiser qui ne viendra plus.

Port-Louis, septembre 2014

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page 24

Roche de lichen et de sable, l’île s’enfonce en moi, pèse au creux de l’estomac. L’ombre des mots s’effrite et l’épilobe brouille le chemin. Je sombre – corps lourd – dans les abysses profonds. L’eau noire assourdit ma tête. Je ne vois plus, autour de moi, que silence.

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Ce billet poétique est l’occasion de vous souhaiter :

JOYEUX NOEL A TOUS !
Heureuses Fêtes de Fin d’Année !

Deux de mes derniers Poèmes en Prose

photo de la revue

Ces deux poèmes ont été publiés dans la belle revue annuelle Des Cahiers du Sens, éditée par Le Nouvel Athanor, sous l’égide de Jean-Luc Maxence et Danny-Marc.
Ce nunéro de 2020 marquait le trentième anniversaire de cette revue et abordait le thème du Silence.
J’ai cru comprendre que Le Nouvel Athanor cesserait son activité avec cette parution, ce qui m’attriste un peu, même si je suis contente d’avoir pu partager un petit bout de cette aventure avec eux.

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Le fait accompli

Le temps avance et nous emmène pas toujours avec lui. Restés en arrière, nous le regardons se diriger vers notre fin en nous demandant s’il est vraiment la peine de le rejoindre. Lui ne nous attend pas, son pas se fait au contraire plus pressé, plus sonore. Son pas continue à résonner dans nos têtes comme un glas urgent, jusqu’au bout du voyage. Bientôt, nous ne pourrons plus le rattraper et nos vies auront tout à fait versé dans le fossé de nos incuries et de nos poèmes en queue de poisson.

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Paysage Amoureux

Le soleil ouvre à peine la paupière, les nuages font bande à part et je regarde ailleurs.
Le matin n’est pas encore sorti de mon lit et l’aube démaquille l’horizon sans ménagements.
Ton absence est d’autant plus pesante que ta présence est légère.
Ton silence est lumineux, ta parole éclairante.
Ton amour me porte et me simplifie le monde sans le rétrécir.
Ton amour dénoue les lacets imbriqués de la mélancolie et de l’effroi.
Nul besoin de magie blanche, de sacrifice aux lunes rousses ou d’incantations cryptées, il me suffit de me dédoubler parfois en ton cœur.

MARIE-ANNE BRUCH

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Deux Proêmes de Francis Ponge


J’ai déjà parlé de Francis Ponge la semaine dernière, à propos du Parti Pris des Choses.
Mais ce recueil est suivi, dans son édition chez Poésie/Gallimard, du recueil Proêmes, qui est également tout à fait excellent, et dont je vous propose aujourd’hui deux textes :

LE PARNASSE

Je me représente plutôt les poètes dans un lieu qu’à travers le temps.

Je ne considère pas que Malherbe, Boileau ou Mallarmé me précèdent, avec leur leçon. Mais plutôt je leur reconnais à l’intérieur de moi une place.

Et moi-même je n’ai pas d’autre place que dans ce lieu.

Il me semble qu’il suffit que je m’ajoute à eux pour que la littérature soit complète.

Ou plutôt : la difficulté est pour moi de m’ajouter à eux de telle façon que la littérature soit complète.

… Mais il suffit de n’être rien autre que moi-même.

1928

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Et voici un extrait d’un deuxième texte

NATARE PISCEM DOCES

P. ne veut pas que l’auteur sorte de son livre pour aller voir comment ça fait du dehors.

Mais à quel moment sort-on ? Faut-il écrire tout ce qui est pensé à propos d’un sujet ? Ne sort-on pas déjà en faisant autre chose à propos de ce sujet que de l’écriture automatique ?
Veut-il dire que l’auteur doive rester à l’intérieur et déduire la réalité de la réalité ? Découvrir en fouillant, en piquant aux murs de la caverne ? Enfin que le livre, au contraire de la statue qu’on dégage du marbre, est une chambre que l’on ouvre dans le roc, en restant à l’intérieur ?

Mais le livre alors est-il la chambre ou les matériaux rejetés ? Et d’ailleurs n’a-t-on pas vidé la chambre comme l’on aurait dégagé la statue, selon son goût, qui est tout extérieur, venu du dehors et de mille influences ?
Non, il n’y a aucune dissociation possible de la personnalité créatrice et de la personnalité critique.

Même si je dis tout ce qui me passe par la tête, cela a été travaillé en moi par toutes sortes d’influences extérieures : une vraie routine.

Cette identité de l’esprit créateur et du critique se prouve encore par l' »ANCH’IO SON’ PITTORE » : c’est devant l’oeuvre d’un autre, donc comme critique, que l’on s’est reconnu créateur.

(…)

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Mozart et la pluie de Christian Bobin

bobin_presence Mozart et la pluie est un court recueil de poèmes en prose, que l’on peut trouver dans le livre La présence pure publiée chez Poésie/Gallimard.
J’ai choisi quatre de ces poèmes.

 

 » Quelqu’un qui a vu quelque chose  » : c’est ainsi que l’on pourrait désigner aussi bien les saints que les génies. Le plus délicat est ensuite de s’accorder sur ce qui a été « vu ». Thérèse d’Avila donne à son éblouissement un nom qui a la vertu de faire crier les sots et les doctes :  » Dieu « . Quant à Mozart, s’il est difficile de dire ce que précisément il a vu, il s’agit assurément d’une chose qui engendre puissance, gaieté et compassion.

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Pour perdre une chose, encore faut-il auparavant l’avoir possédée. Nous n’avons jamais rien eu à nous dans cette vie, jamais rien eu à perdre, rien d’autre à faire que chanter, chanter avec la gorge, le ventre, le crâne, le cœur, l’esprit, avec toute la poussière de nos âmes amoureuses.

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Depuis la toute légère enfance je suis en pourparlers avec moi-même, je mène de moi à moi un entretien que le monde s’évertue à interrompre. Pour continuer à me parler, j’ai commencé d’écrire. Ce qui se dit en moi n’est pas dans mes livres. Les livres sont un contre-bruit au bruit du monde. Ce qui se dit en moi est confié au silence, n’est rien que du silence. Les livres frôlent ce silence. Ils ne le touchent pas, ils le frôlent. Les livres sont presque aussi intéressants que le silence. Ecrire est presque aussi passionnant que ne rien faire et attendre les premières gouttes de pluie dans les concertos pour piano de Mozart.

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Ce que nous appelons « moi » est un costume d’arlequin composé d’histoires rapportées, d’étoffes empruntées. C’est un vêtement pauvre, mal cousu. Parfois il se déchire et va dans la folie – et quand il tient, c’est toujours par miracle. Nous ne sommes soudain faits d’une seule pièce que par la chance d’une voix qui nous appelle en nous aimant. Nommer d’amour fait venir l’unique au monde.