La philosophie antique de Pierre Hadot

hadot_phi_antiqueAutant dire tout de suite que je ne suis pas une habituée des lectures philosophiques : j’en ai peut-être lu trois ou quatre ouvrages dans toute ma vie et je n’ai jamais été très férue de cette discipline … Mais là, avec ce livre intitulé Qu’est-ce que la philosophie antique ? j’ai été emballée et convaincue : d’une part il se lit très facilement, sans jargon technique ou coupage de cheveux en quatre, d’autre part il éclaire d’un jour nouveau – en tout cas nouveau pour moi ! – ce que l’on croyait déjà connaître sur Platon, Socrate, Epicure, Diogène, etc.
L’idée maîtresse du livre est que, dans l’Antiquité, la philosophie était davantage un mode de vie qu’un savoir théorique et que la « Sophia » recherchée par les philosophes antiques était également un savoir-faire, une habileté, ainsi qu’une capacité à discuter et à vivre en communauté.
Dans l’Antiquité, il y avait en effet des « écoles » philosophiques réunissant maîtres et disciples mais ce n’était pas des cours dans le sens moderne qui étaient dispensés – c’était plutôt un art de la discussion et de la réflexion, à la manière de Socrate. Il y avait également des examens de conscience et ce qu’on pourrait apparenter à des confessions.
Selon Hadot, c’est avec le développement de la doctrine chrétienne que la philosophie est devenue de plus en plus théorique et réduite à des enseignements scolaires.
J’ai particulièrement apprécié l’exposé qu’il fait de la doctrine épicurienne qui n’est pas, comme on le croit généralement, une recherche effrénée du plaisir, mais qui aurait été une manière de contrôler ses désirs pour parvenir à la sérénité (je résume beaucoup).
J’ai été intriguée également par les modes de vie cynique, sceptique, aristotélicien, … et j’ai trouvé que ces courants de pensée pourraient tout à fait être remis à la mode aujourd’hui, car ils sont séduisants chacun dans leur style.
Un livre que j’ai trouvé aussi instructif que plaisant !

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François Cheng, Cinq méditations sur la beauté

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Quatrième de Couverture :

En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l’univers vivant : d’un côté, le mal ; de l’autre, la beauté. Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté.

Mon avis :

Ce livre est un essai essentiellement philosophique, mais également poétique : à ce titre, la longue réflexion sur la beauté de la rose ou celle sur la beauté de la Joconde sont particulièrement frappantes. Quand François Cheng compare le visage à un paysage que l’on offre à son vis-à-vis, ou les sentiments, également, à des paysages, ou qu’il parle de la beauté des regards, et de l’importance des regards croisés dans la compréhension de la beauté, nous sommes là encore en pleine poésie.
Du point de vue philosophique, c’est un livre très érudit mais qui sait se mettre à la portée du néophyte (à condition toutefois de bien se concentrer) : il multiplie les références à la pensée aussi bien occidentale (de Platon au 20è siècle) que chinoise (Taoïsme, Confucianisme), faisant même quelques incursions dans la pensée islamique, et offrant par là même quelques points de convergence universels.
Pour François Cheng, la beauté est à rapprocher de la bonté : il remarque que les deux mots sont presque semblables en français et il rappelle le fameux « kalosagathos » des grecs anciens.
Il parle aussi, sans jugement de valeur, de l’art contemporain – ou tout au moins de l’art depuis le début du 20è siècle : lorsque, précisément, la beauté a cessé d’être son objectif.

Un livre essentiel !