Un poème d’amour de Judith Chavanne

J’ai trouvé ce beau poème dans la revue poétique Place de la Sorbonne de mars 2011.

TEXTE 5

Parfois, la main de l’un sur l’autre main se pose,
Ce peut être même sans se regarder ;

Assis côte à côte dans le jour transparent, ils se savent
ensemble en cette légère pression : les chairs,
le réseau des veines saillant, les os
et le frais métal de la bague ;

c’est tout leur appui dans le temps.

Une paume
sur le revers d’une autre comme un oiseau frêle
venu se percher.

Il n’est plus temps pour eux de s’aimer de tout leur corps,
mais en cet îlot vivant
où l’étreinte se resserre, et le cœur toujours battant.

Ce poème était extrait du recueil Un seul bruissement, publié par Le bois d’Orion en 2009.

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Les petits jeux oulipiens de Jacques Roubaud

Voici deux sonnets de Jacques Roubaud, qui se font écho, et qui ont été écrits selon la contrainte oulipienne de François Caradec : l’un étant le sonnet « voilé » et l’autre le sonnet « dévoilé » : on remarquera que seules changent les rimes.

DUEL Sonnet voilé

Pour parler il s’était approché du bar
Dehors une mouette errait dans la mare
Entre usines et vieilles maisons et gare
 » Quoi ! Tu as osé te moquer de mon dard ! »

Il gesticulait, plus rouge qu’un homard
 » Je crache sur ta tête et ton âme d’âne »
Il tremblait courbé comme une rose fane
Et l’autre répondit : « Tire-toi, gros lard ! »

Le soir prend le soleil, le roule, le cale
La lune dans le ciel apparaît haut, pâle,
Le baron et le duc (chacun veut son dû)

Crient : « Vengeance ! » « Mourez ! » Leur parole est lasse
Enfin surexcités par leur discours cru
Ils se battent. La mouette reste en place

Le Sonnet dévoilé

Pour parler il s’était approché du baron
Dehors une mouette errait dans la marée
Entre usines et vieilles maisons, égarée
« Quoi ! Tu as osé te moquer de mon daron ! »

Il gesticulait, plus rouge qu’un homard, rond
 » Je crache sur ta tête et ton âme damnée  »
Il tremblait courbé comme une rose fanée
Et l’autre répondit : « Tire-toi, gros larron ! »

Le soir prend le soleil, le roule, le câline
La lune dans le ciel apparaît opaline,
Le baron et le duc (chacun veut son duel)

Crient : « Vengeance ! » « Mourez! » Leur parole est l’acide
Enfin surexcités par leur discours cruel
Ils se battent. La mouette restant placide

J’ai trouvé ces deux sonnets dans la revue poétique Place de la Sorbonne du printemps 2011.