Une trop bruyante solitude, un roman de Bohumil Hrabal

Une_trop_bruyante_solitudeCe roman tchèque, qui date de 1976,est une œuvre importante de la littérature dissidente par rapport au communisme, et dénonce la destruction de la culture organisée par le régime socialiste tchèque des années 70.
J’ai été amenée à me procurer ce livre grâce à une discussion avec Sibylline, du site Lecture/Ecriture, à la suite de mon article très négatif sur Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent : elle m’a en effet conseillé de lire Une trop bruyante solitude – qui a visiblement beaucoup inspiré l’écrivain français – en me disant que le livre de Hrabal se situait à « un tout autre niveau », ce que je peux confirmer ici.
Le résumé que je pourrais faire d’une trop bruyante solitude ressemble comme deux gouttes d’eau à celui que j’avais fait du liseur du 6h27 : Hanta est un employé au pilon : il est payé pour détruire les livres. Il est seul face à la monstrueuse machine qui broie même les rats et les souris, mais doit quand même faire face aux récriminations d’un chef hargneux qui trouve qu’il ne travaille pas assez vite. Comme le héros de Didierlaurent, il cherche à sauver une partie des livres qu’il est payé pour détruire.
Mais les différences entre les deux ouvrages sont significatives et intéressantes :
Le héros de Didierlaurent détruisait des livres parce qu’ils étaient invendus (et donc, souvent, mauvais) alors que le héros de Hrabal détruit des livres qui ont été censurés par le régime politique communiste, et le plus souvent des classiques de la philosophie (et donc, le plus souvent, des chefs d’œuvre ou en tout cas des livres intéressants), ce qui fait bien sûr tout l’intérêt pour Hanta d’essayer de sauver ces livres, et donne de très belles pages sur la puissance et l’universalité de la littérature. Alors que, dans le Liseur du 6h27, on ne voyait pas bien l’intérêt pour le héros de sauver quelques pages de mauvais livres.
Une autre différence entre les deux romans : Hanta cache les livres qu’il sauve au dessus de son lit et, littéralement envahi par eux, craint de se faire écraser par une éventuelle chute de ce lourd butin – ce qui est une assez belle image. Chez Didierlaurent, le héros se contente de lire les pages qu’il sauve de la broyeuse tous les matins dans le RER – sans qu’il y ait vraiment d’impact sur sa propre vie, ou en tout cas ça ne prend pas les proportions d’Une trop bruyante solitude.
La scatologie – très présente dans les deux ouvrages – m’a, je dois le dire, franchement rebutée de la même manière dans les deux cas, même si celle de Didierlaurent est un peu plus édulcorée puisqu’il essaye de la faire passer avec de l’humour, alors que celle de Hrabal est plus sérieuse, plus cruelle, et fait une plus forte et plus durable impression sur le lecteur. Néanmoins, ce n’est vraiment pas quelque chose qui m’a plu.
Différence notable : Le livre de Hrabal ne comporte pas d’histoire d’amour romantique, et il finit très mal. Tandis que, chez Didierlaurent, tout finit bien, par une histoire d’amour un peu cousue de fil blanc, à laquelle on ne croit pas vraiment.

J’ai pris un certain plaisir à lire le livre de Hrabal, que j’ai trouvé bien écrit, doté d’une histoire assez puissante, avec même des côtés oniriques qui emportent le lecteur vers des éléments symboliques intéressants et dérangeants.
Je me serais simplement bien passée des chapitres scatologiques …

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

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J’ai acheté ce roman parce qu’on en a beaucoup entendu parler au moment de sa sortie (l’année dernière) et que j’en avais lu des critiques très élogieuses dans la presse dite sérieuse.

Résumé de l’histoire :

Un employé au pilon, nommé Guylain Vignolles, souffre depuis l’enfance de la contrepèterie à laquelle l’expose son nom (Vilain Guignol) et souffre également de devoir travailler à la destruction des livres. Le pilon est en effet une machine plus ou moins démoniaque – la Zerstor 500 – qui broie non seulement les livres mais les rats et les jambes de certains employés. Chaque soir, Guylain Vignolles parvient à sauver quelques pages de la destruction et il les lit le lendemain matin aux passagers du RER du 6h27 qui le conduit à son travail. Mais, bientôt, il découvre dans ce même RER une clé USB qui contient le journal intime de la jeune dame-pipi d’un centre commercial et il tombe sous le charme. (…)

Mon avis :

On pourrait aisément reprocher à cette histoire son manque de vraisemblance : les situations sont factices et artificielles, juste destinées à produire certains effets sur le lecteur (l’amusement, la curiosité), et absolument pas inspirées d’un quelconque fond de réalité.
Donc, assez rapidement au cours de ma lecture, et pour éviter de m’agacer de ce manque de vraisemblance et du côté caricatural des personnages (tout bons ou tout mauvais), j’ai essayé de considérer ce livre comme une sorte de conte contemporain.
Mais deux choses ont continué néanmoins à m’énerver :
– D’abord on sent que l’auteur essaye de se mettre à la portée des pauvres lecteurs que nous sommes en nous caressant dans le sens du poil : nous pouvons être brimés, humiliés, employés à des tâches ingrates, mal aimés, nous sommes malgré tout les gentils et nous serons récompensés par un bonheur bien mérité.
– Et, deuxième chose qui m’a encore plus irritée : la vision de la littérature donnée par l’auteur est absolument affligeante.
Un passage du livre est très révélateur : Guylain Vignolles lit tous les matins des pages sauvées de la Zerstor, mais il nous est bien précisé que c’est important pour lui de les lire « quel que soit le fond » !
Et, effectivement, on sent bien que le fond des choses n’a aucune importance : une page de roman érotique, une page du journal d’une dame-pipi, ou une tirade d’Andromaque de Racine, suscitent le même enthousiasme chez les braves pensionnaires d’une maison de retraite, et on sent bien que Guylain Vignolles pourrait bien leur lire n’importe quoi, il susciterait toujours cette même niaise béatitude.
Il y a donc, à mon avis, dans le Liseur du 6h27 un côté démagogique, qui est franchement déplaisant.
Je n’ai pas aimé ce livre : il y a trop de procédés dans l’écriture et, selon moi, un manque de sincérité évident.