Un poème de Pierre Reverdy

J’ai trouvé ce poème dans le recueil anthologique Plupart du temps (1915-1922).
Pierre Reverdy (1889-1960) est un poète français ami des cubistes et ayant influencé les surréalistes et la poésie moderne.

Je n’ai malheureusement pas pu respecter la mise en page et la présence des blancs si particuliers à ce poète, veuillez m’en excuser.

Ce poème est extrait des ardoises du toit, recueil de 1918.

 

Une éclaircie

 

Il fait plus noir
Les yeux se ferment
La prairie se dressait plus claire
Dans l’air il y avait un mouchoir
Et tu faisais des signes
Ta main sortait sous la manche du soir
Je voulais franchir la barrière
Quelque chose me retenait
Le cri venait de loin
Par derrière la nuit
Et tout ce qui s’avance
Et tout ce que je fuis
Encore
Je me rappelle
La rue que le matin inondait de soleil

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Pour le moment, de Pierre Reverdy

reverdy_plupart_du_tempsLa vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée

Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson

Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles

Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous

C’est aujourd’hui que je vous aime

***

Ce poème est extrait du recueil Plupart du temps, publié chez Poésie/Gallimard.

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