La nuit de l’oracle de Paul Auster

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Ecrivain : Paul Auster
Titre du Livre : La Nuit de l’Oracle
Editeur : Actes Sud
Genre : Roman
Année de publication : 2003

Le début de l’Histoire :

Un écrivain, Sid Orr (Sid est le diminutif de Sidney) se remet progressivement d’une très grave maladie pendant laquelle il a failli mourir. Sa femme, Grace, assure seule la subsistance du ménage car Sid n’est pas encore capable de se remettre à écrire. Il fait des promenades chaque jour dans New York, de plus en plus longues au fur et à mesure que sa santé s’améliore. Jusqu’au jour où il découvre, dans un quartier avoisinant, une papèterie particulièrement bien fournie : Le Paper Palace, tenu par un chinois, un certain M.R. Chang avec qui Sid Orr se lie d’amitié. Il achète dans cette papèterie un carnet bleu fabriqué au Portugal, dans lequel il sent qu’il pourrait se remettre enfin à écrire. Il faut dire qu’un ami à lui, John Trause, lui a suggéré un thème de roman, inspiré d’un épisode du Faucon Maltais, qui pourrait être développé. Sid Orr, une fois rentré chez lui, s’enferme dans son bureau et commence à écrire l’histoire de Nick Bowen, un éditeur, qui va bientôt recevoir le manuscrit de l’écrivain Sylvia Maxwell : La Nuit de l’oracle. (…)

Mon avis :

Ce roman, selon une recette habituelle chez Paul Auster, accumule les fameuses « mises en abyme » puisqu’on se retrouve plusieurs fois avec un « roman dans le roman », le tout gravitant dans le monde des éditeurs et des écrivains.
Pendant toute la lecture, j’ai été fortement incommodée par l’accumulation de notes en bas de page, qui font décrocher de l’histoire principale pour se perdre dans des détails annexes qui n’ont pas vraiment d’utilité.
Il m’a semblé que ce livre, avec ses imbrications de sous-épisodes, ses ruptures, ses notes en bas de page, imposait une construction certainement intéressante sur le principe, mais un peu trop factice et décousue à mon goût.
Le « roman dans le roman », qui n’était pas inintéressant, s’interrompt au moment le plus palpitant et ne sera jamais repris : on apprendra juste, plus tard, que Sid Orr aurait fait platement mourir son héros.
D’autres péripéties du roman sont ainsi avortées, sans qu’on discerne à quoi elles pouvaient servir, sinon à compliquer l’histoire et à plonger le lecteur dans une certaine confusion.
Finalement, si on ne garde que la trame principale de l’histoire, il reste une histoire de couple et d’adultère assez classique, je n’ose dire banale, suivie d’un fait divers dramatique, accompli par un jeune punk drogué, présenté comme un monstre.

J’ai lu dans Wikipédia que, dans ce livre, Paul Auster engageait « une réflexion sur la création littéraire ». Mais, s’il s’agit seulement de dire que les romans s’inspirent de la réalité, et que la réalité est également influencée par les livres, c’est une chose que nous savions déjà et la réflexion aurait pu être plus poussée, ou plus détaillée, ou plus poétique.

La nuit de l’oracle aura été pour moi une assez grande déception.

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La cité de verre, de Paul Auster

auster-cite-de-verreLa Cité de Verre est le premier tome de La trilogie new-yorkaise, une suite de trois romans de Paul Auster, publiés entre 1985 et 1987, et qui a établi solidement la réputation de l’auteur comme écrivain de talent.
Bien que beaucoup d’articles aient été écrits sur ce livre, dans des journaux ou sur des blogs, j’ai eu très envie de lire ce roman et de réfléchir un peu à ses thèmes, d’une manière personnelle.

L’histoire est bien compliquée et bien enchevêtrée comme vous allez le constater :
Daniel Quinn est un ancien poète qui, ayant perdu sa femme et son enfant, a abandonné la poésie pour écrire des romans policiers sous pseudonyme. Le héros de ses romans est détective privé. Daniel Quinn a abandonné toute vie sociale et passe six mois de l’année à écrire un roman qui assure sa subsistance, et les six mois suivants à errer dans New York.
Mais, un beau jour, il reçoit un coup de fil d’une personne qui demande à parler à Paul Auster, un détective privé. Les coups de fil se répètent et, par lassitude, Daniel Quinn finit par endosser l’identité de Paul Auster, et se rend au rendez-vous qu’on lui fixe par téléphone. C’est ainsi que notre héros rencontre Peter et Virginia Stillman, un couple qui lui raconte une histoire étrange et qui lui demande de suivre à partir du lendemain le père de Peter, qui s’appelle également Peter Stillman, qui sort de prison, et qui a martyrisé l’enfance de son fils durant neuf ans, au nom de ses recherches sur le langage. Le lendemain, donc, Daniel Quinn est à la gare et attend le père Stillman, mais il voit deux hommes différents qui correspondent au signalement et est obligé, pour sa filature, de choisir entre les deux (il choisira celui dont l’allure est la plus délabrée). Daniel Quinn passe les jours suivants à suivre le père Stillman, ce qui consiste à errer sans but dans New York, du moins en apparence. Mais Daniel Quinn, en dessinant sur un papier les déambulations du vieil homme s’aperçoit soudain que ces allers et venues sont un message codé …

Mon avis :
J’ai vu dans ce roman une sorte d’autoportrait, multi-facettes et souvent symbolique, de Paul Auster. L’auteur est en effet présent dans toutes les parties du roman : déjà il en est un des personnages en tant que Paul Auster détective privé, mais également en tant que Paul Auster écrivain. Il ne fait pas de doute qu’il se reflète aussi dans son héros, Daniel Quinn, l’écrivain, puisque Paul Auster (le vrai) a lui aussi commencé l’écriture en tant que poète et qu’il a laissé tomber la poésie pour le roman. Mais Paul Auster est aussi Peter Stillman père, celui qui fait des recherches sur le langage et qui cherche à renouer avec l’harmonie antérieure à la Tour de Babel, de même qu’il est ce Don Quichotte expliqué par Paul Auster (le personnage) qui prend plaisir à manipuler son entourage pour créer un livre dont il sera le héros et auquel il ne manque plus qu’un … auteur.
Dans le passage où Daniel Quinn est à la recherche du détective privé Paul Auster, auquel il voudrait demander des éclaircissements sur son histoire (son enquête) mais qu’il tombe sur un Paul Auster écrivain (dont la femme s’appelle Siri) et qui ne peut rien pour lui car il n’est pas au courant de l’histoire, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la pièce de Pirandello Six personnages en quête d’auteur, sauf que dans La cité de verre, on ne sait finalement plus très bien qui est le personnage et qui est l’auteur, les deux rôles étant interchangeables.
Bref, Paul Auster (le vrai) joue beaucoup, dans ce livre, avec les lecteurs que nous sommes, au point que, pendant ma lecture, je n’aurais pas vraiment été surprise si l’un des personnages était rentré subitement dans la pièce où je me trouvais.
Par contre, une chose qui m’a un peu irritée c’est la manière dont l’auteur semble, quasiment à chaque page, vouloir nous démontrer, avec un gros clin d’œil, à quel point il est intelligent et comme il sait bien nous mener en bateau.

Vous l’aurez compris, j’ai trouvé ce livre très prenant, très intelligent, mais j’ai trouvé qu’il manquait un peu de sentiment.
Il y a quelque chose d’un peu mécanique dans ce livre, comme des engrenages bien huilés qui tournent parfaitement bien, mais où la vraie vie est manquante.

Sunset Park, de Paul Auster

paul_auster_sunset_parkSunset Park est un roman américain écrit par Paul Auster pendant la crise de 2008, et qui a été publié en 2010. Son éditeur français est Actes Sud (collection Babel) et sa traduction de Pierre Furlan.
C’est sa quatrième de couverture, particulièrement intéressante, qui m’a donné envie de le lire, aussi je vous la livre in extenso, ce qui vous donnera une idée de l’histoire.

Quatrième de couverture :
Parce qu’il s’est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s’est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d’une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l’objet d’un chantage et est obligé – encore une fois – de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l’impossibilité d’exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs.
Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d’édition et de préserver son couple. Confronté à l’écroulement des certitudes de toute une génération, il n’attend qu’une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu’elles sont inguérissables …
Avec ce roman, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l’espoir.

Mon avis :
Bien qu’il n’y ait pas une énorme quantité de personnages, et que l’histoire soit finalement assez simple, je me suis complètement perdue dans ce roman, ne sachant plus qui était qui et qui faisait quoi, ce qui m’a obligée deux ou trois fois à rebrousser chemin dans ma lecture pour réviser les chapitres précédents. Il faut dire que la construction de ce roman – comme souvent chez Paul Auster – est complexe et qu’elle multiplie les digressions : dès qu’un nouveau personnage entre en scène, l’auteur nous raconte toute sa vie, introduisant toutes sortes de détails et de péripéties qui n’ont rien à voir avec l’histoire centrale. Cela donne l’impression qu’il n’y a pas vraiment de personnage principal et de personnages secondaires, que chacun a une égale importance, ce qui est sans doute une bonne idée dans l’absolu mais qui, dans sa réalisation, m’a laissée dubitative.
Je me suis demandée plusieurs fois où l’auteur voulait en venir – ayant l’impression d’avoir affaire à un livre « fourre-tout » – s’il voulait dresser un portrait de l’Amérique en crise, ou si c’était l’opposition entre la jeunesse actuelle et la génération précédente qui l’intéressait, mais j’ai le sentiment qu’en fait Paul Auster ne cherche rien à démontrer du tout et qu’il ne raconte cette histoire que pour le seul plaisir de la raconter. Enfin, pour mieux dire, il m’a semblé que ce livre manquait un peu de fond et de nécessité.
Par contre, la grande qualité qu’il faut reconnaître à cet écrivain, c’est son imagination débordante et sa capacité à créer des personnages.
Malgré tout, ce livre ne me parait pas être le meilleur de Paul Auster : j’avais très nettement préféré Seul dans le noir, où l’histoire était moins diluée, et où les événements étaient davantage creusés.