Jardins Publics de Patricia Castex-Menier

Ce recueil de Patricia Castex Menier est paru en 2011 aux éditions Aspect.
Comme son titre l’indique, ce livre évoque les jardins publics parisiens, avec un regard tantôt amusé, tantôt méditatif, et nous offre tout une palette d’émotions et d’images comme de petits croquis pris sur le vif d’une promenade à travers une allée.
J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, par ses thèmes, son ton et son atmosphère, qui ne sont pas si éloignés de ceux du haïku, avec une attention portée aux saisons, une concision et un sens de l’observation très aigus.
Voici quelques poèmes que j’ai choisis successivement dans chacune des quatre parties (du Printemps à l’Hiver) :

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Si
l’on regarde le bourgeon,

puis
la fleur, puis le fruit,

puis
le bourgeon, puis la fleur,

puis
le fruit,

on
ne craint plus de mourir.

Mais
cela prend du temps.

***

Quoi
qu’on en dise,

on
se promène toujours un peu

sur
les chemins du langage :

roses
encore plus roses

dans
leurs noms de divas,

fleurettes
drapées dans leur latin,

et
colvert en col blanc.

***

Cueillir
le son du ricochet,

puis
rêver

avec
les ronds dans l’eau

à
l’expansion de l’univers.

***

Mais
oui,

rien
ne fait plus de bruit
que la neige :

les
enfants,
les pauvres et les poètes

en
ont déjà tant parlé !

***

X fois la nuit de Patricia Castex-Menier

J’aime beaucoup la poésie de Patricia Castex Menier (née en 1956 à Paris), que j’avais pu découvrir grâce à la revue poétique A l’Index, et à laquelle j’avais déjà consacré un petit article.
Récemment, j’ai acheté deux de ses recueils de poèmes, en particulier X fois la nuit, un de ses recueils les plus réputés, qui date de 2006 et a obtenu la Bourse Poncetton de la Société des Gens de Lettres – un livre nocturne qui se divise en quatre parties : la nuit à soi, la nuit du chant, la nuit des autres, la nuit du lieu. Quatre facettes d’une même réalité, teintée parfois de mythologie ou d’histoire antique, et réflexion sur l’ambivalence des ténèbres.
Je vous propose quelques poèmes.

***

A
quatre heures

coupée
en deux,

elle
est un fruit

dont
on voit l’intérieur,

l’insomnie
comme un noyau.

***

On
dit qu’elle date
d’avant le monde,

précéderait
les dieux.

Mais
a-t-il
jamais fait jour,

ont-ils
vraiment compté ?

***

Est-ce
par ambition

qu’elle
s’empara
des yeux d’Homère ?

Emblème
en tout cas bien trouvé,

pour
durer jusqu’à nous.

***

L’aurore
au moins serait son petit
mené à terme.

Mais
elle beugle déjà,

c’est
l’incendie
dont elle accouche :

les
missiles ont éventré
sans sommation

les
grandes étables du ciel.

***

X fois la nuit a été publié en 2006 par Cheyne éditeur. Vous pouvez le commander en librairie.

Les mots du silence, de Patricia Castex Menier

Ce recueil est un numéro spécial de la revue A l’Index, plus exactement n°34, de l’automne 2017, consacré entièrement à la poète Patricia Castex Menier, avec poèmes, interview, documents et témoignages de poètes.

J’ai choisi deux poèmes en prose et un en vers libres.

Patricia Castex Menier (née en 1956) est une poète et romancière française.

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Marcher en ville, c’est aller d’îles en îles. Il y en a de plus en plus. Singulières ou regroupées en archipel, au relief visible de loin ou fondu dans un halo d’ensemble, elles ont fini par faire partie du paysage. Petites terres le plus souvent tassées ou allongées, toujours entourées de la même eau de solitude : ce sont les sans-abri. Marcher en ville, c’est naviguer d’îles en îles, des îles adultes, des îles enfants. On accoste un moment, les petites vagues de la main tendue battent contre la coque du cœur, elles s’avancent, se retirent. Ou on double le cap, on évite les récifs, Charybde et Scylla entre lesquels sombre d’un coup ce qui parle en nous d’humanité. D’îles sans nom en îles sans nom, carte muette de la ville, et nos itinéraires de cabotage, ou de grand large.

 

***

Il existe des matins de phrases toutes faites, allez savoir pourquoi. On se lève avec elles. Par exemple une phrase comme celle-ci : les oiseaux décident de la couleur du ciel. Ou celle-là : la nuit est ronde dans l’œil du cheval. Elles franchiront la journée, dans la tête, sans que l’on ne sache qu’en faire. Elles seront là au coucher. On n’en aura rien fait. Surtout pas le poème que pourtant elles annonçaient.

 

***

 

On
a reposé le galet.

C’est
un regret.

Il avait
une forme de cœur imparfait,

mais,
après tout, comme tous les cœurs.

 

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Quelques poèmes récents de Patricia Castex Menier

J’ai trouvé ces poèmes  de Patricia Castex Menier dans le dernier numéro de la revue A l’index (n°25 de janvier 2014) dirigée par Jean-Claude Tardif.

Quelques îles furent des geôles.

A la saison des mûres,
ne pas oublier,

en se blessant bêtement aux barbelés des ronces.

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Déportation.

La mémoire fait sa ronde.

Même sans noms,
même sans stèles,

ruines amères, nécropole à ciel ouvert

Au bout du cap,

le mur des dictatures,

plus infranchissable, assurait-on, que celui des
tempêtes.

***

Se nourrit-on d’idées ?

Détenus et gardiens.

Elles décharnent les uns, rendent obèses les autres.

***

La terre retentit.

Elle demande qu’on l’écoute encore.

Tant de bottes, tant de crosses

piétinèrent le dessin d’un pied nu, la trace d’une
sandale

Le vent tire sur la corde,
le soleil ajuste la mitraille.

Les verrous ont sauté.

Mémoire hagarde face à la lampe braquée.

***

Réverbération.

Le cri peut rendre aveugle.

On plisse les yeux,

frontière noire,

ligne de partage entre un monde bien en chair, et
l’autre