Les Variations Goldberg de Nancy Huston

Ce livre est le premier roman de Nancy Huston, écrit directement en français, et publié d’abord au Seuil en 1981.
Liliane Kulainn est claveciniste et elle a convié trente personnes – des êtres qu’elle a aimés et qu’elle aime – à écouter durant une soirée les Variations Goldberg de Bach : trente personnes  » comme autant de variations ».
Le livre est le récit des pensées et préoccupations de ces trente personnes, à chacune étant consacré un chapitre.

Mon avis : Ces trente variations sont d’une qualité un peu inégale, certaines étant extrêmement réussies, et d’autres paraissant un peu superflues.
Nancy Huston montre néanmoins une grande virtuosité pour créer et faire vivre les trente différents caractères de ces personnages, avec leurs opinions, leurs soucis et leurs façons de s’exprimer bien à elles. Les personnages de jeunes filles et de jeunes femmes, en particulier, sont très beaux, frappants de vérité.

J’ai trouvé qu’il y avait des réflexions très intéressantes sur la musique et le silence ( et, plus généralement, sur le rôle de l’art dans la vie des gens), mais aussi sur les relations hommes-femmes, avec notamment une belle variation sur le personnage de Don Juan.

On peut dire, sur un versant moins positif, que les liens entre les différents personnages ne sont pas toujours très développés, et que le récit en lui-même n’est pas vraiment prenant, mais je crois que ça aurait été difficile à réaliser avec une si grande quantité de personnages.

Reste tout de même une impression forte et captivante à la fin de la lecture.

Lignes de Faille de Nancy Huston

J’ai terminé ce livre avec une grande envie de le lire une deuxième fois : je pense en effet qu’on doit avoir une lecture différente, plus approfondie, lorsqu’on connaît déjà la fin.
Il faut dire que ce roman raconte à rebours l’histoire d’une famille sur une soixantaine d’années : de notre époque en Californie jusqu’en 1945 en Allemagne. Quatre générations se succèdent, chacune étant montrée à l’âge de six ans.
J’ai trouvé que Nancy Huston parvenait à nous faire entrer dans les pensées et les sentiments d’ enfants de six ans avec beaucoup d’habileté : sans éprouver le besoin d’utiliser un langage puéril elle restitue très bien la pensée magique décrite par la psychologie, tout en montrant les prémisses de l’âge de raison.
De génération en génération des éléments demeurent : obsession d’un grain de beauté plus ou moins bien placé – et tantôt porte-bonheur tantôt marque d’infamie – ; obsession de la nourriture ; présence continue de la guerre ; absence de la mère sauf à la quatrième génération ; répétition des mêmes blagues.
Ce roman explore un pan de la deuxième guerre mondiale peu connu c’est-à-dire l’aryanisation de l’Allemagne par les nazis. Cette tache originelle (que l’on retrouve symboliquement dans le grain de beauté à chaque génération) semble une immense source de perturbation pour chaque enfant, et pousse même la grand-mère Sadie à se convertir au judaïsme et à immigrer un temps en Israël, comme pour s’inclure dans l’histoire juive et s’inventer par là même des racines.

J’ai bien aimé ce livre, qui m’a appris des faits historiques que j’ignorais et qui m’a fait réfléchir à la psychogénéalogie, mais aussi au rôle salvateur de l’art.
Il m’a cependant semblé que ce livre avait les défauts de ses qualités : peut-être que Nancy Huston n’a pas pris assez de libertés avec les théories psychologiques et psychanalytiques. Je me suis dit à certains moments qu’on sentait trop la documentation derrière le récit et que cela nuisait un peu à la qualité émotionnelle et poétique du livre.

Très bon livre malgré cette petite réserve !