Himalaya l’enfance d’un chef, d’Eric Valli

Affiche, Himalaya, l’enfance d’un chef

Le DVD de ce film m’a été prêté par une amie, j’en avais sans doute vaguement entendu parler au moment de sa sortie en 1999 mais il n’avait pas attiré mon attention à ce moment-là.
Vingt-deux après, j’ai donc pu le regarder et ce fut une bonne surprise.

Vous trouverez sur Wikipedia, si vous le souhaitez, un résumé complet de ce scenario mais, comme je ne veux pas « divulgâcher » je me contenterai de vous proposer une petite présentation de la situation de départ :
Dans un village isolé du Dolpo, une région de l’Himalaya, le vieux chef Tinlé vient de perdre son fils aîné, qui devait lui succéder à la tête du village, lors d’un voyage en caravane. Tinlé accuse sans preuve le jeune et beau Karma, qui prétend accéder à la place de nouveau chef, d’avoir causé la mort de ce fils valeureux, par esprit de rivalité.
Karma, ignorant les oracles et la colère du chef, lève la caravane avant la date rituelle, entraînant avec lui les jeunes du village. Tinlé, resté au village avec les autres vieillards, les femmes et les enfants, décide de lever une caravane concurrente à celle de Karma, qui partira à la date indiquée par les dieux, donc quelques jours plus tard.

Mon humble Avis :

Je ne suis pas habituée à voir ce genre de film d’aventure, très spectaculaire, mais j’ai apprécié ce côté dépaysant, basé en grande partie sur de beaux panoramas montagneux, des paysages superbes, traversés par des troupeaux de yacks ou balayés par des tempêtes de neige.
Les jeunes acteurs, hommes et femme, sont aussi d’une grande beauté et contribuent à rendre ce film très esthétique.
Mais d’autres éléments m’ont paru au moins aussi intéressants : la culture, les modes de vie et les coutumes de ce peuple tibétain sont particulièrement bien mis en valeur et se trouvent au cœur même de l’histoire, avec un héros, Karma, qui cherche à s’affranchir des traditions et qui ne croit plus aux dieux, tandis que le vieux chef reste fidèle aux rites ancestraux et cherche à les perpétuer.
De manière intéressante, il n’y a pas vraiment de personnage de « méchant » dans ce film, les personnages ne sont absolument pas manichéens et chacun possède ses défauts et ses qualités, comme des êtres humains de chair et d’os. Et si Karma nous donne l’impression, au début du film, de pouvoir figurer ce personnage de « méchant » à combattre, nous comprenons assez vite que son caractère indépendant et sceptique, ses idées rationalistes, n’ont rien de détestable et que nous pourrions même nous sentir plus proches de lui que de Tinlé, le défenseur acharné des rites et des dieux ancestraux.
Le personnage du petit garçon, Passang, qui est à la fois acteur et témoin de tous ces événements, constitue une sorte de lien entre nous, les spectateurs, et l’ensemble des autres personnages. Il pose les questions innocentes que nous poserions à sa place, et il permet au personnage de Tinlé, son grand-père, de montrer sa bonté et son attachement à sa famille.
La musique, par contre, et bien qu’elle ait remporté le César de la Meilleure Musique en 2000, ne m’a pas tellement convaincue car elle m’a semblé trop occidentale et trop moderne, pas assez tibétaine, et c’est ma seule petite réserve sur ce film.
Un beau film, édifiant et divertissant, que l’on peut facilement regarder le soir, en famille !

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Le poids du papillon d’Erri De Luca

poids_papillonQuatrième de couverture :

Quelque part dans les Alpes italiennes, un chamois domine sa harde depuis des années. D’une taille et d’une puissance exceptionnelles, l’animal pressent pourtant que sa dernière saison en tant que roi est arrivée. En face de lui, un braconnier revenu vivre en haute montagne, ses espoirs en la Révolution déçus, sait lui aussi que le temps joue contre lui. Sa dernière ambition de chasseur sera d’abattre le seul animal qui lui ait toujours échappé. Et puis, face à ces deux forces, il y a la délicatesse tragique d’une paire d’ailes, cette « plume ajoutée au poids des ans ».

 

Mon avis :

Même si ce livre contient de très beaux passages sur la nature, je n’ai pas été tellement sensible à la teneur de l’histoire, qui est une sorte d’éloge de la force virile symbolisée à la fois par le roi des chamois et par le personnage du vieux chasseur. Force virile peut-être sur le déclin, mais encore assez intense pour accomplir des exploits.
Disons que ce livre captivera peut-être le lecteur par son style, mais il y a tout de même un manque de profondeur humaine qui peut agacer de temps en temps.
On retrouve dans Le poids du papillon certaines idées extrêmement banales dans la poésie contemporaine, et qui ne paraissent pas vraiment convaincantes, comme par exemple l’idée que l’homme n’est pas capable de vivre dans l’instant présent.
Je me suis posé quelques questions en lisant ce livre :
Est-ce que, pour être poétique, un écrivain est obligé de ne parler que de la nature ? Est-ce que les rapports humains et les sentiments ne sont pas, eux aussi, poétiques ?
Je conseillerais ce mince roman à : des fanatiques de la montagne, des grands amoureux de la nature, des inconditionnels de la poésie contemporaine.
Je le déconseillerais aux autres lecteurs !

Voici un extrait choisi un peu au hasard :

Quand la tempête se calme, elle laisse la neige accroupie sur la cabane comme une poule qui couve. La pendule à la voix de coucou en bois frappe des coups de poussin dans son œuf. Le coucou en bois a la voix de mai, la voix dépaysée d’un prophète dans la ville qui fait la fête.
L’hiver, l’homme doit seulement résister dans sa coquille. Il pense : aucune géométrie n’a calculé la forme de l’œuf. Pour le cercle, la sphère, il existe le pi grec, mais pour la figure parfaite de la vie, il n’existe pas de quadrature. Pendant les mois de blanc sur lui et tout autour, l’homme devient visionnaire. Avec le soleil dans ses paupières éblouies, la neige se transforme en bris de verre. Le corps et l’ombre dessinent le pronom « il ». L’homme sur la montagne est une syllabe dans le vocabulaire.
Pendant les nuits de lune, le vent agite le blanc et lance des oies sur la neige, un vieux moyen pour dire qu’à l’extérieur se promènent des fantômes. Il les connaît, à son âge les absents sont plus nombreux que ceux qui sont restés. A sa fenêtre, il regarde passer leur blanc d’oie sur la neige nocturne.