Trois courts poèmes de Constantin Cavafis


Ces trois poèmes sont extraits du livre En attendant les barbares publié chez Poésie/Gallimard, je les ai choisis en fonction de leur brièveté et de mon goût personnel.
Constantin Cavafis ou Cavafy (1863-1933) est l’un des principaux poètes grecs, très peu connu de son vivant et publié de façon posthume, il est une figure majeure de la littérature. (Sources : Wikipedia).

Prémonition des Sages

Les hommes connaissent le présent.
L’avenir appartient aux dieux,
seuls et pleins possesseurs de toutes les lumières.
De l’avenir, les sages ne perçoivent
que les prémisses. Leur oreille parfois,

aux heures de profonde méditation,
se trouble. La secrète rumeur
des lendemains en marche leur parvient.
Et ils l’écoutent avec respect. Tandis que dans la rue,
dehors, les peuples n’entendent rien.

***

Monotonie

Un jour monotone en suit un autre
monotone, identique. Les mêmes choses
vont se produire, et se reproduiront encore –
pareils sont les instants qui nous trouvent et nous quittent.

Un mois qui s’écoule en amène un autre.
Ce qui vient est facile à imaginer ;
c’est ce pesant ennui d’hier. Au point
que demain n’a déjà plus l’air d’être demain.

***

Désirs

Beaux comme des morts qui n’ont point vieilli,
enfermés au milieu des larmes dans un mausolée splendide,
le front ceint de roses et jasmin aux pieds –
tels sont les désirs qui nous ont quittés
sans s’être accomplis ; sans qu’aucun n’atteigne
à une nuit de volupté ou à son lumineux matin.

***

Paterson de Jim Jarmusch


L’histoire : Un trentenaire, calme et gentil, nommé Paterson, est conducteur de bus dans la ville de Paterson. Il a une charmante compagne prénommée Laura, qui est une personne plutôt créative et fantaisiste, et un chien bouledogue du nom de Marvin qu’il est obligé de sortir le soir et qui a mauvais caractère. Paterson a un carnet secret dans lequel il écrit des poèmes de son invention, et dont sa compagne voudrait qu’il garde des copies, ce qu’il lui promet. Au hasard des promenades ou des pauses déjeuners à son travail il est aussi amené à faire des rencontres qui égayeront ses journées.

Mon avis : Ce film retrace la semaine terne et monotone de Paterson, du lundi au dimanche, l’emploi du temps se répétant à l’identique, mais avec des variations dans les dialogues, les rencontres, les poèmes que Paterson écrit ou lit. Je dirais que le thème de ce film est de nous montrer des personnages qui, chacun à leur manière, luttent contre cette monotonie de l’existence en y rajoutant de l’imagination et de l’humanité, en essayant d’embellir les choses. Le film est émaillé de petites notes humoristiques, mais quand on arrive au moment du week-end, quelque chose de plus poignant nous est conté (je ne veux rien dévoiler mais j’étais un peu émue). Si la vie de Paterson est ordinaire, il sait en tout cas apercevoir les petites choses qui donnent du sens à l’existence, et il y a au cours du film plusieurs séquences « planantes » (je parle de la musique et des images) qui semblent arrêter le temps et insistent sur le caractère contemplatif du héros.
J’ai vu que certains spectateurs avaient trouvé ce film ennuyeux, mais je crois qu’ils se sont arrêtés à la surface des choses ou qu’ils n’ont pas été sensibles aux poèmes que Paterson écrit, ce qui me parait dommage.
Je reverrai sûrement ce film avec un grand plaisir, d’une part parce que j’ai aimé ces personnages, que ces poèmes m’ont touchée, et que l’atmosphère est à la fois très américaine et très sympathique, avec des trouvailles visuelles insolites, comme la présence répétée de jumeaux ou les décorations en noir et blanc fabriquées par Laura.