Meilleurs vœux pour 2015 ! Petite chronique et bilan

branche_de_gui
En ce premier jour de 2015 je tiens à souhaiter à tous les lecteurs qui me suivent (et aux autres qui sont juste de passage) une superbe année, pleine de lectures enrichissantes, de poésie et de succès personnels !
2014 aura été une année très réussie pour moi, pour ce petit blog, et j’espère que 2015 saura suivre la même pente.

Ces derniers mois, j’ai lu de nombreux livres que je n’ai pas chroniqués dans ce blog, et je voudrais aujourd’hui profiter de ce nouvel article pour noter quelques impressions au sujet de certaines de ces lectures qui m’ont marquée.
Les voici donc en vrac :

– Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau : Un livre de souvenirs du grand écrivain, dans lequel il essaye de prouver aux yeux de ses contemporains et de la postérité qu’il n’est pas un homme méchant – ce dont on l’a accusé à l’époque parce qu’il avait abandonné ses enfants les uns après les autres. C’est un livre extrêmement vivant et agréable à lire, où foisonnent les anecdotes amusantes, et où Rousseau ne cache rien de ses mauvais penchants et de ses petits travers, il n’hésite pas à aborder les thèmes liés à la sexualité en particulier, avec des tendances exhibitionnistes dans son adolescence dont il parle avec un mélange de pudeur et d’humour.
C’est surtout, à mon avis, un livre très passionnant si on cherche à se représenter ce qu’était la vie quotidienne au 18è siècle, avec ses habitudes sociales, ses mentalités, et la manière dont on concevait la psychologie.

– Métaphysique de la mort d’Arthur Schopenhauer.
Je ne suis pas du tout habituée à lire de la philosophie, et je craignais, en commençant ce livre, que ça me passe au-dessus de la tête. Mais j’ai été très vite rassurée : c’est un livre assez facile à lire pour un néophyte en philosophie, et qui ne demande pas trop de connaissances préalables. J’ai été très profondément impressionnée et même bouleversée par ce livre, qui est très stimulant intellectuellement, et donne une vision vraiment plausible de la mort telle qu’elle est peut-être. Selon Schopenhauer, la vie après la mort est une fable, nous n’existerons pas plus après la mort que nous n’existions avant la naissance, mais il est possible que la réincarnation existe et, du point de vue de notre espèce humaine, la mort n’existe pas vraiment dans la mesure où la nature de l’espèce est immuable …

– La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq.
Je n’ai pas chroniqué ce roman car beaucoup de choses pertinentes ont déjà été écrites par la critique et par les commentaires de blogueurs. En fait, ce livre m’a beaucoup plu par son humour et le regard qu’il porte sur l’art contemporain, la célébrité et surtout des passages très forts sur l’euthanasie et la vieillesse. Par contre, il y a une tentative d’histoire d’amour qui selon moi n’est pas très réussie car un peu abstraite et désincarnée ; et puis il y a une tentative d’enquête policière qui n’est pas très palpitante non plus mais, à mon avis, Houellebecq n’avait pas de réelle ambition dans ce domaine. Reste une impression vraiment foisonnante, d’un livre qui essaye de donner une vision globale de la société contemporaine, et qui ne craint pas de combattre les clichés et les idées à la mode.

Voilà pour les trois livres lus et non chroniqués en 2014 et que je conseille vivement !

Publicités

Michel Houellebecq et sa Poursuite du bonheur

Dans « Rester Vivant » – sorte de recueil de conseils destinés aux poètes, et état des lieux de la situation sociale du poète dans nos sociétés – Michel Houellebecq écrivait : « Développez en vous un profond ressentiment à l’égard de la vie » et « soyez abjects, vous serez vrais » mais aussi  » la structure est le seul moyen d’échapper au suicide. »

La lecture de « Rester Vivant » aide à mieux comprendre l’état d’esprit dans lequel a été écrit le recueil de poèmes « La poursuite du bonheur » : recherche du vrai, donc, et d’une vérité souvent assez crue, mais aussi besoin d’une structure dans la forme : ici, la rime (peu stricte) est employée, et le rythme se rapproche soit de l’alexandrin soit de l’octosyllabe (sans se préoccuper des e muets en particulier).

Je suis comme un enfant qui n’a plus droit aux larmes,
Conduis-moi au pays où vivent les braves gens
Conduis-moi dans la nuit, entoure-moi d’un charme,
Je voudrais rencontrer des êtres différents.

Je porte au fond de moi une ancienne espérance
Comme ces vieillards noirs, princes dans leur pays,
Qui balaient le métro avec indifférence ;
Comme moi ils sont seuls, comme moi ils sourient.

*****

Incapable de nostalgie
J’envie le calme des vieillards
La petite mort dans leurs regards,
Leur air en deça de la vie.

Incapable de m’imposer
J’envie la soif des conquérants
La simplicité des enfants,
La façon qu’ils ont de pleurer.

Mon corps tendu jusqu’au délire
Attend comme un embrasement
Un devenir, un claquement ;
La nuit je m’exerce à mourir.

*****

Tant de cœurs ont battu, déjà, sur cette terre,
Et les petits objets blottis dans leurs armoires
Racontent la sinistre et lamentable histoire
De ceux qui n’ont pas eu d’amour sur cette terre.

La petite vaisselle des vieux célibataires,
Les couverts ébréchés de la veuve de guerre
Mon dieu ! Et les mouchoirs des vieilles demoiselles
L’intérieur des armoires, que la vie est cruelle !

Les objets bien rangés et la vie toute vide
Et les courses du soir, restes d’épicerie
Télé sans regarder, repas sans appétit

Enfin la maladie, qui rend tout plus sordide,
Et le corps fatigué qui se mêle à la terre,
Le corps jamais aimé qui s’éteint sans mystère.

*****

Les petits objets nettoyés
Traduisent un état de non-être.
Dans la cuisine, le cœur broyé,
J’attends que tu veuilles reparaître.

Compagne accroupie dans le lit,
Plus mauvaise part de moi-même
Nous passons de mauvaises nuits,
Tu me fais peur. Pourtant je t’aime.

Un samedi après-midi,
Seul dans le bruit du boulevard.
Je parle seul. Qu’est-ce que je dis ?
La vie est rare, la vie est rare.

*****

La Poursuite du bonheur était paru la première fois en 1991 – mais réédité avec des corrections de l’auteur en 1997.