Elle regarde passer les gens, de Anne-James Chaton

chaton_elle_regarde J’ai longuement hésité avant de chroniquer ce « roman » – à vrai dire je ne sais pas trop si ce livre est vraiment un roman, je ne sais pas trop quel était le but de l’auteur – car je n’en ai lu que le tiers (en me forçant beaucoup) et que c’était absolument au-dessus de mes forces de continuer.
De quoi s’agit-il ? D’une agglutination de biographies de treize femmes célèbres qui s’échelonnent le long du 20è siècle. Je parle bien d’agglutination car elles ne sont pas séparées les unes des autres et se fondent au contraire les unes dans les autres sans qu’on sache où est la fin de la précédente et le début de la suivante.
Signe particulier de ce livre : Toutes les phrases sans exception commencent par « Elle » ou plus rarement par « Elles » au pluriel, ce qui crée un effet on ne peut plus lassant, d’autant que les phrases sont courtes et le plus souvent factuelles.
Les femmes dont Chaton nous relate l’histoire ne sont jamais nommées si bien qu’on ne les reconnaît pas toujours et qu’on peut passer plusieurs pages en se demandant « Mais qui c’est ? » – c’est ce qui m’est arrivé avec Isadora Duncan et, au début, avec Mata Hari, dont je n’ai pas la chance de connaître la biographie par cœur.
Que nous raconte Chaton au sujet de ces différentes icônes du 20 siècle ? Des faits et rien que des faits, tels qu’on les trouverait dans un dictionnaire : « Elle fait ceci. Elle fait cela. » On a l’impression d’un livre un peu bâclé, à l’écriture peu travaillée, et au plan sans queue ni tête.

Bref, je ne m’appesantis pas davantage sur ce livre, que je n’ai pas trouvé lisible, et même si ses visées féministes et humanistes me touchaient à priori, mais la réalisation laisse trop à désirer !

Le liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

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J’ai acheté ce roman parce qu’on en a beaucoup entendu parler au moment de sa sortie (l’année dernière) et que j’en avais lu des critiques très élogieuses dans la presse dite sérieuse.

Résumé de l’histoire :

Un employé au pilon, nommé Guylain Vignolles, souffre depuis l’enfance de la contrepèterie à laquelle l’expose son nom (Vilain Guignol) et souffre également de devoir travailler à la destruction des livres. Le pilon est en effet une machine plus ou moins démoniaque – la Zerstor 500 – qui broie non seulement les livres mais les rats et les jambes de certains employés. Chaque soir, Guylain Vignolles parvient à sauver quelques pages de la destruction et il les lit le lendemain matin aux passagers du RER du 6h27 qui le conduit à son travail. Mais, bientôt, il découvre dans ce même RER une clé USB qui contient le journal intime de la jeune dame-pipi d’un centre commercial et il tombe sous le charme. (…)

Mon avis :

On pourrait aisément reprocher à cette histoire son manque de vraisemblance : les situations sont factices et artificielles, juste destinées à produire certains effets sur le lecteur (l’amusement, la curiosité), et absolument pas inspirées d’un quelconque fond de réalité.
Donc, assez rapidement au cours de ma lecture, et pour éviter de m’agacer de ce manque de vraisemblance et du côté caricatural des personnages (tout bons ou tout mauvais), j’ai essayé de considérer ce livre comme une sorte de conte contemporain.
Mais deux choses ont continué néanmoins à m’énerver :
– D’abord on sent que l’auteur essaye de se mettre à la portée des pauvres lecteurs que nous sommes en nous caressant dans le sens du poil : nous pouvons être brimés, humiliés, employés à des tâches ingrates, mal aimés, nous sommes malgré tout les gentils et nous serons récompensés par un bonheur bien mérité.
– Et, deuxième chose qui m’a encore plus irritée : la vision de la littérature donnée par l’auteur est absolument affligeante.
Un passage du livre est très révélateur : Guylain Vignolles lit tous les matins des pages sauvées de la Zerstor, mais il nous est bien précisé que c’est important pour lui de les lire « quel que soit le fond » !
Et, effectivement, on sent bien que le fond des choses n’a aucune importance : une page de roman érotique, une page du journal d’une dame-pipi, ou une tirade d’Andromaque de Racine, suscitent le même enthousiasme chez les braves pensionnaires d’une maison de retraite, et on sent bien que Guylain Vignolles pourrait bien leur lire n’importe quoi, il susciterait toujours cette même niaise béatitude.
Il y a donc, à mon avis, dans le Liseur du 6h27 un côté démagogique, qui est franchement déplaisant.
Je n’ai pas aimé ce livre : il y a trop de procédés dans l’écriture et, selon moi, un manque de sincérité évident.

La fin n’est que le début, un roman de Katarina Mazetti

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Quatrième de couverture :
Dix-huit ans déjà, Linnea prépare le bac. Entre sa grand-mère victime d’une grave attaque et sa copine Malin qui prend des cours de self-defense pour se protéger de son petit ami, tout concourt à lui rappeler que la vie d’adulte n’est pas aussi douce qu’espéré.
Et voilà qu’elle croise le sosie de Pia, son amie disparue, en uniforme de lieutenant de marine ! Il s’agit de Per, le grand frère de Pia, qui l’agace à peu près autant qu’il lui plaît. Ils ne sont d’accord sur rien et se disputent sur tout, mais restent en contact quoi qu’il arrive – n’Est-ce pas le moment rêvé de tomber amoureuse ?
Après Entre Dieu et moi, c’est fini (Babel n°1050) et Entre le chaperon rouge et le loup, c’est fini (Babel n°1064), La fin n’est que le début pousse sa truculente héroïne jusqu’au terme de l’enfance. Ayant abandonné quelques illusions en route, mais armée d’un doute constructif (parfois) et d’une ironie dévastatrice (toujours), Linnea tourne une page et s’apprête à entrer dans la cour des grands. Elle nous manque déjà.

Mon avis :
J’ai acheté ce livre un peu par hasard et un peu par curiosité, d’une part parce que je ne connaissais pas cet écrivain et que je n’ai pas souvent l’occasion de lire des auteurs suédois contemporains, et d’autre part parce que le titre du livre me paraissait prometteur de quelque chose d’intéressant, voire d’intelligent. Par ailleurs, la collection Babel est généralement un gage de qualité et m’inspire confiance a priori.
Malheureusement, ce livre correspond beaucoup trop à de la littérature pour adolescents pour pouvoir me plaire. Les situations sont caricaturales de bout en bout, les caractères des personnages sont brossés sans finesse, l’écriture est proche du langage des jeunes.
Certaines considérations très prosaïques sur les tenues vestimentaires des protagonistes, sur leurs hormones, ou encore sur le comptage de calories pendant un régime, m’ont fait penser à ce qu’on peut lire communément dans certains magazines féminins, tant par le sujet que par le ton artificiellement enjoué et désinvolte. L’auteur cherche à nous faire rire à chaque page d’une manière un peu trop systématique à mon goût, et même quand le sujet est plutôt grave, mais l’humour est, là encore, sans aucune finesse et même à la limite du grotesque : personnellement, je n’ai pas ri du tout, alors que je suis plutôt bon public d’habitude avec les romans de divertissement.
Cette petite amourette entre une adolescente féministe et politiquement à gauche et un jeune militaire macho et réactionnaire parait tout de même assez improbable et ne suscite guère d’émotion.
Ceci dit, et malgré tous ses défauts, ce livre se lit rapidement et n’est pas vraiment ennuyeux à cause du rythme enlevé et de la vivacité d’esprit de l’héroïne. Mais, à plusieurs reprises au cours des derniers chapitres, je me suis dit que tout cela n’avait pas trop d’intérêt et que j’étais pressée d’arriver à la fin.
Bref : un roman que j’oublierai bien vite !

J’ai choisi pour vous l’extrait le moins superficiel du livre (et le plus réussi, de très loin) :

Extrait page 90

Lorsque je l’ai laissée entrer dans mes pensées, j’ai remarqué avec nostalgie qu’elle était toute jeune ! A peine seize ans – alors que j’allais bientôt en avoir dix-neuf. On n’avait jamais parlé de prendre la pilule, ni discuté de ce qu’on voulait faire à la fac. On traînait à la cafèt de l’école en attribuant des points aux garçons selon une échelle particulière, quand on ne parlait pas de Dieu. Et on aurait sûrement cessé de faire ces deux choses, si elle avait choisi de vivre. On aurait grandi ensemble.
Dans peu de temps, je vivrai des choses dont elle ne pourrait jamais parler avec moi, même pas dans les conversations muettes que je menais encore parfois avec elle. Boulot. Appartement. Famille et enfants. Avec chaque grand événement de ma vie, la jeune fille qu’était Pia s’éloignait un peu plus de moi. Figée pour toujours à l’âge de seize ans. « Ceux que les dieux aiment meurent jeunes » – grand-mère et moi avons beaucoup parlé de cette expression. Elle disait que les dieux voulaient épargner à leurs chouchous les côtés ennuyeux du vieillissement, la perte des dents et l’incontinence. Les attaques, aurait-elle dit à présent, si elle avait pu … Mais je n’y crois pas. Je pense que les dieux coupent la tête aux meilleurs, parce qu’ils sont jaloux, ils ne veulent pas de concurrence en matière d’adoration et de sacrifices.

***

La fin n’est que le début avait été publié en Suède en 2002, et sa traduction française date de 2009 (éditions Gaïa).

L’amour sans le faire, de Serge Joncour

joncour_lamour_sans_le_faireL’histoire : Un caméraman parisien, Franck, retourne dans la ferme de ses parents après dix années passées sans contact avec eux. Parallèlement, Louise, la belle-sœur de Franck, qui est veuve, rend visite, dans cette même ferme, à son petit garçon, qu’elle a laissé à la garde de ses beaux parents. Franck et Louise apprennent à se connaître.

Mon avis : Les deux premiers tiers du livre alternent laborieusement et assez artificiellement un chapitre sur Franck/ un chapitre sur Louise et on finit par avoir hâte que ces deux personnages arrivent à la ferme et qu’enfin ils se rencontrent. Le seul problème c’est que, quand ils se rencontrent, il ne se passe rien de notable entre eux : pas d’histoire d’amour bien sûr (on était prévenu dès le titre) mais pas non plus de moment d’intimité touchant ou de conversation éclairante. D’ailleurs, il est remarquable que, dans ce roman, tout est dans le non-dit : Louise est dans le non-dit vis à vis de ses collègues, Franck est dans le non-dit vis à vis de ses parents, et Franck et Louise sont aussi dans le non-dit l’un vis à vis de l’autre. Alors le lecteur en arrive à se demander si tous ces non-dits recouvrent vraiment des secrets trop lourds à porter, ou s’ils ne sont là que pour poser un voile faussement mystérieux sur l’extrême vacuité de cette histoire.
Ajoutons que les trois personnages principaux sont typiques de ce qu’on pouvait attendre d’eux : l’enfant (espiègle et sujet aux caprices), l’homme (solide et courageux), la femme (très réservée, socialement fragile, toute absorbée par les soins du ménage, et disposée à vous recoudre votre pantalon même si elle ne vous connaît que depuis trois jours …)
Ce livre est par ailleurs émaillé de petites histoires annexes et récurrentes : des sangliers imprévisibles, un motard fou, des rivalités paysannes, une chasse qui tourne mal, tout cela sans aucune continuité ni nécessité – sans que cela prenne sens – comme si l’auteur cherchait à faire du « remplissage », comme s’il avait peur que ce son roman soit trop court ou trop monotone.

Je n’ai vraiment pas apprécié ce livre, même si quelques pages par ci par là révèlent une sensibilité intéressante et un certain sens de l’observation, mais trop souvent noyés dans des clichés, selon moi.

L’amour sans le faire faisait partie de la rentrée littéraire 2012, et je l’ai lu en édition de poche (J’ai lu).

Le confident d’Hélène Grémillon

confident_gremillonOn est en 1975. Camille, trente-cinq ans, vient de perdre sa mère et reçoit chaque jour des lettres de condoléances. Parmi celles-ci, elle en découvre une, non signée, dans laquelle il est question de la jeunesse d’une certaine Annie et d’un certain Louis, vers le début des années 30. Camille, qui ne connaît ni d’Annie ni de Louis, pense qu’il s’agit d’une erreur, mais elle est tout de même ébranlée par la réception de cette lettre et se met à guetter les suivantes. Plusieurs autres lui arrivent effectivement dans les semaines qui suivent, continuant de raconter la vie d’Annie jusqu’en 1940, année où Annie donne naissance à une petite fille et se fait voler cette enfant par une certaine Madame M. qui souffre de stérilité. (…)

Voilà une histoire édifiante de gestation pour autrui ramenée à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale. Bien sûr, la mère porteuse voit son instinct maternel se réveiller pendant sa grossesse mais, prise au piège par la méchante femme stérile, elle est contrainte de lui abandonner son enfant. La méchante femme stérile, après l’accouchement, ne pense qu’à détruire la vie de la mère porteuse pour la pousser au suicide et se prémunir ainsi de toute tentative de récupérer l’enfant.
Cette histoire est vraiment lourde, les personnages sont monolithiques, leurs sentiments sont à l’emporte-pièce. On a en plus droit à un petit plaidoyer contre l’avortement et à l’invocation de la fameuse « nature » dont on connaît l’usage qui en est fait à notre époque.
On ne voit pas non plus pourquoi cette histoire se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale – pourquoi ce choix de la part de l’auteur – car Hélène Grémillon ne nous apprend pas grand chose sur cette période.
Je n’ai pas aimé ce roman, même s’il a quelques qualités littéraires intéressantes.

La conversation de Jean d’Ormesson

Dormesson_conversationC’est le premier livre de Jean d’Ormesson que je lis, et ça ne m’a pas donné envie de rééditer l’expérience.
Il s’agit du dialogue imaginaire entre Cambacérès et Napoléon quand celui-ci a décidé de passer du régime du Consulat à celui de l’Empire.
Ce dialogue n’est pas, à mon sens, une pièce de théâtre car il n’y a aucune tension dramatique et Cambacérès n’est qu’un faire-valoir de Napoléon, dont la décision de se faire sacrer empereur est déjà prise quasiment dès le début.
Ce livre est en deux parties : dans la première nous avons droit à un exposé sur la période du Consulat – petit rappel historique du niveau collège – et fait de plus de manière très lourde et maladroite.
Par exemple si Madame de Staël est évoquée à un moment ce sera pour nous apprendre aussitôt qu’elle a écrit Delphine, qu’elle est la maîtresse de Benjamin Constant et la fille de Necker.
J’ai aussi relevé cette phrase de Cambacérès, incroyablement peu naturelle : « Vous êtes jeune, je suis presque vieux. J’ai un an de plus que Talleyrand, six de plus que Fouché, seize de plus que vous. Je viens d’avoir cinquante ans. »
Dans la deuxième partie du livre nous avons droit à une véritable apologie de Napoléon, et là Jean d’Ormesson ne peut vraiment pas cacher sa vénération pour les « grands hommes » et ce qu’il appelle « la gloire ».
J’ai relevé ces deux phrases de Cambacérès :
page 78 :  » Vous avez réponse à tout. Vous êtes au-dessus des autres hommes. Dans les temps antiques, vous auriez, comme Alexandre, été un demi-dieu, un fils du roi des dieux. »
page 86 : »Vous êtes l’être le plus extraordinaire qui ait paru parmi les hommes depuis la venue du Messie sur cette Terre. »

Oh là là !

NB : Ce livre avait paru en 2011 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

Bienvenue parmi nous d’Eric Holder

L’Histoire : Taillandier, un peintre célèbre, n’arrive plus à créer depuis sept ans. Bien qu’il mène une vie harmonieuse avec sa compagne Alice, il a décidé de mettre fin à ses jours dans peu de temps, peu après son soixante-deuxième anniversaire.
Bientôt, Alice accueille dans leur maison une adolescente de quinze ans, Daniella, qui a été abandonnée par sa mère et qui cherche un refuge.
Taillandier, d’abord indifférent à la jeune fille, finit par nouer une complicité avec elle.
Ils partent tous les deux sur les routes de France, lui dans l’objectif de se suicider, elle dans celui de retrouver sa mère.
Leur périple les mènera dans différentes régions.

Mon avis : Sous prétexte de sobriété et de retenue dans l’expression des sentiments, ce roman est d’une platitude assez étonnante et les personnages sont réduits à des coquilles vides.
Comme il ne se passe rien, Éric Holder crée un semblant d’action en faisant changer ses personnages d’hôtels et de régions, mais cela ne suffit pas à combler le sentiment de vide qui s’empare du lecteur.
Tout le livre est censé reposer sur le lien privilégié entre Taillandier, un homme de soixante-deux ans, et Daniella, une fille de quinze ans, sans qu’il n’y ait jamais la moindre ambigüité dans leurs relations, mais ce lien, réduit à quelques parties d’échecs, à quelques promenades, n’est étayé par aucun dialogue, par aucune tension, et reste beaucoup trop ténu et vague.
On a l’impression d’assister à un téléfilm avec paysages de bords de mer, trajets en voiture, et l’inévitable « happy end » qui ôte toute crédibilité aux précédentes idées noires de Taillandier.
Si je cherchais quelque chose de positif à dire de ce livre, je dirais que le style est plutôt clair, fluide, et que cela permet d’aller au bout de la lecture sans trop s’ennuyer.