Pluie Noire, de Masuji Ibuse


J’avais parlé il y a quelques semaines du livre-témoignage de Tamiki Hara, Hiroshima Fleurs d’été, un récit sur la bombe atomique. A cette occasion, le blogueur Strum avait évoqué Pluie noire de Masuji Ibuse, sur le même sujet, aussi j’ai été tentée de le lire.
Je ne vais pas comparer les deux livres, mais les ressemblances sont à coup sûr plus nombreuses que les différences : les descriptions des blessures, des victimes, des errances à travers les champs de ruines, des recherches de parents ou d’amis à travers des paysages dévastés, constituent dans les deux cas la majeure partie du récit, et se révèlent fort éprouvants pour le lecteur à certains moments.

Le début de l’histoire : En 1950, un homme, nommé Shizuma, vit avec sa femme et sa nièce, Yasuko, à Kobatake, un village proche de Hiroshima. Shizuma voudrait marier sa nièce, mais il n’y parvient pas : tous les projets en ce sens ont chaque fois échoué, car la rumeur court, selon laquelle la jeune fille a reçu la pluie noire, radioactive, qui est tombée quelques heures après l’explosion atomique, en 1945. Shizuma va donc rechercher des preuves, parmi les journaux intimes de sa nièce et de lui-même, qu’elle est en parfaite santé et n’a pas été atomisée.
La majeure partie du roman est la retranscription du journal du héros, avec les événements détaillés du 6 août, et des deux semaines suivantes.

Mon avis : J’ai un peu regretté que l’auteur ait présenté ce récit sous forme romanesque, car il aurait été tout aussi prenant, et même peut-être davantage, sous forme de récit autobiographique, de témoignage. D’ailleurs, le problème du mariage de Yasuko apparaît bien vite secondaire et sans objet, et on sent bien que l’intérêt de l’auteur se situe exclusivement dans la bombe et ses conséquences.
Au cours du roman, l’explosion du 6 août nous est racontée à de nombreuses reprises car, chaque fois que le héros croise des connaissances, amis, collègues ou parents, ils lui racontent tous ce qu’ils faisaient au moment de l’explosion, comme un instant de référence dont personne ne peut se détacher et que l’on ressasse indéfiniment.
A certains moments, je me suis un peu ennuyée, ou j’ai trouvé quelques longueurs, spécialement quand le héros cherche du charbon pour son entreprise, ce qui semble être quelque peu obsessif chez lui, et parait incongru dans un contexte aussi dramatique, où l’urgence est plutôt à la survie et à l’entraide.

Extrait page 152 :

Un adolescent qui était assis a cédé sa place à une vieille femme debout à côté de l’homme aux yeux enfoncés. Il devait être en troisième ou quatrième année de lycée.
(…)
Quand la boule de feu avait éclaté, il était à la maison. Percevant l’éclair, puis la détonation, il avait voulu fuir dehors, mais au même moment la maison s’écroulait, et il perdait connaissance. Revenu à lui, il était pris entre de gros bois, des poutres, que son père écartait : « Tiens bon  » lui criait-il, et avec un rondin en guise de levier, il essayait de soulever les bois qui enserraient le pied de son fils. Le feu s’approchant, et la maison commençant de brûler : « Vite ! Retire ton pied ! » avait dit le père, mais la cheville était prise, et il ne pouvait bouger. L’incendie venait de trois côtés. Et le père, regardant autour de lui : « Il n’y a plus d’espoir, pardonne-moi. Je me sauve. Pardonne-moi. », avait-il dit, et pris la fuite après avoir jeté son rondin. Le garçon avait crié « Au secours, papa ! » et le père s’était retourné, une seule fois, et avait disparu.

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