Pour vous faire patienter

Cette première quinzaine d’août, j’ai un peu délaissé ce blog. Ce n’était pas tout à fait volontaire, et chaque jour je me disais « Aujourd’hui je vais écrire un article ! » et puis, le soir arrivait et je n’en avais pas écrit …
Bref, j’espère, chers lecteurs et followers, que vous ne m’en voudrez pas de cette paresse estivale qui, après tout, est assez banale !
Ce blog reprendra à un rythme plus soutenu vers le 20 ou 25 août.

Je vous laisse sur un sonnet écrit il y a un ou deux mois et qui, j’espère, vous fera patienter !

Ségur, 2001

J’habitais en ce temps un quartier morne et chic,
Mélange de bars lounge et d’échoppes désertes,
Des arbres projetaient leurs longues ombres vertes
Le long du boulevard à l’incessant trafic.

J’étais en couple alors et je coulais à pic,
Puisqu’aimer c’est souvent souffrir en pure perte,
Le chagrin m’épuisait et me rendait inerte,
Puis souffrir devenait une sorte de tic :

Nous passions chaque soir en querelles absconses,
Les mêmes arguments et les mêmes réponses
N’aboutissaient jamais qu’au même noir sommeil.

Tout le reste du jour, j’errais comme un fantôme
En mal d’amitié vraie, indifférente au dôme
des Invalides, dont l’or brillait au soleil.

***

Trois sonnets sur Paris

paris-tour-eiffel

Depuis l’année dernière, j’ai écrit trois sonnets sur Paris, aussi est-il temps pour moi de vous les donner à lire !
Le premier a été publié dans la revue Le Coin de Table en janvier 2015, et les deux autres seront publiés prochainement.
N’hésitez pas à me laisser vos commentaires, ne serait-ce que pour dire lequel des trois vous préférez !

Paris I

Le touriste est heureux, oui, mais le parisien
Sous des dehors nerveux est toujours d’humeur lasse,
Trouve aisément le mot qui fait rire ou qui glace,
Et se plaint à l’envi du poids du quotidien.

Ville qui promet tout … Et dont je n’obtiens rien !
Il semble kafkaïen de m’y faire une place,
Mais j’aime l’air désuet des fontaines Wallace
Et l’immense ciel, vu du métro aérien.

Piège pour l’employé perdu dans sa grisaille,
Piège pour le chômeur que son loyer tenaille :
Tous troqueraient Paris contre un bout de jardin.

Mais j’aime ce matin, dans mon train de banlieue,
Entre deux murs tagués apercevoir soudain
D’un morceau d’horizon la courte ligne bleue.

***

Paris II

Cette vieille cité qui se voudrait moderne
Se pique d’abriter les plus brillants esprits :
Des mandarins grincheux aimant qu’on leur décerne
Le titre raffiné de génie incompris.

On vient de loin pour voir une Tour Eiffel terne
Se détacher à peine au milieu du ciel gris ;
Le parisien s’en moque et tout ce qu’il discerne
Ce sont les jours fériés et les hausses de prix.

L’habitat est petit, les loyers sont énormes,
Se ruiner pour mal vivre est devenu la norme,
Il faut s’en contenter puisqu’on n’a pas le choix.

Sur les bords de Seine où la misère s’abrite
Flânent allégrement les sinistres bourgeois
Qui croient que dans la vie on a ce qu’on mérite.

***

Paris III

Il faudrait se hisser au niveau de l’élite
Pour ne plus se laisser écraser par le sort,
Pour nous autres, sans grade, aucun notable effort
N’empêche que la juste ambition se délite.

Loin de Barbès et de sa foule hétéroclite,
Plus un quartier est riche et plus il semble mort,
Et d’Auteuil à Passy fuit, sans personne à bord,
Le métro aérien comme un aérolithe.

Vieux cliché vaniteux ou fantasme éhonté :
La « ville romantique » est en réalité
Celle du célibat et de la solitude.

On se doit, à Paris, d’avoir l’air occupé,
Même quand, comme moi, on a pour habitude
D’étaler sa paresse au fond d’un canapé.

***

auteur : Marie-Anne BRUCH – Merci de ne pas reproduire ces poèmes sans mon accord !

***

Regard sur le métro aérien et la station Sèvres Lecourbe

Regard sur le métro aérien et la station Sèvres Lecourbe

Un pantoum sur la timidité

Toujours en vacances, je me suis prêtée au petit jeu du pantoum pendant les quatre dernières nuits.
Naturellement, il ne s’agit pas de rivaliser avec les illustres poètes dont je parlais hier, mais juste de s’amuser et d’essayer de faire quelque chose qui se tient.
Etant une grande timide, cela m’a semblé être un bon thème pour cet exercice.
Voici donc mon poème, en neuf strophes sur deux rimes.

***
La Timide
– Pantoum –

Léger handicap, bénigne névrose
J’ai au fond du cœur ce petit muret
Qu’il faut enjamber – du moins il faudrait
Demain j’essaierai, maintenant je n’ose.

J’ai au fond du cœur ce petit muret
S’il faut m’exprimer je me décompose
Demain j’essaierai, maintenant je n’ose
Ah, vivre autrement, sans frein, sans apprêt !

S’il faut m’exprimer je me décompose
Comme si la vie était à l’arrêt
Ah, vivre autrement, sans frein, sans apprêt !
J’attends pour bientôt ma métamorphose

Comme si la vie était à l’arrêt
Ne valant pas mieux que ne vaut ma prose
J’attends pour bientôt ma métamorphose
Moi qui ne suis pas telle qu’il parait

Ne valant pas mieux que ne vaut ma prose
J’ai toujours cet air modeste et discret
Moi qui ne suis pas telle qu’il parait
Ah mais nul ne peut voir sous mon front rose !

J’ai toujours cet air modeste et discret
Pour peu qu’un désir sur mon cœur se pose
Ah mais nul ne peut voir sous mon front rose
Et l’on me prend pour quelqu’un de distrait

Pour peu qu’un désir sur mon cœur se pose
Mon corps effrayé se met en retrait
Et l’on me prend pour quelqu’un de distrait
J’implose, plutôt que je ne m’impose

Mon corps effrayé se met en retrait
Comme un végétal – muguet, laurier-rose
J’implose, plutôt que je ne m’impose
Et mon esprit tourne en rond sans arrêt

Comme un végétal – muguet, laurier-rose
J’ai du moins vécu ma vie en secret
Et mon esprit tourne en rond sans arrêt,
Léger handicap, bénigne névrose.

Trois poèmes parus dans la revue Les Citadelles (2015)

J’avais envoyé un recueil de sonnets classiques à Philippe Démeron, directeur de la revue poétique Les Citadelles, qui fête en 2015 ses vingt ans.
J’ai eu la chance de voir sept de ces poèmes retenus pour le nouveau numéro de cette belle revue qui se veut éclectique dans ses choix et ouverte aux poètes étrangers.
Voici trois d’entre eux :

Le magasin de couleurs

Le petit magasin de bois clair et d’acier,
Quadrillé d’arcs-en-ciel, m’enchante : j’y butine
L’aquarelle en bonbons citron ou clémentine,
Je suis comme un enfant gourmand chez le glacier.

Du Rouge anglais jaillit un roman policier,
Et le temple d’Angkor, des pots d’encre de Chine,
Au nom Vert de Vessie, incongru, j’imagine
L’alambic vénéneux et fumant d’un sorcier.

Face au format raisin, mes yeux laissent éclore
Les ceps éblouissants d’une vigne incolore,
Un sud ensoleillé de rayons infinis.

Les martres des pinceaux m’évoquent une étrange
Chasse à courre, et je pars au temps de Michel-Ange
Devant les forts parfums des colles et vernis.

**

Fond de tendresse

Encore un jour paisible à regarder la pluie
Marteler les carreaux de ses longs doigts nerveux
Jusqu’au soir qui viendra sans marbrures ni feux,
Dans un lent crépuscule, épais comme la suie.

Sans bouger mon épaule où ta tête s’appuie
Et sur laquelle dort l’algue de tes cheveux,
Je subis la paresse aimante que tu veux
Et me retiens de dire à quel point je m’ennuie.

Et tout en caressant les mèches sur ton front,
Je me demande quand nos gestes glisseront
De tendresse un peu triste à vague somnolence.

Et je songe, en couvrant ta tempe de ma main,
Qu’entre la solitude et toi mon cœur balance
Et que ce choix sera moins coupable demain.

**

Tant pis

Je ne veux pas tenir de rôle
Sur cette terre aux longs hivers,
Je veux juste écrire des vers,
Tant pis si je ne suis pas drôle.

Souvent la froidure me frôle,
Je ne me suis pas découvert
de semblables dans l’univers,
J’ai rarement trouvé d’épaule.

Mais pas question de déposer
Sur ta peau tiède un seul baiser
Même si ton regard m’enjôle.

Je garderai mon cœur à blanc
Car dans ta vie pleine d’allant
Je ne veux pas tenir de rôle.

**

Auteur de ces trois poèmes : Marie-Anne Bruch, extraits du recueil Feue l’étincelle, 2009-2014

Trois poèmes écrits en février 2015

J’ai beaucoup écrit de poèmes le mois dernier, et je vous en propose trois parmi ceux que je préfère.

***
Révoltes du vent

Le vent semble venir des profondeurs de la terre et la nuit s’ébranle comme un long train vétuste.
Les arbres sont sans doute à bout de nerfs derrière les volets exténués et je pense au préau de l’enfance où stagnaient les jours de pluie et les automnes passifs.
Le vent est un fantôme de cheval insurgé, qui se rue contre l’espace et se cabre devant le temps.
Le silence pose à nouveau sa patte puissante sur la maison et l’avenir semble vouloir me chasser hors de moi-même.

***
Nord Magnétique

Le silence est un azur sonore où s’effiloche la brume et je songe à cette fatalité de devoir se subir soi-même.
Tu as longtemps vu l’amour comme un bras de fer avec la destinée et tu restais des heures sur le même banc public en attendant de devenir plus jeune.
Les années passées ont aplani les montagnes d’illusions qui se dressaient devant toi et maintenant tu peux voir qu’il n’y a pas grand-chose de pittoresque à l’horizon.
A cette heure de grand silence, les poussées du vent se font plus violentes et te désorientent ; seules tes solitudes immobiles semblent toujours indiquer le nord.

***
Souvenirs d’Espagne

Les rémouleurs viennent du pays des guitares sauvages et des orgues de barbarie pour aiguiser les cris des matrones aux mains pleines de lames et les yeux des enfants qui ont bu trop de soleil.
Dans la cage d’escalier se cognent toutes les langues, comme des cailloux au fond de la fontaine des souvenirs d’enfance.
La mer est plus mousseuse qu’un champagne, plus salée que la sueur au-dessus de ma lèvre, et plus amère que l’acrimonie d’une vieille coquette.
Le bleu des immeubles rivalise avec l’intérieur des piscines et semble monter jusqu’au ciel.
Le long de la voie ferrée voltige mon ennui couleur de sable, et grillent des noisetiers dont les fruits ne mûrissent jamais.
La vie est lancinante comme une rage de dents, sur laquelle on appuie avec un coin de la langue.
Le Christ en croix dans son cadre en bois souffre autant que moi de mes coups de soleil.
Au-delà des collines, on est parfois saisi par le rayon vert.

Deux poèmes écrits en janvier 2015

J’ai écrit ces poèmes entre la fin décembre 2014 et le début janvier 2015. Ils sont encore inédits mais ont été publiés sur certains forums de poésie.

Tableau
(27 décembre 2014)

Le bruit de la pluie est plein de frétillements et de répercussions, on devine les fractures du ciel et les nuages bourgeonnants.
Le bruit de la pluie ondoie comme un pressentiment et je reste hermétique aux réminiscences d’amours passées.
La cigarette a un goût de réglisse usagée, d’insouciance périmée, et la fumée prend la teinte des albums de famille au fond des tiroirs tristes.
Cette nuit, mes rêveries ne me mèneront pas plus loin que la lisière de l’enfance et je reste insensible au vent froid qui se lève à l’orée du trépas.
La chaleur de ton sommeil me ramène aux moissons d’autrefois sur les enluminures.
La tiédeur de ton souffle ranime l’or et la myrrhe sur les toiles flamandes.
Le bruit de la pluie s’effondre sur mes frissons.

Marie-Anne Bruch
****

Revue de détail (10/01/2015)
en l’honneur de Charlie Hebdo

L’écho des guerres lointaines se dilue peu à peu dans le ciel impassible et la ville s’enivre du récit de ses fautes supposées.
Nous irons faire du tourisme dans les décombres des citadelles vaincues, nous achèterons des soldats de plomb aux épiciers goguenards.
La paix est une grenade qu’on n’ose pas dégoupiller et qu’on laisse moisir dans un champ en friches.
Les dieux, avec leurs yeux d’acier trempé, ne pleurent pas sur nous et attendent patiemment notre déconfiture.
Notre liberté consiste à nous détailler sans fin dans les miroirs, notre liberté consiste à ressembler éternellement à nous-mêmes.

Marie-Anne Bruch
****

Deux poèmes écrits en novembre 2014

J’ai écrit ces deux poèmes il y a environ trois semaines.
Prière de ne pas diffuser ces textes sans mon accord préalable.

Flashes

L’automne soupirait sous nos pas, détrempait nos regards trop aigus, remodelait la boue de nos souvenirs hors d’âge.
Les habitudes ni bonnes ni mauvaises nous tenaient lieu d’épine dorsale.
Nous étions flous, brouillés comme des lunes dans leurs langes.
L’instant présent pouvait durer plusieurs minutes et, dans nos soirs de nostalgie diffuse, il durait même une éternité.
Nous cherchions une continuité. Nous voulions voir dans l’existence un fil à dérouler, à démêler, mais tout n’était que flashes juxtaposés, jusqu’à nos rêves conscients, jusqu’à nos nuits d’amour.
Nos phrases étaient bâties sur des influx fugaces.
Nos pensées relayaient le bas voltage de la matière.

Marie-Anne Bruch

***

Courants gris

Nous nous sommes aimés à l’abri des lumières
impérieuses et tenaces qui cisaillaient la ville ;
Nous nous sommes aimés à l’abri du soleil
qui aurait pu ronger nos fragiles baisers
et jeter nos sourires en pâture aux loups blancs.
L’air entre nos deux corps était une souple étoffe
de mousseline grise, plus légère qu’une ombre ;
L’air entre nos deux corps ressemblait aux sous-bois
moussus comme des vagues, incertains comme la neige.
Nous nous sommes aimés à l’abri du vacarme
qui cinglait les volets comme des feux de détresse.
Et nous étions heureux dans l’écrin du silence,
dans la bogue de la nuit.
Et le temps nous couvrait de sa cape immobile.

Marie-Anne Bruch

***

Parution du livret Polder n°163

En cette mi novembre 2014, je vous annonce la parution du livret Polder n°163.
J’ai l’honneur d’avoir été choisie comme auteur pour ce livret de poésie, et j’ai la chance d’avoir pour préfacier le poète Denis Hamel et pour illustratrice la poétesse Claire Ceira.
Polder est une collection de poésie dirigée par la revue Décharge et imprimée par les éditions Gros Textes, son but est de faire entendre des voix nouvelles.

Voici deux poèmes extraits de ce recueil :

Sans titre

La nuit hésitait
entre silence
et ténèbres.

J’oscillais
entre cœur
et esprit.

La solitude était
lisse comme une plume.

Le passé
semblait une bien obscure
énigme.

Il fallait saisir
le présent
du bout du stylo.

On pouvait écrire
tout et son contraire
sans jamais
être dans le vrai.

A cette heure-là
la nuit
faisait miroir.

Je regardais
mon visage par la fenêtre.

***

Milieu de la nuit

La lampe ouvrait
la nuit en deux.

Des choses
belles ou terribles
se tramaient
de par le monde.

Les sièges vides
face à moi
me tenaient compagnie.

Par des nuits
comme celle-là,
l’amour paraissait
quelque peu surhumain.

L’espérance
supposait
trop de patience,

et le temps de la nuit
était d’une extrême
lenteur.

Seul, on ne sentait
ni sa force
ni sa faiblesse.

***

Vous pouvez vous procurer ce recueil de poèmes Ecrits la nuit suivi d’Ecrits d’amour par Marie-Anne Bruch (Polder n°163) en le commandant aux éditions Gros Textes :
éditions Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
(France)

ou encore en le commandant à :
Jacques Morin
(Directeur de la revue Décharge)
4 rue de la Boucherie
89240 EGLENY

Le prix en est de 6 euros.

Journal d’un roman n°5

Il y a une bonne dizaine de jours j’ai terminé l’écriture de mon roman, du moins j’ai terminé le premier jet et fait les premiers niveaux de corrections.
J’ai donné immédiatement le manuscrit à lire à deux amies.
L’une a été très positive sur mon travail, l’autre a été plus réservée parce que la structure du récit lui semblait peu claire, ce que je conçois très bien.
En tout cas, leurs avis m’ont beaucoup rassurée et je les remercie grandement.

Je souhaite maintenant prendre du recul et « laisser reposer » le manuscrit avant de le reprendre pour plus de corrections.
J’ai repris hier l’écriture poétique et j’essaye de ne plus penser à ce roman.
Peut-être, quand je le relirai (d’ici 15 jours ou trois semaines), ne me plaira-t-il plus et ne me reconnaîtrai-je plus dans cet écrit ? Cela m’est déjà arrivé avec des poèmes.

Il y a aussi la question de l’envoi aux éditeurs.
Je révèle dans ce roman des choses très personnelles, parfois impudiques. Je n’ai pas forcément envie que ma famille sache tout cela sur moi, ou lise ce que je pense d’elle.
La tentation existe, de garder ce roman dans un tiroir et de ne rien tenter pour le publier.
Mais la tentation existe aussi, de faire quelques envois à des éditeurs « pour voir ».

On verra. Pour le moment je laisse reposer !

Rubrique à suivre …

Trois poèmes parus dans Diérèse n°62

Dans le dernier numéro de la revue Diérèse, que j’ai reçu hier, et qui correspond à l’hiver 2013-2014, j’ai eu le grand plaisir de voir figurer cinq de mes derniers poèmes. Je suis particulièrement honorée car, dans ce numéro, sont publiés également des poètes comme Michel Butor, Isabelle Lévesque ou Silvia Baron Supervielle.
Voici donc trois de mes poèmes parus dans cette revue :

Journal

J’étais seule
et légère.

Je n’écoutais pas
le silence.

La solitude épousait
les méandres du temps.

J’attendais
le goutte-à-goutte
d’un poème.

Tout fuyait
de la blancheur du sol
à la pénombre
du couloir.

La table
était sévère,
le cendrier navré
mais les volets
rêveurs.

Un poème
pouvait tomber du ciel.

Pas de doute,
j’étais seule.

Lasse

La nuit
m’affaiblissait.

Rien ne chantait
sous la lampe.

Je me résumais
à quelques gestes
mesurés.

L’aube viendrait
comme une intruse.

J’étais sans doute
la même que la veille
à une nuance près.

Il ne restait
de la tristesse
qu’une lassitude
dans les os.

L’amour était
une vague histoire
de nerfs.

Il manquerait
toujours quelque chose.

Je n’avais
rien à m’avouer.

Milieu de la nuit

La lampe ouvrait
la nuit en deux.

Des choses
belles ou terribles
se tramaient
de par le monde.

Les sièges vides
face à moi
me tenaient compagnie.

Par des nuits
comme celle-là
l’amour paraissait
quelque peu surhumain.

L’espérance
supposait
trop de patience,

et le temps de la nuit
était d’une extrême
lenteur.

Seul, on ne sentait
ni sa force
ni sa faiblesse.

Marie-Anne Bruch