Deux poèmes d’amour de Louisa Siefert

Ces deux poèmes sont extraits de l’anthologie Quand les femmes parlent d’amour, établie par Françoise Chandernagor, et parue chez Points (Le Cherche Midi) en 2016.

Louisa Siefert (1845-1877) est une poète française que Rimbaud et Hugo ont admirée. De santé très fragile, elle est morte à 32 ans.

PANTOUM

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi j’ai cru.
– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.
Après que tout a disparu,
Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie.
Hélas ! les beaux jours ne sont plus.
Je regarde tomber la pluie.
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

***

Rentrez dans vos cartons

Rentrez dans vos cartons, robe, rubans, résille !
Rentrez, je ne suis plus l’heureuse jeune fille
Que vous avez connue en de plus anciens jours.
Je ne suis plus coquette, ô mes pauvres atours !
Laissez-moi ma cornette et ma robe de chambre,
Laissez-moi les porter jusqu’au mois de décembre ;
Leur timide couleur n’offense point mes yeux :
C’est comme un deuil bien humble et bien silencieux,
Qui m’adoucit un peu les réalités dures.
Allez-vous-en au loin, allez-vous-en, parures !
Avec vous je sens trop qu’il ne reviendra plus,
Celui pour qui j’ai pris tant de soins superflus !