La Faim de Knut Hamsun

J’ai terminé cette lecture depuis déjà quelques jours mais j’ai eu besoin d’une période de décompression et, si j’ose dire, de digestion, pour apprécier pleinement La Faim – le chef d’oeuvre de Knut Hamsun (1859-1952), qui date de 1890 et se fonde probablement sur des éléments autobiographiques.
Je comprends que le ton de ce roman ait paru très nouveau, à la fin du 19è siècle, car c’est un livre âpre et dur, éprouvant pour le lecteur, avec des scènes très brutales.
Ce livre se présente comme le monologue intérieur d’un jeune écrivain dont nous ne saurons jamais le nom. Ce jeune écrivain assure plus ou moins sa subsistance en fournissant des articles à un journal. Mais, parfois, le journal en question refuse ses articles et, d’autres fois, le jeune écrivain connait des pannes d’inspiration et n’arrive plus à rien écrire de bon. Sa situation est donc d’une extrême précarité et ses rentrées d’argent pas assez importantes pour le sortir de la misère plus que quelques jours. Il connaît la faim de manière cyclique, se retrouve plusieurs fois à la rue, errant dans la grande ville, ne sachant comment s’en sortir, en proie aux plus grands tourments psychologiques car la faim et la misère lui détraquent les nerfs. Au cours de ses vagabondages, il est tiraillé entre l’envie de garder sa dignité et le besoin de s’abaisser pour demander l’aumône ou un service matériel. Il a parfois des comportements incohérents, impulsifs, autodestructeurs mais je crois que c’est dû à son extrême misère physique et morale, au mépris et aux méchancetés dont il est victime, conjugués à la grande ambition littéraire et intellectuelle qui l’anime. Tiraillé entre des tas d’aspirations contradictoires, il est à la limite de la folie. Réduit à la faim et au dénuement complet durant plusieurs jours, il se confronte souvent à l’idée de la mort.
Ce personnage – qui est à peu près le contraire d’un bourgeois pépère épris de confort, si typique du 19è siècle – ne semble pouvoir exister que dans le danger et l’excès. Il ne semble tirer aucune leçon de ses expériences et se retrouve toujours cycliquement dans la même situation. Il m’a un peu rappelé le personnage des Carnets du Sous-sol de Dostoïevski, avec le même caractère entier et passionné, la même solitude, et des névroses voisines.
Un livre puissant et douloureux, qui laisse une impression très vive !

Esclaves de l’amour, de Knut Hamsun

Esclaves de l’amour est un recueil de quatorze nouvelles écrites entre 1897 et 1905.
Knut Hamsun, né en 1859, est un écrivain norvégien, auteur du célèbre roman La Faim, et qui obtiendra le Prix Nobel de Littérature en 1920. Il prend parti pour le régime nazi pendant la deuxième guerre mondiale et meurt en 1952.

Dans plusieurs de ces nouvelles, les rapports entre hommes et femmes sont marqués par la duplicité, la trahison. Le héros masculin est amoureux d’une femme mais elle lui préfère son rival après beaucoup d’hésitations et ayant donné de faux espoirs à notre héros malheureux. Mais, dans la première nouvelle (Esclaves de l’Amour), la situation est inversée et c’est une serveuse de café qui se voit préférer une élégante dame en jaune par le beau jeune homme dont elle s’est éprise et qui profite d’elle et de son argent tout en l’appelant son « esclave ».
J’ai particulièrement aimé la nouvelle intitulée La Dame du Tivoli dont le personnage féminin est très mystérieux : on se demande si elle est mythomane, folle, ou si ses paroles reflètent un fond de vérité, et j’aime bien cette ambiguïté entretenue jusqu’à la fin, ainsi que les réactions du héros qui sont un peu à l’image des nôtres pendant cette lecture.
La mort est aussi très présente dans ces nouvelles, avec plusieurs histoires d’assassinats ou tentatives de meurtres, qui surviennent de manière très brutale, inattendue, et qui désarçonnent le lecteur. On trouve également une histoire de revenants (Un fantôme) mais elle m’a semblé plus faible que les autres, ne m’a pas convaincue.
Une autre de ces nouvelles que j’ai beaucoup aimée est Zachaeus : elle se passe aux Etats-Unis, ne comporte aucun personnage féminin et est extrêmement cruelle. Elle m’a semblé préfigurer un peu l’ambiance des romans de Steinbeck.
Mais la nouvelle qui m’a le plus étonnée est Une mouche tout à fait banale, de taille normale, qui m’a paru d’une grande modernité, oscillant entre l’ironie et la déraison, très étrange.
Si vous aimez les nouvelles, je vous conseille vivement ce livre !

La lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson

Lettre_a_HelgaJ’ai été amenée à lire ce livre, dont je n’avais jamais entendu parler, car une gentille amie me l’a prêté en me disant que c’était très bien. Intriguée, et comme je n’avais plus d’autres lectures en cours, je me suis donc un peu jetée dessus …
La lettre à Helga est un roman islandais qui faisait partie de la rentrée littéraire 2013, publié en France chez Zulma, et qui a eu un succès énorme dans les pays scandinaves.
Ce livre se présente sous la forme d’une lettre et son héros est le rédacteur de cette lettre : Bjarni Gislason, un très vieux monsieur, agriculteur de son état, qui s’adresse à son ancienne amante, Helga, dont il avait dû se séparer parce qu’il n’avait pas accepté de la suivre en ville, étant profondément attaché et enraciné à sa terre et à sa région. Malgré tout, le souvenir et le désir d’Helga ont continué à le hanter pendant toutes ces décennies, et il veut lui raconter sa vie passée sans elle, ses problèmes avec sa femme, le contact qu’il a toujours entretenu avec la nature.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman, moi qui suis citadine et que la vie à la campagne ne passionne pas a priori. Ceci dit, au bout de deux ou trois chapitres, je me suis finalement attachée aux personnages, et particulièrement au héros, que son caractère entier, sincère, et épris de choses simples m’ont rendu sympathique.
Il y a maintes fois des éloges de la nature et de la vie à la campagne – opposée à la ville où on mènerait une vie « vide de sens » – qui m’ont paru être une philosophie de la vie assez scandinave (ou en tout cas nordique) mais qui sont développés d’une manière originale et même convaincante.
L’histoire d’amour elle-même, qui se présente au début comme une attraction purement sensuelle, finit par devenir un sentiment beaucoup plus subtil et profond, et se révèle touchant pour le lecteur.

Bref, un beau livre !

Rosa Candida, le roman d’Audur Ava Olafsdottir

rosa_candida_olafsdottirJ’avais entendu parler de ce roman islandais au moment de sa publication en français, en 2010, et, depuis, j’avais gardé son titre dans un coin de ma tête, en me disant que je le lirais un jour ou l’autre. Les critiques que j’en avais entendues étaient très élogieuses et il semblait se produire un petit phénomène autour de ce livre. Quatre ans après, j’ai enfin trouvé le moyen de le lire, et, sans parler de déception, je dirais que mon impression n’est pas à la hauteur de mes attentes.

 

Le début de l’histoire : Un jeune homme de vingt-deux ans, Arnljotur, s’apprête à quitter pour la première fois la maison de son père et de son frère autiste, pour aller travailler comme jardinier dans un monastère à l’étranger. Ce jeune homme est en effet passionné d’horticulture et cultive une variété de rose très rare, la rose à huit pétales, aussi appelée rosa candida. Arnljotur a eu, quelques mois auparavant, la surprise de devenir père d’une petite fille, nommé Flora Sol, conçue à la faveur d’une très brève aventure avec une étudiante qu’il n’aimait pas et connaissait à peine. Le jeune homme, pendant son voyage vers le monastère, tombe malade et doit subir une opération. (…)

Mon avis : Ce n’est pas un livre qui a remis en cause ma vision du monde ou qui a perturbé mon subconscient mais l’histoire est très charmante et la façon dont sont décrites les choses et les sentiments est agréable et fluide. Il m’a semblé plusieurs fois au cours de ma lecture que tout se déroulait d’une manière un peu trop idyllique et trop simple, que les zones d’ombre étaient un peu trop vite évacuées, mais on peut penser que c’est le parti pris esthétique de l’auteur et, en même temps, un certain réalisme n’est pas absent de ce livre, par la multiplication des descriptions et des détails concrets.
J’ai trouvé que les caractères des personnages n’étaient pas non plus très creusés, mais leur quasi absence d’aspérités ou de défauts n’est pas pour autant désagréable ou gênant, et n’empêche pas le lecteur de s’attacher à l’histoire.
Disons que ce n’est pas un roman qui se lit avec passion – car on n’est pas vraiment entraîné dans un suspense ou aiguillonné par une tension dramatique – c’est un livre au contraire très calme, raisonnable, qui laisse penser que la vie est un long fleuve tranquille et que le bonheur est une chose aisément accessible.

Un roman délicat, cohérent, mais qui reste, à mon goût, un peu trop en surface.

 

Rosa Candida était paru pour la première fois en Islande en 2007, et en France en 2010 aux éditions Zulma.