La Passion selon G.H. de Clarice Lispector

J’ai lu ce livre par curiosité pour Clarice Lispector et pour essayer de découvrir la littérature brésilienne en général, une littérature qui m’était entièrement inconnue jusqu’à présent.

couverture du livre

Note biographique sur l’autrice :

Clarice Lispector (1920-1977) est une femme de lettres brésilienne d’origine ukrainienne. La Passion selon G.H. qui date de 1964 est son roman le plus célèbre. Ses romans sont souvent introspectifs, avec des monologues intérieurs qui font penser à Virginia Woolf ou James Joyce. (Sources : Wikipédia et l’éditeur)

Quatrième de Couverture :

La Passion selon G.H. est un classique incontournable de la littérature brésilienne contemporaine, dont l’intrigue repose sur quelques éléments à peine : un événement apparemment banal fait irruption dans le cours habituel des jours et provoque un séisme intérieur foudroyant. G.H. une artiste vivant à Copacabana, quartier chic de la ville de Rio de Janeiro, pénètre pour la nettoyer dans la chambre de l’employée de maison à la suite de son départ. La pièce est impeccable mais elle y découvre dans un placard une énorme blatte qu’en vain elle tente d’écraser d’un coup de porte. Face à l’insecte agonisant, G.H. plonge dans une crise existentielle qui la mènera par strates successives jusqu’aux confins de la Création, par-delà les limbes du langage et de l’inconscient. Ce voyage immobile constitue sans doute l’une des pages les plus saisissantes de la littérature du XXe siècle.

Mon Humble Avis :

J’ai lu ce roman dans une toute nouvelle traduction (datant de 2020) alors que la précédente traduction, que je ne connais pas, datait des années 70. Malgré tout, j’ai trouvé la lecture de ce livre extrêmement pénible, rébarbative, avec une écriture absolument ni belle ni fluide, un style lourd et quasiment indigeste qui pourrait faire penser aux tracts syndicaux ou, au mieux, aux thèses de doctorat intello-poético-philosophico-marxisantes des années 1970.
Du point de vue des références littéraires qui ont visiblement inspiré Clarice Lispector, on pense bien sûr à Kafka, avec l’irruption de la blatte géante qui fonctionne comme un clin d’œil appuyé à l’écrivain praguois. J’ai aussi pensé à Une saison en enfer de Rimbaud, du point de vue de l’atmosphère un peu mystique, oscillant entre le blasphème et la métaphysique. Parfois, la manie de Clarice Lispector de jongler avec des concepts paradoxaux (l’être c’est le non-être, le renoncement c’est la victoire, et tout ce genre d’idées) m’a vaguement évoqué Maurice Blanchot. Autant de références tout à fait respectables, et même hautement recommandables, mais l’autrice brésilienne ne me semble pas tirer le meilleur profit de ces inspirateurs.
J’ai trouvé de ci de là des pages très intéressantes, des réflexions pleines de vérité, et aussi quelques véritables pépites, mais elles ont tendance à être noyées dans des flots de considérations rébarbatives – et tout bonnement barbantes – où l’on finit par s’enliser et perdre pied !
Bref, un livre que je ne recommande pas – surtout à cause de son style et, accessoirement, à cause de nombreuses réflexions tirées par les cheveux.

Voici un extrait qui m’a plutôt plu :

Un Extrait page 173

Mais je découvre que l’espoir même n’est pas nécessaire.
C’est beaucoup plus grave. Ah, je sais bien que je suis encore à m’occuper de danger et que je ferais mieux de me taire pour moi-même. On ne doit pas dire que l’espoir n’est pas nécessaire, car cela pourrait se transformer, compte tenu de ma faiblesse, en arme de destruction. Et pour ta part, en arme utilitaire de destruction.
Je pourrais ne pas comprendre et tu pourrais ne pas comprendre que renoncer à l’espoir – cela signifie de fait agir, et aujourd’hui. Non, ce n’est pas destructeur, attends, laisse-moi nous comprendre. Il s’agit d’un sujet interdit non parce que nocif mais parce que nous nous y exposons à du risque.
Je sais que si j’abandonne ce qui fut une vie entièrement organisée autour de l’espoir, je sais qu’abandonner tout cela – au profit de cette chose plus vaste qui est d’être vivant – abandonner tout cela est douloureux comme de se défaire d’un enfant qui n’a pas encore vu le jour, qui n’est qu’en promesse, et cela meurtrit.
(…)

Ce roman était paru en 1978 aux éditions des Femmes Antoinette Fouque et il a été réédité dans une nouvelle traduction de Paulina Roitman et Didier Lamaison, en 2020, toujours aux éditions des Femmes.