Trois Poèmes de Roberto Juarroz

J’ai lu La dixième poésie verticale de Roberto Juarroz dans le cadre du mois de l’Amérique Latine de Goran et Ingannmic.
Ce livre est paru pour la première fois en 1988 (en espagnol) et dans sa version française, en 2012, traduit par François-Michel Durazzo pour les éditions José Corti.

Note sur le poète (par l’éditeur) :

Roberto Juarroz (né en 1925, mort en 1995) est l’un des poètes argentins majeurs du 20è siècle. Il a publié toute son oeuvre poétique sous un titre unique Poésie Verticale sans donner non plus aucun titre à ses poèmes.

Voici trois poèmes extraits de ce recueil :

n°13

La musique seule
peut occuper le lieu de la pensée.
Ou son non-lieu,
son propre espace vide,
son vide plein.

La pensée est une autre musique.

Et la pensée seule
peut à son tour occuper le lieu de la musique
et s’infiltrer comme elle
à l’extrémité la plus lointaine de ce qui existe,
comme un presque animal si conséquemment fin
qu’il peut alors toucher jusqu’à ce point
où l’être cesse d’être l’être
pour être un peu plus que l’être.

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n°22

Une solitude à l’intérieur,
une autre à l’extérieur.

Il est des moments
où les deux solitudes
ne peuvent se toucher.
L’homme se retrouve alors au milieu
comme une porte
inopinément fermée.

Une solitude à l’intérieur.
Une autre à l’extérieur.
Et la porte résonne d’appels.

La plus grande solitude
est à la porte.

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n°30

Nous n’avons pas confiance dans les choses.
Personne ne les a présentées
et nous ne connaissons pas non plus
leur visage retourné.
Nous leur avons seulement donné des noms
et nous les confondons avec leur identité,
peut-être pour ne pas nous confondre avec elles.

Mais entre les hommes et les choses
se recompose parfois un ancien parallélisme,
appris des dieux il y a longtemps :
le parallélisme
où une des deux droites est de trop.

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