Un extrait d’Alice au Pays des Merveilles


Charmée et amusée par ma lecture d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll – lu déjà quand j’étais petite mais dont je ne gardais pas vraiment de souvenir – je vous en reproduis un extrait.

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Page 104-105

Le Chat se contenta de sourire en voyant Alice. Elle lui trouva l’air fort aimable ; néanmoins, il avait des griffes extrêmement longues et un très grand nombre de dents, c’est pourquoi elle sentit qu’elle devait le traiter avec respect.
« Minet-du-comté-de-Chester », commença-t-elle assez timidement, car elle ne savait pas trop si ce nom lui plairait.
Le Chat s’étant contenté de sourire plus largement, Alice pensa : « Allons, jusqu’ici il est satisfait », et elle continua :
« – Voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, par où je dois m’en aller d’ici ?
– Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller.
– Peu m’importe l’endroit…
– En ce cas, peu importe la route que tu prendras.
– … pourvu que j’arrive quelque part » ajouta Alice en guise d’explication.
 » Oh, tu ne manqueras pas d’arriver quelque part, si tu marches assez longtemps. »
Alice comprit que c’était indiscutable ; en conséquence elle essaya une autre question :
 » Quelle espèce de gens trouve-t-on dans ces parages ?
– Dans cette direction-ci « , répondit le Chat, en faisant un geste de sa patte droite, « habite un Chapelier ; et dans cette direction-là » (il fit un geste de sa patte gauche), « habite un Lièvre de Mars. Tu peux aller rendre visite à l’un ou à l’autre : ils sont fous tous les deux.
– Mais je ne veux pas aller parmi les fous !
– Impossible de faire autrement ; nous sommes tous fous ici. Je suis fou. Tu es folle.
– Comment savez-vous que je suis folle ?
– Si tu n’étais pas folle, tu ne serais pas venue ici »

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Une chambre à soi, de Virginia Woolf

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Une chambre à soi est un essai féministe de Virginia Woolf (1882-1941) qui date de 1928. Il a été écrit parce qu’on avait demandé à Virginia Woolf de tenir un cycle de conférences sur le thème « Les femmes et le roman ».
Le titre de cet essai provient du fait que, selon l’auteure, pour qu’une femme produise une œuvre littéraire il lui faut une rente conséquente, du temps, et « une chambre à soi », toutes choses que les femmes n’avaient pas le droit de posséder aux époques précédentes.
A l’époque où Virginia Woolf écrit ce livre (1928) les femmes ont déjà acquis quelques droits mais il leur en reste encore beaucoup à obtenir : par exemple elles n’ont pas le droit d’aller à « Oxbridge » (contraction d’Oxford et de Cambridge), et ne peuvent pas non plus fréquenter les bibliothèques universitaires.
Virginia Woolf s’interroge sur les nombreux préjugés misogynes qui ont cours à son époque, s’en amuse parfois, s’en irrite souvent, et les réfute avec facilité, tant ces discours sont stupides et méprisants. Ainsi, l’idée selon laquelle aucune femme n’aurait jamais pu écrire les pièces de Shakespeare, ou encore l’idée que le pire des hommes est encore meilleur que la meilleure des femmes …
Virginia Woolf fait ensuite un historique de toutes les femmes – surtout britanniques mais pas seulement – qui ont marqué la littérature depuis l’époque de la Renaissance, en passant par le 19è siècle où des auteures comme Jane Austen ou les sœurs Brontë ont ouvert des voies romanesques aux femmes.

J’ai trouvé ce livre extrêmement percutant, brillant et permettant de faire le point sur l’histoire des femmes en littérature et de mesurer le chemin parcouru depuis un siècle.
Virginia Woolf présente les femmes comme des victimes des lois et préjugés masculins mais pour autant ne cherche pas à s’apitoyer, et garde du début à la fin un regard calme et réfléchi, ne se laissant pas emporter par la colère ou l’irritation.
Les dernières pages du livre développent des vœux pour l’avenir, des notes d’espoir, qui ouvrent l’histoire des femmes écrivains vers l’avenir et jusqu’à notre époque.

Du bout des doigts de Sarah Waters

sarah_watersRésumé du début : Dans le Londres du 19è siècle, une jeune fille de dix-sept ans, Susan Trinder, est élevée par sa mère adoptive, Madame Sucksby, dans une maison de Lant Street. Elles vivent dans le Borough, le quartier des voleurs et des receleurs et Madame Sucksby, elle aussi, vit de petits trafics et de vols d’enfants. Un des amis de la maison, un jeune homme surnommé Gentleman, qui est un escroc bien connu dans le quartier, habitué à arnaquer les riches héritières, propose à Susan de participer à une escroquerie. Elle devra se faire engager comme femme de chambre au service d’une jeune fille de son âge, Maud Lilly, qui vit en compagnie de son oncle dans un manoir à la campagne. Gentleman espère ainsi pouvoir épouser Maud Lilly, dont la fortune, en cas de mariage, sera immense. La mission de Susan sera de favoriser auprès de Maud les entreprises de Gentleman, et de permettre la fuite de la jeune fille hors du manoir. Susan, qui n’a encore jamais quitté la maison de Madame Sucksby, ne tarde pas à accepter la proposition. (…)

Mon avis : C’est un roman plein de surprises et de rebondissements, où les renversements de situation sont fréquents. J’en parlais récemment avec l’amie qui m’a conseillé ce livre : l’auteure aime bien faire « mariner » son lecteur avant de le retourner comme une crêpe. Pour cette raison, c’est un roman plaisant à lire, dans lequel on ne s’ennuie pas. En même temps, il y a un goût du détail réaliste qui permet au lecteur de s’immerger dans l’histoire et de visualiser les scènes comme s’il les avait devant les yeux. C’est ainsi qu’on traverse successivement le quartier du Borough, le manoir de Briar, l’asile psychiatrique, la campagne anglaise, etc. avec la sensation d’y être vraiment. Pour ma part, plus que les rebondissements à répétition, ce que j’ai vraiment bien apprécié c’est la manière dont sont campés les personnages, chacun ayant une personnalité et des intentions bien à lui, et qui sont judicieusement imbriquées dans l’intrigue.
Ce roman est une belle construction, bien imaginée … à déconseiller cependant aux allergiques aux gros pavés car il fait plus de sept cents pages !

George Orwell : La ferme des animaux

animaux_OrwellDans la ferme de Mr Jones, les animaux préparent une révolution : le cochon Sage l’Ancien leur a en effet ouvert les yeux sur la vie atroce que les hommes font mener aux animaux domestiques. Mais Sage l’Ancien meurt, et la révolution est désormais dirigée par les deux cochons Boule de Neige et Napoléon. Bientôt – bien plus vite que prévu – la révolution triomphe : Mr Jones et les autres deux-pattes de la ferme sont jetés dehors.
Les animaux peuvent dès lors vivre selon les principes de l’Animalisme, qui suppose une égalité complète entre tous les animaux et un refus du mode de vie des humains.
Mais cette belle harmonie de départ est vite compromise par la rivalité qui existe entre Boule de Neige, un théoricien utopiste, et Napoléon, au tempérament plus dur et plus dominateur.
Bien sûr, Napoléon l’emporte et instaure rapidement la dictature.
Les premiers grands principes énoncés au moment de la révolution sont tous bafoués et pervertis et la dictature devient de plus en plus impitoyable.
Les cochons profitent du fait qu’ils sont les plus intelligents et les plus lettrés pour manipuler et tromper les autres.
Les animaux de la ferme souffrent mais ils ne se souviennent pas très bien s’ils souffraient moins ou davantage sous le régime de Jones, alors ils subissent, persuadés par ailleurs de vivre libres et égaux même s’ils travaillent dur et ont souvent faim.

Ce livre est une fable saisissante sur la manière inéluctable et quasiment systématique dont toutes les révolutions communistes dégénèrent.
On pense évidemment à Staline et à Trotski en lisant les nombreux passages où le cochon Napoléon incrimine « le traître Boule de Neige » chaque fois que quelque chose marche mal à la ferme, ce qui est aussi cocasse que sinistre.
Je dirais que La ferme des animaux (écrit en 1945) est un aussi grand livre que 1984 (écrit en 1948) sur le sujet du totalitarisme, mais il y a dans La ferme des animaux beaucoup de passages très poignants, alors que 1984 m’avait laissé l’impression d’un livre assez froid.