Charlie Hebdo

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Pour la défense de nos libertés menacées.
Contre la barbarie et l’obscurantisme.

Mondo et autres histoires de J.-M.-G. Le Clézio

mondo_leclezioMondo et autres histoires est un recueil de huit nouvelles dont je n’ai eu la patience et le courage que de lire les six premières. Il faut dire que toutes ces nouvelles sont construites sur le même canevas et sont donc en quelque sorte des variations sur le même thème : le héros, un enfant ou un adolescent, doté d’un caractère d’une grande pureté, veut vivre en communion avec la nature (ça peut être la mer, le désert, la montagne, …) mais se trouve toujours, de près ou de loin, aux prises avec la civilisation (ça peut être l’école, les services sociaux, des promoteurs immobiliers) qui veulent entraver sa liberté en lui imposant des normes étriquées et mensongères. On se trouve donc dans une vision du monde très rousseauiste, avec une société moderne corrompue et surtout corruptrice, et une sorte de mythe du bon sauvage, représenté par l’enfant et par ses amis marginaux. A vrai dire, c’est une vision du monde que je ne partage pas, qui ne me touche pas tellement, et que je croyais même complètement obsolète avant de lire ces nouvelles. Dans ces histoires, le héros est seul la plupart du temps mais il n’en souffre pas du tout et, quand il instaure un lien avec autrui c’est toujours une amitié un peu simplette, basée sur des gentils dialogues …
Restent les belles descriptions de la nature, mais à mon avis elles ne suffisent tout de même pas à maintenir l’intérêt en éveil jusqu’au bout du livre.
Ce livre est si simplet et si naïf que je me suis demandé plusieurs fois si je n’avais pas commis une erreur d’aiguillage, s’il ne s’adressait pas en réalité à un jeune lectorat plutôt qu’à un public adulte ? Je ne sais pas, mais en tout cas je ne le conseillerais pas à des lecteurs de plus de quinze ou seize ans.

Bref, une lecture qui m’a laissée sur ma faim !

La Chute de Camus

camus_lachuteCe livre est le monologue d’un homme, ancien avocat, installé à Amsterdam, qui se fait appeler Jean-Baptiste Clamence et qui dit exercer l’activité de juge-pénitent, activité qu’il n’expliquera qu’à la toute fin du livre, après avoir minutieusement disséqué sa vie et fait son examen de conscience.

Jean-Baptiste Clamence a mené, en tant qu’avocat, une vie dévouée aux bonnes causes, défendant « la veuve et l’orphelin », mais ses motivations étaient en fait purement narcissiques et il ne cherchait en réalité qu’à se donner à lui-même des motifs d’auto-satisfaction.
Il s’est aperçu de la duplicité de ses intentions et de la fausseté de sa vie une nuit, lors d’une promenade sur les quais de Seine, où il aurait pu secourir une jeune femme qui s’était jetée à l’eau mais où il n’a pas bougé.
Devenu juge pénitent, il s’accuse lui-même d’innombrables fautes pour pouvoir mieux accuser les autres : en quelque sorte il leur tend un miroir.

Mon avis : C’est un grand livre – il n’y a pas de doute là-dessus – brillant d’intelligence, très lucide, et écrit dans un français superbe.
Mais cette manière insistante de pousser le lecteur à faire son auto-critique a fini par m’agacer un peu, parce que j’y ai reconnu un des aspects les plus sinistres du communisme des années 40-50. C’est sûrement très bien de pourchasser en soi-même la moindre trace de bonne conscience bourgeoise (puisqu’il s’agit de cela) mais il faudrait savoir par quoi on la remplace et à cela Camus n’apporte pas, selon moi, de réponse.
Bref, il y a tout un idéal de pureté dans La Chute (avec son corollaire : le thème de la culpabilité) qui me laisse relativement indifférente, ou en tout cas qui ne me touche pas.

J’ajoute que j’avais lu ce livre pour la première fois lorsque j’étais adolescente, qu’il ne m’avait pas plu mais qu’il m’avait beaucoup marquée. Et, en le relisant cette semaine, je me suis aperçue qu’il avait beaucoup influencé le cours de ma vie et les choix que j’avais pu faire dans ma jeunesse …

Voici l’extrait que je préfère dans ce livre :

Vous voyez en moi, très cher, un partisan éclairé de la servitude. Sans elle, à vrai dire, il n’y a point de solution définitive. J’ai très vite compris cela. Autrefois, je n’avais que la liberté à la bouche. Je l’étendais au petit-déjeuner sur mes tartines, je la mastiquais toute la journée, je portais dans le monde une haleine délicieusement rafraîchie à la liberté. J’assenais ce maître mot à quiconque me contredisait, je l’avais mis au service de mes désirs et de ma puissance. Je le murmurais au lit, dans l’oreille endormie de mes compagnes, et il m’aidait à les planter là. Je le glissais … Allons, je m’excite et je perds la mesure. Après tout il m’est arrivé de faire de la liberté un usage plus désintéressé et même, jugez de ma naïveté, de la défendre deux ou trois fois, sans aller sans doute jusqu’à mourir pour elle, mais en prenant quelques risques.
Il faut me pardonner ces imprudences ; Je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas que la liberté n’est pas une récompense, ni une décoration qu’on fête dans le champagne. Ni d’ailleurs un cadeau, une boite de chatteries propres à vous donner des plaisirs de babines. Oh ! Non, c’est une corvée, au contraire, et une course de fond, bien solitaire, bien exténuante.

La Chute avait paru chez Gallimard en 1956.