Joseph Karma de Denis Hamel

Couverture chez Petit Pavé

Mon ami le poète et écrivain Denis Hamel vient de faire paraître, en avril 2022, un roman « Joseph Karma » aux éditions du Petit Pavé, dans la collection « Derrière les pages du Semainier », dirigée par le poète Jean Hourlier.
Il s’agit d’un récit autofictif, où l’écrivain nous invite à suivre le parcours mouvementé d’un poète en quête d’un hypothétique mieux-être. Cet homme, fonctionnaire de son état, peine à trouver sa place dans le monde amoureux, social, spirituel, intellectuel, mais il poursuit son chemin avec un courage assez surprenant et avec un humour distancié, qui vise juste.

Quatrième de Couverture

Joseph Karma est un récit autobiographique en partie fictionnel. Le narrateur y conte les déboires, déconvenues, désillusions du personnage éponyme, un anti-héros, double de l’auteur Denis Hamel. Au fil d’une chronique de l’échec sans larmoiements ou apitoiement sur soi-même, le lecteur est invité à suivre en observateur impliqué la dérive d’un fantôme de nulle part perdu dans le champ de bataille de l’existence.
Le récit – en un contraste éclatant avec le thème de l’échec – est une si incontestable réussite qu’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus : l’acuité critique du regard posé sur la comédie sociale, le pied de nez assumé aux recettes conventionnelles du succès et leur démythification ; la poésie urbaine et ses croquis inoubliables (le portrait du clochard, par exemple, nouveau Diogène) ; la vivacité et le dépouillement de la narration ; la capacité d’auto-analyse et d’auto-dérision sérieuse du narrateur ; la solidité et la profondeur d’une réflexion s’insurgeant tranquillement contre diverses entreprises de déshumanisation (notamment dans le champ de l’art).
Un entretien sur la poésie fait suite au récit. L’un et l’autre sont marqués au même coin de l’exigence, et de l’aspiration sobrement ardente à un plus grand raffinement esthétique et moral.

J. H.

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Avis et Critiques :

Comme je suis personnellement impliquée dans ce roman, en tant qu’amie de l’auteur et illustratrice, je préfère laisser la parole à d’autres critiques et chroniqueurs.

Je vous invite à lire l’article de Frédéric Perrot du blog « Bel de Mai » à propos de « Joseph Karma » en suivant ce lien.

Un autre article a été écrit sur le site Sitaudis par Christophe Stolowicki et vous pouvez le consulter ici.

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Un Extrait page 36

Quelques temps plus tard, alors qu’il se promenait près du Luxembourg, en revenant de son travail, Karma fut attiré par une affiche promouvant des conférences données par une nonne bouddhiste et destinées à améliorer son existence, dans le respect de l’éthique proposée par la voie du mahayana, ou bouddhisme du grand véhicule. Il avait lu plusieurs ouvrages sur le sujet et pensa que ce serait une bonne chose d’entendre de vive voix les conseils d’une personne expérimentée. La première conférence l’enthousiasma. Cela se déroulait dans un local polyvalent, près de la gare Montparnasse. On enlevait ses chaussures à l’entrée, ce qui provoquait des exhalaisons assez désagréables, mais que la lourde odeur d’encens qui régnait dans la salle faisait vite oublier. La nonne Guen Loma était une jeune femme anglaise d’une trentaine d’années, vêtue de la toge orange traditionnelle et le crâne rasé, parlant un français impeccable. (…)

Un autre Extrait, pages 43-44

Sa poésie [celle de Joseph Karma], plutôt classique, était en contradiction totale avec les canons de la plupart des éditeurs et revues subventionnés, qui privilégiaient un formalisme basé sur la primauté du signifiant et dénigraient les notions d’émotion et d’expérience vécue, dans la lignée des objectivistes américains et de la poésie conceptuelle […] Sur certains sites de critiques d’avant-garde, l’adjectif « lyrique » était employé comme une insulte, synonyme de petit-bourgeois. Tout cela déplaisait souverainement à Karma et lui paraissait ne pouvoir donner naissance qu’à des œuvres mort-nées et déshumanisées, créées mécaniquement d’après des lois rigides alors que lui voulait encore croire aux vieux concepts d’inspiration, de maturation et de nécessité, si décriés et raillés par les auteurs en vogue.

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Ce livre parle de poésie et retrace le cheminement d’un écrivain, il s’inscrit donc très bien dans le « Printemps des artistes ».

Logo du Défi, créé par Goran

L’Usine d’Hiroko Oyamada (roman)

Couverture chez Christian Bourgois

Ce roman m’a été prêté par une amie experte en littérature et en culture japonaises et qui connaît assez bien mes goûts pour me conseiller de manière toujours très judicieuse, pour mon plus grand plaisir, aussi bien pour les nouvelles parutions contemporaines que pour des livres plus classiques.
Cette lecture rentre dans le cadre de mon Mois Thématique sur les Femmes japonaises de février 2022.

Note pratique sur le livre :

Genre : roman
Editeur : Christian Bourgois
Date de parution au Japon : 2013
Année de parution en France : 2021
Traduction française de Sylvain Chupin
Nombre de Pages : 186.

Note sur l’écrivaine :

Née en 1983 à Hiroshima, Hiroko Oyamada est l’autrice de plusieurs romans, dont « Ana » (Le Trou) en 2013 qui lui a valu en 2014, au Japon, le prestigieux prix Akutagawa (équivalent du Prix Goncourt pour la France). L’Usine est son premier roman publié en français. (Sources : éditeur et Wikipédia).

Quatrième de Couverture :

L’Usine, un gigantesque complexe industriel de la taille d’une ville, s’étend à perte de vue. C’est là qu’une femme et deux hommes, sans liens apparents, vont désormais travailler à des postes pour le moins curieux. L’un d’entre eux est chargé d’étudier des mousses pour végétaliser les toits. Un autre corrige des écrits de toutes sortes dont l’usage reste mystérieux. La dernière, elle, est préposée à la déchiqueteuse de documents.
Très vite, la monotonie et l’absence de sens les saisit, mais lorsqu’il faut gagner sa vie, on est prêt à accepter beaucoup de choses… Même si cela implique de voir ce lieu de travail pénétrer chaque strate de son existence ?

Dans une ambiance kafkaïenne où la réalité perd peu à peu de ses contours, et alors que d’étranges animaux commencent à rôder dans les rues, les trois narrateurs se confrontent de plus en plus à l’emprise de l’Usine.
Hiroko Oyamada livre un roman sur l’aliénation au travail où les apparences sont souvent trompeuses.

Mon avis :

Chacun, au cours de sa vie, a plus ou moins l’occasion de se frotter au monde du travail, que ce soit par le biais de petits boulots sans intérêt et purement alimentaires ou par des professions plus intéressantes sur le plan personnel et financier, mais qui peuvent ressembler à des placards dorés ou à des postes (trop) tranquilles, sans grandes responsabilités et dont nul ne se préoccupe. Dans ces différents cas de figure, on peut se demander à quoi on sert, si les tâches que l’on doit effectuer ont le moindre sens, pour soi-même ou pour la société. La signification de l’existence semble se diluer peu à peu dans des automatismes répétitifs, ennuyeux et vides.
C’est tout du moins à ces réflexions que ce roman d’Hiroko Oyamada semble vouloir nous conduire, en nous interrogeant sur cet absurde monde contemporain et son culte fanatique du travail.
Chaque aspect du problème est tour à tour évoqué : la crainte du chômage qui pousse à accepter n’importe quel emploi, l’inadéquation entre les diplômes obtenus et les emplois que l’on trouve ensuite, le désir quasi insoluble de décrocher un poste en CDI et à temps plein, les relations superficielles et stupides entre collègues, la difficulté de prendre ses congés face à des chefs récalcitrants ou négligents, etc.
Vous penserez peut-être, à lire ce descriptif, que ces sujets sont plutôt rébarbatifs et peu attrayants pour un roman ? Mais, en fait, ce livre reste tout à fait divertissant et stimulant par sa forte ambiance fantastique, et par la présence de nombreux éléments étranges et déroutants, comme l’aspect tentaculaire et labyrinthique de l’usine ou son invasion progressive par toutes sortes d’animaux inquiétants, comme les « lézards des lave-linges » ou les cormorans noirs qui ne se reproduisent pas mais dont le nombre augmente tout de même, mystérieusement.
Il m’a semblé que ce roman se situait dans une veine littéraire japonaise très contemporaine, proche de Murakami et de Yôko Ogawa, par l’entremêlement de réalités quotidiennes très finement observées et de fantasmagories oniriques ou cauchemardesques qui transcendent ce réalisme.
J’étais donc heureuse de découvrir cette écrivaine et ce roman.

Un Extrait page 122 :

(…) Pendant des années j’ai travaillé dur, j’ai fait des heures supplémentaires tous les jours, et à présent que j’ai ce travail dénué d’intérêt mais sans grandes responsabilités, qui se termine à heure fixe, j’aspire à me reposer. Je suis certain que si Kasumi ou les autres employées me voyaient somnoler, elles m’en parleraient. Or elles n’en font rien, ce qui signifie probablement qu’elles ne s’en sont pas aperçues. Je fais de mon mieux et j’estime que je n’ai pas à me reprocher de ne pas m’investir plus qu’il est nécessaire. Quand je somnole, que le sommeil m’envahit sans que je m’en rende compte, je perds complètement le fil de ce que je suis en train de lire. Je relis les mêmes lignes à plusieurs reprises, mais je suis incapable de me concentrer, je tombe alors dans l’angoisse de devoir corriger quelque chose que je ne comprends pas, et c’est à ce moment-là que je me réveille en sursaut. A vrai dire, même quand je ne dors pas, il arrive souvent que les textes soient incompréhensibles. Je ne sais plus si je trouve le texte bizarre parce que je me suis endormi, ou bien s’il l’est d’emblée. Pourquoi est-ce que je fais ce genre de choses alors que je commence à m’assoupir ? Ces comptes rendus d’entreprises, livres pour enfants, manuels d’utilisation, communications internes, recettes de cuisine, articles scientifiques ou d’histoire… qui donc écrit tous ces textes que je corrige chaque jour ? Et à l’intention de qui ? Si tous sont des documents de l’Usine, alors qu’est-ce que c’est que cette usine ? Qu’est-ce qu’on y fabrique ? Je croyais le savoir avant, mais depuis que j’y travaille, il me semble que je n’en ai plus la moindre idée. (…)

Un extrait de L’âme Humaine d’Oscar Wilde

L’âme humaine sous le socialisme est un essai politique écrit par Oscar Wilde en 1891.
Il y défend l’abolition de la propriété privée mais également l’Individualisme nécessaire à l’éclosion de tempéraments artistiques comme le sien. Il conçoit le travail salarié comme profondément dégradant et préconise un recours aux machines pour libérer les hommes de toutes ces tâches ingrates et leur permettre une vie épanouissante.

Voici un extrait page 38-39

(…)
Tous les systèmes de gouvernement sont des avortements.
Le despotisme est injuste envers tous, envers le despote lui-même, qui probablement était destiné à faire mieux que cela.
Les oligarchies sont injustes envers la majorité, et les ochlocraties le sont envers la minorité.
On avait jadis fondé de grandes espérances sur la démocratie, mais le mot de démocratie signifie simplement que le peuple régit le peuple à coups de triques dans l’intérêt du peuple.
On a fait cette découverte.
Je dois dire qu’il était grand temps, car toute autorité est profondément dégradante. Elle dégrade ceux qui l’exercent. Elle dégrade ceux qui en subissent l’exercice.
Lorsqu’on en use violemment, brutalement, cruellement, cela produit un bon effet, en créant, et toujours en faisant éclater l’esprit de révolte d’individualisme qui la tuera.
Lorsqu’on la manie avec une certaine douceur, qu’on y ajoute l’emploi de primes et de récompenses, elle est terriblement démoralisante. Dans ce cas, les gens s’aperçoivent moins de l’horrible pression qu’on exerce sur eux, et ils vont jusqu’au bout de leur vie dans une sorte de bien-être grossier, pareils à des animaux qu’on choie ; jamais ils ne se rendent compte qu’ils pensent probablement la pensée d’autrui, qu’ils vivent selon l’idéal conçu par d’autres, qu’en définitive, ils portent ce qu’on peut appeler des vêtements d’occasion, que jamais, pas une minute, ils ne sont eux-mêmes. (…)

Quelques textes de Jacques Ellul sur le travail

Ces textes sont issus du livre Pour qui, pour quoi travaillons-nous ? et ont été écrits dans les années 80, puis republiés chez La Table Ronde en 2013.

Jacques Ellul (1912-1994) est un historien, sociologue et théologien protestant libertaire français. Il a parfois été qualifié d’anarchiste chrétien.

Pages 72 à 74 :

(…)Les textes de Voltaire, l’un des créateurs de l’idéologie du travail, sont tout à fait éclairants à ce sujet :  » le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin » ou encore « Forcez les hommes au travail, vous les rendrez honnêtes gens ». Et ce n’est pas pour rien que ce soit Voltaire justement qui mette au premier plan la vertu du travail. Car celui-ci devient vertu justificatrice. On peut commettre beaucoup de fautes de tous ordres, mais si on est un ferme travailleur on est pardonné. Un pas de plus, et nous arrivons à l’affirmation, qui n’est pas moderne, que « le travail c’est la liberté ». Cette formule rend aujourd’hui un son tragique parce que nous nous rappelons la formule à l’entrée des camps hitlériens « Arbeit macht frei ». Mais au XIXe siècle on expliquait gravement qu’en effet seul le travailleur est libre, par opposition au nomade qui dépend des circonstances, et au mendiant qui dépend de la bonne volonté des autres.
Le travailleur, lui, chacun le sait, ne dépend de personne. Que de son travail ! Ainsi l’esclavage du travail est mué en garantie de liberté.
Et de cette morale nous trouvons deux applications plus modernes : l’Occidental a vu dans sa capacité à travailler la justification en même temps que l’explication de sa supériorité à l’égard de tous les peuples du monde. Les Africains étaient des paresseux. C’était un devoir moral que de leur apprendre à travailler, et c’était une légitimation de la conquête. On ne pouvait pas entrer dans la perspective que l’on s’arrête de travailler quand on a assez pour manger deux ou trois jours. Les conflits entre employeurs occidentaux et ouvriers arabes ou africains entre 1900 et 1940 ont été innombrables sur ce thème-là. Mais, très remarquablement, cette valorisation de l’homme par le travail a été adoptée par des mouvements féministes. L’homme a maintenu la femme en infériorité, parce que seul il effectuait le travail socialement reconnu. La femme n’est valorisée aujourd’hui que si elle « travaille » : compte tenu que le fait de tenir le ménage, élever les enfants n’est pas du travail, car ce n’est pas du travail productif et rapportant de l’argent. Gisèle Halimi dit par exemple : « La grande injustice c’est que la femme a été écartée de la vie professionnelle par l’homme. » C’est cette exclusion qui empêche la femme d’accéder à l’humanité complète.

(…)Le travail est ainsi identifié à toute la morale et prend la place de toutes les autres valeurs. Il est porteur de l’avenir. Celui-ci, qu’il s’agisse de l’avenir individuel ou de celui de la collectivité, repose sur l’effectivité, la généralité du travail. Et à l’école, on apprend d’abord et avant tout à l’enfant la valeur sacrée du travail. C’est la base (avec la Patrie) de l’enseignement primaire de 1860 à 1940 environ. Cette idéologie va pénétrer totalement des générations.
Et ceci conduit à deux conséquences bien visibles, parmi d’autres. Tout d’abord, nous sommes dans une société qui a mis progressivement tout le monde au travail. Le rentier, comme auparavant le Noble ou le Moine, tous deux des oisifs, devient un personnage ignoble vers la fin du XIXe siècle. Seul le travailleur est digne du nom d’homme. Et à l’école on met l’enfant au travail comme jamais dans aucune civilisation on n’a fait travailler les enfants (je ne parle pas de l’atroce travail industriel ou minier des enfants au XIXe siècle, qui était accidentel et lié non pas à la valeur du travail mais au système capitaliste). Et l’autre conséquence actuellement sensible : on ne voit pas ce que serait la vie d’un homme qui ne travaillerait pas. Le chômeur, même s’il recevait une indemnité suffisante, reste désaxé et comme déshonoré par l’absence d’activité sociale rétribuée. Le loisir trop prolongé est troublant, assorti de mauvaise conscience. Et il faut encore penser aux nombreux « drames de la retraite ». Le retraité se sent frustré du principal. Sa vie n’a plus de productivité, de légitimation : il ne sert plus à rien. C’est un sentiment très répandu qui provient uniquement du fait que l’idéologie a convaincu l’homme que la seule utilisation normale de la vie était le travail.

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JACQUES ELLUL

Bonne Année et Gloria Mundi de R. Guédiguian


Je vous souhaite à tous une très belle et très heureuse année 2020 !
Paix, santé, amour et poésie pour chacun !

Ce jour de l’an est l’occasion de vous annoncer un nouveau rendez-vous mensuel :
à partir d’aujourd’hui, le premier jour de chaque mois sera marqué par un article cinéma : film récent ou plus ancien, français ou étranger, connu ou plus confidentiel …
J’espère en tout cas pouvoir vous parler de films intéressants, qui m’auront marquée d’une manière ou d’une autre.

Je commence dès ce premier janvier ce nouveau rendez-vous Cinéma avec le tout dernier film de Robert Guédiguian, sorti en décembre 2019, Gloria Mundi.

Le Synopsis vu par Wikipedia :

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

Mon Avis

Voici un film très engagé à gauche, qui dénonce une société gangrenée par l’argent, où le monde du travail ressemble de plus en plus à une jungle dépourvue de toute règle et où règne la violence du chacun pour soi et des rapports de force frontaux. Même le cercle familial est contaminé par cette brutalité et les rapports entre parents-enfants et, pire encore, entre sœurs-beaux-frères ne font que refléter l’esprit de tromperie, de haine, de domination que l’on trouve ailleurs dans la société.
Macron est clairement mis en cause dans l’une des dernières scènes du film, où le personnage le plus odieux de la famille – Bruno, excellemment interprété par Grégoire Leprince-Ringuet – se réclame des valeurs macronistes dans un discours assez glaçant.
Ce film s’articule en fait sur trois couples : les « gentils » sexagénaires (Darroussin et Ariane Ascaride) qui font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir et essayent d’aider leurs enfants quand ils le peuvent. Les « méchants » trentenaires (Leprince-Ringuet et Lola Naymark) qui n’ont pas d’autre valeur que l’argent et semblent représenter des sortes de Thénardier contemporains, cyniques et sans aucun scrupule. Et puis le troisième couple (Robinson Stévenin, Anaïs Demoustier), ni méchant ni gentil, représente ceux qui subissent le monde actuel de plein fouet, qui se font malmener et écraser par un système plus fort qu’eux.
Le personnage de Daniel, repris de justice au grand cœur, est une sorte de Jean Valjean des temps modernes, héros solitaire, grand-père attentionné et père protecteur. Il n’a jamais travaillé de sa vie et est resté pur de toute considération égoïste ou mercantile. Il écrit des haïkus, activité désintéressée et éthérée par excellence. La société n’a rien prévu pour sa réinsertion et il finira par choisir délibérément le sacrifice de sa liberté, pour le bien de sa famille.
Un film qui accumule peut-être un peu trop les malheurs et déconvenues sociales de toutes sortes, mais qui se révèle assez convaincant dans son propos et par moment très émouvant par la défense d’un humanisme envers et contre tout.

Une réforme contre les Handicapés

Vous savez que je ne parle quasiment jamais de politique ou de questions de société sur ce blog.
Mais aujourd’hui je vais transgresser mes habituels tabous car l’heure est grave.

Un projet de réforme est actuellement en cours : il vise à jeter les Handicapés dans la misère et à leur rendre la vie impossible par des contraintes Iniques et absurdes !

Les Associations de Défense des Droits des Handicapés se sont toutes insurgées contre cette réforme et ont demandé son abandon mais le Gouvernement s’en fiche et s’obstine.

Concrètement, le gouvernement veut supprimer l’Allocation Adulte Handicapé et la remplacer par une Allocation Universelle d’Activité.

Cela aura pour conséquence :
– Une baisse de revenus très importante : 850 euros par mois actuellement vont se réduire à 480 euros (pour une personne propriétaire de son logement).
– Mais surtout une obligation de travailler pour des Handicapés reconnus médicalement incapables de travailler.

Aujourd’hui, la question du Handicap est étudiée sous forme de dossier médical, avec l’avis d’une commission éclairée sur les problèmes médico-sociaux.
Demain, il n’y aura plus aucune spécificité du Handicap.

Si vous voulez donner votre avis sur ce projet de Loi scandaleux et ignoble et aider les Personnes Handicapées Vous pouvez répondre à la Consultation en Ligne Suivante :

https://www.consultation-rua.gouv.fr/

MERCI DE NOUS SOUTENIR

Un poème de Valérie Rouzeau

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A l’étroit les trois huit
Virés salaires de rien
Micheline Michelin
Padradis pour demain

Allez toi va t’en vite
Virée ça l’air de rien
Micheline Michelin
On te remercie bien

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Ce poème est extrait du recueil Neige rien publié en 2010 aux éditions La Table ronde. Je l’apprécie pour ses jeux de mots, ses doubles sens, son rythme, et surtout son thème. Les poèmes qui parlent du monde du travail ne sont pas si nombreux et celui-ci est particulièrement réussi.

Trois petits recueils de Norge

Geo Norge ou Norge est né Georges Mogin à Bruxelles en 1898 et mort à Mougins le 25 octobre 1990. Il choisit l’écriture en 1923, fonde le Journal des poètes en 1931 puis les Cahiers blancs en 1937.
Dans les années 20 et 30 il participe aux mouvements contemporains (surréalistes et autres) mais se montre rapidement marginal par rapport à eux.
De son œuvre poétique extrêmement variée j’ai retenu aujourd’hui trois petits recueils de courts poèmes en prose : Les Oignons ( 1953), Les Cerveaux brûlés (1969), Le Sac à malices (1984).
On a souvent dit que la concision, la clarté, le trait d’esprit, l’ironie, étaient des qualités typiquement françaises, et pourtant elles caractérisent au mieux ce poète belge.
Norge était un admirateur de La Fontaine et, comme lui, il ne se faisait pas d’illusions sur la nature humaine, mais n’en demeurait pas moins profondément épris de la vie et de l’humanité.
Voici quelques poèmes tirés de ces trois recueils :

Le Travail

On répara le tonneau et les Danaïdes furent bien attrapées. Il leur vint d’ailleurs une mauvaise graisse et cela fit peine à voir. Sisyphe n’en revenait pas. Pourvu que mon rocher continue, pensait-il. Ah, ceux qui ont la vocation du travail, ça leur paraît tout drôle quand la besogne est faite.

La Justice

Omar, le bon Omar se précipite aux pieds du sultan-philosophe. – Seigneur, pourquoi m’accabler de douleurs ? Et qu’ai-je fait pour mériter vos châtiments ? – D’où te vient cette idée, cher Omar, qu’on a ce qu’on mérite ? Pour le coup, telle erreur mérite un châtiment.

L’Ouïe

Sourd, sourd, sourd. Anatole était sourd comme une colonne. De naissance, d’ailleurs. Un jour l’ouïe lui fut donnée par un bienfaisant guérisseur. Oiseaux chantaient, ruisseaux chantaient, hommes chantaient. Quel opéra ! Eh bien, Anatole comprit seulement le silence inouï du monde.

Boum

Je dis boum et tu dis boum-boum. Je réponds boum-boum-boum car je veux boumer plus que toi. Ça reboume de plus en plus fort, et c’est ainsi que commencent les grands empires. C’est ainsi que les grands empires finissent. Et d’ailleurs que, boum, ils recommencent.

Le Rossignol de Chine

Il y a une certaine façon de chanter chinois pour ces oiseaux-là. On n’y comprend rien. Aux rossignols de France on ne comprend rien non plus. Mais quand même, on sent qu’ils parlent français.

On peut se tromper

Tiens, c’est une girafe et j’ai cru si longtemps que c’était un pommier. Alors ces pommes que j’aimais tant ? – C’était de la crotte, Aristide. – De la crotte ! Alors, j’aimais de la crotte ? – Mais oui, Aristide, on peut se tromper et le principal c’est d’aimer.

L’Ordre

Je mets beaucoup d’ordre dans mes idées. Ça ne va pas tout seul. Il y a des idées qui ne supportent pas l’ordre et qui préfèrent crever. A la fin, j’ai beaucoup d’ordre et presque plus d’idées.

Pour l’Odeur

Encore des idées ! On en avait déjà, dit Claude au visiteur qui se lisse la barbe. – Les miennes sont les vraies, jeune homme, il faut les croire. – Monsieur, lui répond Claude, avec tous mes respects, vous n’en auriez pas une, ô seule et même fausse, mais qui sache sourire et sente le lilas ?

Sucre Candide

Maman, l’hiver, m’en donnait un petit morceau pour la gorge, quand je partais à l’école.
L’instituteur m’apprit un jour qu’on ne dit pas le sucre candide mais le sucre candi. Quelle déception ! Le lendemain je doutais du Père Noël et un peu plus tard, je réfléchis à l’existence de Dieu …

Les Opéras

Ernest adore les grands opéras mais il n’en écoute jamais car les grands opéras ça l’assomme. Ces cas-là sont plus fréquents qu’on ne pense.

Les Oignons, Les Cerveaux brûlés et Le Sac à malices font partie des Poésies 1923-1988 publiées par Poésie/Gallimard.