Le Bâillon sur la table, de Paul Eluard

J’ai trouvé ce poème dans le recueil La Vie immédiate  de Paul Eluard, qui date de 1932.

 

Ancien acteur qui joue des pièces d’eau
De vieilles misères bien transparentes
Le doux fer rouge de l’aurore
Rend la vue aux aveugles
J’assiste au lever des murs
A la lutte entre la faiblesse et la fatigue
A l’hiver sans phrases.

Les images passées à leur manière sont fidèles
Elles imaginent la fièvre et le délire
Tout un dédale où ma main compliquée s’égare
J’ai été en proie il y a longtemps
A des hallucinations de vertus
Je me suis vu pendu à l’arbre de la morale
J’ai battu le tambour de la bonté
J’ai modelé la tendresse
J’ai caressé ma mère

J’ai dormi toute la nuit
J’ai perdu le silence
Voici les voix qui ne savent plus que ce qu’elles taisent
Et voici que je parle
Assourdi j’entends pourtant ce que je dis

En m’écoutant j’instruis.

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