La Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole

couverture du roman

J’ai lu ce célèbre roman américain sur le conseil de mon ami le poète Denis Hamel, un livre qu’il avait lu dans les années 90 et dont il gardait un excellent souvenir.
« Best-seller », « roman-culte », « chef d’oeuvre incontournable » sont quelques-uns des qualificatifs que l’on applique souvent à ce bouquin, et j’avais très envie d’en savoir plus et de me faire ma propre opinion.

Je recopie ici La Quatrième de Couverture qui vous donnera une idée du propos :

Ecrit au début des années soixante par un jeune inconnu qui devait se suicider en 1969, à l’âge de trente-deux ans, parce qu’il se croyait un écrivain raté, La Conjuration des imbéciles n’a été éditée qu’en 1980. Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu’on goûte l’humour noir, c’est qu’aussitôt publié, le roman a connu un immense succès outre-Atlantique et s’est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l’écrivain, plaçant en exergue à son livre cette citation de Swift : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui. »
Bernard Le Saux, Le Matin

Mon humble avis :

Me basant sur la citation de Swift en exergue de ce livre, je me figurais que le héros, l’étonnant Ignatius Reilly, serait un génie incompris et humilié par son entourage. En réalité, ce personnage assez prétentieux et suffisant, développe certainement des théories très originales, voire comiques, mais elles sont loin d’être géniales. Et s’il se met tout le monde à dos c’est qu’il leur joue des très mauvais tours, et qu’il mérite amplement le sort qu’on lui fait.
D’ailleurs, comment décrire Ignatius Reilly ? Chômeur obèse, ne cessant d’alterner rots et grignotages divers, il vit seul avec sa mère dans un quartier populaire de la Nouvelle-Orléans, noircissant de trop nombreux cahiers avec ses réflexions politico-comico-philosophiques, mélange bizarre de royalisme, de christianisme, d’anarchisme, de luttes sociales et raciales, d’égalitarisme, etc.
Un accident de voiture, en endettant sa mère, va l’amener à chercher du travail pour rembourser ces sommes importantes.
Ce personnage mal adapté à la vie en société et rebelle à toute contrainte d’obéissance ou d’efficacité, va naturellement provoquer des catastrophes partout où il se présentera.

Ce roman m’a semblé être une charge contre la société américaine des années soixante car toutes les grandes idées de l’époque sont tournées en dérision : le freudo-marxisme des étudiants et leurs engagements douteux, le racisme et les inégalités raciales, la libération sexuelle et la psychanalyse, les luttes sociales, la chasse aux sorcières maccarthyste contre les communistes, etc.
Si j’ai parfois ri, c’est surtout grâce aux lettres de Myrna Minkoff, la petite amie ou plutôt correspondante du héros, étudiante contestataire pleine de préjugés psychanalytiques mal digérés, qui ne cesse d’asséner des contre-vérités avec une assurance désarmante.
Il faut remarquer que ce roman est très largement constitué de dialogues, et que ceux-ci souffrent parfois de quelques longueurs.
J’ai certainement préféré certains chapitres (ceux qui tournent autour des bureaux des pantalons Levy, par exemple) plutôt que d’autres (les discussions sans fin dans la boîte de strip-tease) mais, dans l’ensemble, j’ai plutôt apprécié cette lecture !
Un livre intéressant, assez drôle et dont les personnages sont très savoureux et mémorables !

Un extrait page 174 :

Malgré tout ce à quoi on les soumet depuis si longtemps, les Noirs n’en sont pas moins des gens plutôt sympathiques dans leur immense majorité. Je n’ai guère eu l’occasion d’en rencontrer : décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal. En conversant avec plusieurs travailleurs – lesquels semblaient tous désireux de parler avec moi – je découvris qu’ils touchaient un salaire encore inférieur à celui de Miss Trixie.
En un sens, je me suis toujours senti comme une lointaine parenté avec la race des gens de couleur parce que sa position est assez comparable à la mienne : l’un et l’autre nous vivons à l’extérieur de la société américaine. Certes, mon exil à moi est volontaire. Tandis qu’il est trop clair que nombre d’entre les nègres caressent le vœu de devenir des membres actifs des classes moyennes américaines. Je n’arrive pas à me figurer pourquoi. (…)

La Conjuration des Imbéciles est paru chez 10-18 dans la collection Domaine étranger, traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso, avec une préface de Walker Percy.