Un bon jour pour mourir de Jim Harrison

couverture du livre

Quatrième de couverture :

Cuites, amour et dynamite … Un amateur de pêche mélancolique, un ancien du Viêtnam et une jeune femme aux jambes interminables, traversent l’Amérique des années soixante, unis par une « mission » folle et héroïque : faire sauter un barrage du Grand Canyon. Mais l’équipée sauvage de cet improbable trio va bientôt tourner à la gueule de bois carabinée !

Mon Humble Avis :

Ce roman est agréable à lire et vaut surtout par son écriture simple, directe, et fluide. On sent que l’auteur est un homme intelligent et cultivé, poète à ses heures, et son style est vraiment plaisant, sans longueurs, bien rythmé. Voilà pour l’aspect positif !
Là où ça s’est gâté : ni les personnages ni l’histoire ne m’ont vraiment intéressée.
Ce trio de paumés, qui ne pense qu’à la drogue, au sexe et au rock’n roll m’a paru sans doute très typique des années 60, tout à fait dans la mouvance de Kerouac et autres fers de lance de la Beat Generation, mais il me semble que ce type de héros n’a pas très bien vieilli, et pour ma part je les trouve un peu vides, pas très attachants, et même un chouïa hystériques avec leurs disputes vaines et recherche constante de défonce.
Une certaine misogynie s’étale tout au long du roman, avec ce pauvre personnage de Sylvia, dont la quatrième de couverture a raison de préciser qu’elle a des jambes interminables car c’est en effet tout ce qu’on peut dire de sa psychologie telle qu’elle est vue par le narrateur.
L’écologie est ici surtout un ressort dramatique pour terminer le livre en beauté, et on aurait parfois aimé que ce soit un peu plus développé car c’est sans doute l’aspect le plus intéressant du bouquin.
Un livre qui m’a globalement déçue car j’avais gardé un bon souvenir des poèmes de Jim Harrison.
Un livre qui me confirme aussi dans l’idée que la littérature américaine n’est pas trop ma tasse de thé !

Extrait page 75 :

(…) Je n’avais ni Etat, ni patrie, ni gouverneur, ni président. C’est ce qu’on appelle être nihiliste, mais je trouve que c’est un mot beaucoup trop fort pour désigner le vide. Pourtant, le suc de l’existence, atrophié et ténu certes, semble toujours présent. Les délices de l’air, de l’eau et des arbres, des créatures aussi rares que Sylvia, et la nourriture, même quand elle était jetée sur une table, comme par Rosie maintenant. Et les plaisirs du whisky. Et ceux de la pêche. Notre cerveau semble instaurer son propre gouvernement sur notre vie. Notre plan n’était qu’une inauguration, une sorte de bal du Couronnement.

Quelques poèmes de Jim Harrison

J’ai sélectionné ces quelques poèmes dans le recueil L’éclipse de lune de Davenport et autres poèmes publiés à La Table Ronde dans la collection La Petite Vermillon, dans une édition bilingue datant de 1996.
Les poèmes sont traduits de l’américain par Jean-Luc Piningre.
Jim Harrison (1937 – 2016) est un célèbre romancier et poète américain, « Ecrivain des grands espaces ».

***

Le temps nous dévore crus.
Pour mon anniversaire, hier,
je n’étais que d’un jour plus vieux
bien que j’aie commencé unicellulaire
il y a dix millions d’éternités dans le bourbier de la
vieille ferme.

***

Au bout d’une piste de sable sur les collines basses
des Whetstone Mountains j’ai vu des empreintes de
puma
si fraîches que le sable mouillé gouttait encore
dedans. Je ne sais pourquoi, à genoux,
je me suis pris à les humer, absolument certain
d’être observé par la roche vivante
du vaste paysage troublé par la chaleur.

***

Assurément les poissons n’ont pas inventé l’eau
ni les oiseaux, l’air. Les hommes ont bâti des
maisons
en partie pour la gêne que leur donnent les étoiles,
et élevé leurs enfants sur des insignifiances,
puisqu’ils ont massacré tout dieu au fond d’eux-mêmes.
L’homme politique sur les marches de l’église croît
dans la grandeur même de cette stupidité,
lampe grillée qui jamais n’imagina soleil.

***

Prends garde, ô vagabond, la route marche elle aussi,
dit un jour Rilke à personne en particulier, puisque
partout les bons poètes parlent aux six directions.
Si tu ne veux pas plier, tu es mort. Cassé comme
un spaghetti sec. Ecoute les dieux.
Ils hurlent dans ton oreille de seconde en seconde.

***