Quelques poèmes de Jim Harrison

J’ai sélectionné ces quelques poèmes dans le recueil L’éclipse de lune de Davenport et autres poèmes publiés à La Table Ronde dans la collection La Petite Vermillon, dans une édition bilingue datant de 1996.
Les poèmes sont traduits de l’américain par Jean-Luc Piningre.
Jim Harrison (1937 – 2016) est un célèbre romancier et poète américain, « Ecrivain des grands espaces ».

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Le temps nous dévore crus.
Pour mon anniversaire, hier,
je n’étais que d’un jour plus vieux
bien que j’aie commencé unicellulaire
il y a dix millions d’éternités dans le bourbier de la
vieille ferme.

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Au bout d’une piste de sable sur les collines basses
des Whetstone Mountains j’ai vu des empreintes de
puma
si fraîches que le sable mouillé gouttait encore
dedans. Je ne sais pourquoi, à genoux,
je me suis pris à les humer, absolument certain
d’être observé par la roche vivante
du vaste paysage troublé par la chaleur.

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Assurément les poissons n’ont pas inventé l’eau
ni les oiseaux, l’air. Les hommes ont bâti des
maisons
en partie pour la gêne que leur donnent les étoiles,
et élevé leurs enfants sur des insignifiances,
puisqu’ils ont massacré tout dieu au fond d’eux-mêmes.
L’homme politique sur les marches de l’église croît
dans la grandeur même de cette stupidité,
lampe grillée qui jamais n’imagina soleil.

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Prends garde, ô vagabond, la route marche elle aussi,
dit un jour Rilke à personne en particulier, puisque
partout les bons poètes parlent aux six directions.
Si tu ne veux pas plier, tu es mort. Cassé comme
un spaghetti sec. Ecoute les dieux.
Ils hurlent dans ton oreille de seconde en seconde.

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