La rétrospective Jean Fautrier à Paris (Musée d’art Moderne)

Une grande rétrospective de l’artiste Jean Fautrier (1898-1964), à la fois peintre et sculpteur, ses tient actuellement au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 20 mai 2018 et, si vous avez l’occasion de vous y rendre, je crois que vous découvrirez des oeuvres qui vous toucheront – tout du moins, pour ce qui me concerne, elles m’ont surprise et émue !

Ses premiers tableaux, dans les années 1920, sont marqués par un réalisme sombre, avec des portraits et de grands nus massifs et peu flatteurs, se détachant sur un arrière-plan foncé.
Fautrier évolue par la suite vers des tableaux moins réalistes, peut-être plus poétiques, où la couleur noire est dominante, puis, l’année suivante, la couleur grise, qui met en valeur des thèmes divers (paysages de glaciers, natures mortes), avec parfois une vision de la souffrance et de la mort qui peut évoquer Rembrandt, comme dans le sanglier écorché, ou les lapins et moutons suspendus (évocation peut-être aussi de Soutine, en beaucoup moins coloré).


La période suivante marque un retour à la couleur, mais dès les années 1932 ou 33 il cesse de peindre pour des raisons économiques et se consacre durant cinq ans à l’enseignement du ski en Savoie, puis dirige un hôtel également en montagne.
Il reprend la peinture dès la fin des années 30.
Après la guerre, en 1945, il expose ses têtes d’otages (cf. illustration ci-contre) qui suscitent de vives réactions – tant positives que négatives – mais qui marquent les esprits.
Les têtes d’otages sont bien représentatives  de l’art informel de Fautrier, mettant l’accent sur une matière picturale (une « pâte ») épaisse et grumeleuse, dont les aspérités accrochent la lumière et font vibrer la couleur, évoquant les objets de manière allusive, par un trait ou une teinte caractéristique, à mi chemin de l’abstraction et du figuratif.

Dans les années qui suivent, l’artiste prend pour motifs des objets de la vie courante (clés, pichets, encrier, etc.) mais il renoue également avec les thèmes engagés, émotionnellement forts, par exemple dans les têtes de Partisans, dénonçant l’invasion de Budapest par les Russes en 1956 et prenant pour point de départ le poème Liberté de Paul Eluard.

Dans la très intéressante vidéo présentée vers le milieu de l’exposition, on peut assister à des interviews de Fautrier, où l’on découvre un homme très cérébral mais aussi malicieux, n’hésitant pas à proclamer qu’il peint ses tableaux très vite parce que la peinture l’ennuie, et que voir son atelier n’a pas d’intérêt.

J’ajoute pour conclure que ce grand artiste, sans doute trop méconnu, ne semble pas attirer beaucoup de monde pour le moment, ce qui est un cadre de visite bien agréable, sans aucune queue à l’entrée et sans piétinements devant chaque oeuvre, l’idéal !

 

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