Deux sonnets de Jean Cassou

Jean Cassou (1897-1986) est un poète, écrivain, romancier, historien d’art et traducteur français.
Il publie son premier roman en 1926. Participe au Front Populaire à partir de 1936. En 1939, avec la signature du Pacte germano-soviétique, il quitte le Parti Communiste. Dès septembre 1940 il s’engage dans la Résistance. Arrêté comme résistant en 1941 la prison militaire de Furgole à Toulouse où il compose de tête, sans papier ni stylo, ses Trente-trois sonnets composés au secret, publiés clandestinement au printemps 1944 sous le pseudonyme de Jean Noir, avec une préface de Louis Aragon qui signe François La Colère.
A la libération, Jean Cassou retrouve ses fonctions de directeur du Musée d’Art Moderne.

Voici la fiche Wikipédia du recueil Trente-trois sonnets composés au secret :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Trente-trois_sonnets_composés_au_secret

Je n’ai pas choisi les sonnets les plus connus de Jean Cassou (comme les sonnets I, IV ou VI), car vous les trouverez très facilement sur d’autres blogs et sites.
Je préfère mettre en lumière des textes peu diffusés ailleurs.

Sonnet XIX

Je suis Jean.
V.H.

Je suis Jean. Je ne viens chargé d’aucun message.
Je n’ai rien vu dans l’île où je fus confiné,
rien crié au désert. Je porte témoignage
seulement pour le songe d’une nuit d’été.

Pour le songe d’une jeunesse retrouvée
sous les chaudes constellations d’un autre âge,
et parce que je veux entendre le langage
brûlant et vif de ce firmament éclaté.

Quant à moi, je ferai silence, étant indigne
de nouer le cordon des approches insignes
qui monteront vers l’aube ou d’apaiser mon front

sur le scintillement des hymnes révélées :
précurseur et disciple en toi s’aboliront,
ô nuit de l’ombre blanche et du total reflet !

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Sonnet XXIII

La plaie que, depuis le temps des cerises,
je garde en mon cœur s’ouvre chaque jour.
En vain les lilas, les soleils, les brises
viennent caresser les murs des faubourgs.

Pays des toits bleus et des chansons grises,
qui saignes sans cesse en robe d’amour,
explique pourquoi ma vie s’est éprise
du sanglot rouillé de tes vieilles cours.

Aux fées rencontrées le long du chemin
je vais racontant Fantine et Cosette.
L’arbre de l’école, à son tour, répète

une belle histoire où l’on dit : demain…
Ah ! jaillisse enfin le matin de fête
où sur les fusils s’abattront les poings !

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Trente-trois sonnets composés au secret est paru chez Folio plus classiques en 2016, avec un dossier pédagogique par Henri Scepi.