Quelques uns de mes derniers haikus


J’espère que vous prendrez plaisir à lire ces quelques tercets de saison.

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Le petit merle
semble me soupçonner
de quelque noirceur.

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Pendant le film
pour deviner tes émotions
besoin de sous-titres.

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A regarder
trop longtemps la télé
– risque d’implosion.

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La dame très chic
en tailleur bleu vert
et varices assorties.

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Les cerises du voisin
sont mûres
– moi aussi.

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Le chat assis
tel un petit sphinx
– semble savoir l’énigme.

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Retour de promenade
– la marque des clés
dans ma paume.
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La forêt
tient le crépuscule
à bout de bras.

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Pourquoi dit-on
que le silence est profond ?
Il est parfois très plat.

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Quelques haikus de Cécile Boisson

C’est dans le recueil Haikus du jardin de Cécile Boisson, paru chez Encres Vives en 2012, que j’ai trouvé ces quelques poèmes.
Des haïkus d’une grande légèreté, que j’ai énormément appréciés, et dont l’humour très fin et la douce sérénité m’ont séduite.

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Ce soir j’ai du monde à manger
à manger ?
et me voilà ogresse

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Pour un bout de pain
jeté aux herbes
il s’envole, le chat

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Meilleure encore
picorée
la cerise

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Au ciel tout rose
le merle pose
une question sans fin

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Le chat guette
cette grosse bête
La pluie

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Tubéreuse
j’aime
ton nom de nuit

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Mes ciseaux brillent
rosier
ferme tes yeux !

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Sans bruit la lune
la lune sans bruit
donne du lait aux fleurs

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Tapisserie de Henri de Régnier

Tapisserie

Un magique jardin aux merveilleuses flores,
Avec des escaliers, des rampes, des bosquets ;
Sur les arbres taillés un vol de perroquets
Mêle un éclat vivant d’ailes multicolores ;

Et, tout au fond, dans les charmilles compliquées
Que l’Automne pique de ses parcelles d’or,
Se dresse, solitaire, un vieux Palais où dort
Un lointain souvenir de fêtes évoquées ;

La dégradation douce d’un crépuscule
Enveloppe le beau jardin et s’accumule
Sur le luxe défunt des fastes accomplis ;

Dans les arbres les perroquets à vifs plumages
Volettent, comme si, troublant les longs oublis,
Quelque Belle y traînait ses robes à ramages.

Henri de Régnier (1846-1936)

Ce poème, d’inspiration symboliste, était dédié à Paul Verlaine.