La femme ailée d’Izumi Kyôka

la_femme_aileeCe livre contient deux nouvelles d’Izumi Kyôka : La femme ailée et Le Camphrier.
Dans La femme ailée, un enfant vit dans une maison près d’un pont avec sa mère et elle lui apprend que les réactions des humains n’ont pas plus de valeur que celles des animaux …
Dans Le Camphrier un jeune scieur de bois est inquiet pour la santé de son père et la vendeuse de la boutique voisine lui fait remarquer que les plantes peuvent souffrir tout comme les humains…

J’ai un peu moins aimé ces deux nouvelles que celle de La femme fidèle que j’avais commentée en novembre, mais je leur ai trouvé énormément de charme.
Dans ce livre, la nature a une grande importance, et prend nettement le pas sur les personnages ; Une note surnaturelle, peut-être symbolique mais pas forcément, vient dans les deux cas clore l’histoire.
J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup (un peu trop ?) de descriptions, surtout dans Le camphrier, et que les récits étaient assez peu construits, reposant davantage sur des suggestions ou sur une atmosphère que sur une logique de narration.
Mais j’ai pris plaisir à lire ce recueil de nouvelles, c’est une lecture pleine de fraîcheur et de légèreté, qui incite à la rêverie.

Une femme fidèle d’Izumi Kyôka

Dans le Japon de la toute fin du 19ème siècle, une jeune femme malheureuse s’épanche auprès de son jeune voisin, un adolescent de seize ans, qu’elle invite chez elle l’après-midi pendant l’absence de son mari. Elle raconte au jeune homme comment elle a été mariée à quatorze ans avec cet homme qu’elle n’aimait pas et la vie douloureuse, même dramatique, qu’elle a menée depuis.

Cette histoire de mariage raté, d’époux détesté, et de femme qui continue malgré tout à subir hypocritement son sort, est d’une très grande finesse d’évocation.
Ce personnage de femme, à la fois nerveux, à fleur de peau, est plein de profondeur, ce qui n’est suggéré parfois que par quelques mots.
Le jeune voisin, bien qu’il intervienne relativement peu durant la longue confession de la jeune femme, montre, par son mélange de désinvolture et de bienveillance, un certain sentiment d’amitié mais certainement pas l’amour que la jeune femme attend, ce dont elle ne semble pas se rendre compte.
Quant au personnage du mari, il est d’abord présenté comme une sorte d’épouvantail ridicule, avant de s’avérer être à la fois victime et implacable.
Cette ambivalence des caractères m’a séduite, mais aussi la manière dont cette histoire s’enrichissait de nuances et s’intensifiait au fur et à mesure des pages.
J’ai aimé aussi les accents féministes de certains passages, ou plus exactement de révolte vis à vis des mariages forcés et des drames inévitables auxquels ils mènent.
J’ai trouvé intéressant, aussi, que ce soit en brisant le silence et en sortant de son hypocrisie que la jeune femme soit conduite au drame final, comme si le silence était finalement une protection dont il était dangereux de sortir.

Cette nouvelle est une œuvre superbe, à l’écriture très maîtrisée, que je conseille donc vivement.