Lettres d’un athée à un ami croyant, de Michel Baglin

J’ai lu ce livre par curiosité pour l’oeuvre de Michel Baglin, décédé durant l’été 2019, et avec lequel j’avais eu de brefs contacts grâce à sa revue en ligne Texture.
J’aimais (et j’aime toujours) sa poésie, pour avoir lu son beau recueil, Un présent qui s’absente, et je souhaitais découvrir également cet essai sur le fanatisme religieux, sur la laïcité et la manière de « vivre ensemble ».

Ces lettres d’un athée à un ami croyant débutent en janvier 2015 – date des attentats de Charlie Hebdo puis de l’Hyper-Cacher. Michel Baglin, mortifié et révolté par ces événements et par certaines réactions tièdement conciliantes, rappelle quelques principes clairs et sans compromis sur la liberté d’expression, qui ne saurait être limitée, et la nécessaire critique des religions et de toute croyance quelle qu’elle soit.
Il estime que, dans nos démocraties, le respect est dû aux individus et non pas à leurs croyances, sinon ce serait la porte ouverte à toutes les dérives théocratiques.
Il nous éclaire sur la nature essentiellement hégémonique et intolérante des religions, en s’appuyant, entre autres, sur les idées des Lumières comme celles de Diderot ou de Voltaire.
Il nous parle de la tendance contemporaine à tout confondre dans un même flou réprobateur : racisme, islamophobie, religiophobie, alors qu’il ne les met pas du tout sur le même plan.
Il réfléchit également à propos du nationalisme et de la défense d’une identité nationale, déplorant qu’on ait abandonné ces questions à l’extrême-droite, car elles méritent selon lui davantage d’attention et de considération qu’un rejet impulsif et sans nuance.

J’ai trouvé cet essai très intéressant, cohérent et clair dans ses explications, usant par moments d’un ton un peu trop didactique, mais qui a l’avantage de bien préciser les choses et de ne pas perdre le lecteur en cours de route.
Il n’hésite pas à prendre le contrepied de certaines idées répandues et d’affronter les tabous de notre époque, avec lucidité.
C’est toujours agréable de lire la pensée d’un homme indépendant et ouvert d’esprit, cultivé et honnête dans ses positions.

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Extrait page 29

(…) qu’est-ce donc que ce « respect de l’autre » ? En quoi consiste-t-il ?
S’il s’agit de le laisser dire ce qu’il veut, y compris les pires inepties, je suis d’accord. Mais chez les bigots, le respect a toujours des relents d’interdit. Ce qu’il exige, le pieux, c’est qu’on sacralise ses croyances, qu’on les protège par une bulle de toute critique.
 » Respectez ma foi ! », voilà l’injonction.

Non !

Depuis quand faudrait-il respecter a priori les religions, établies ou pas ? Ce n’est guère ce que nous ont appris les philosophes ni l’école de la République, qui fonde son enseignement sur l’esprit critique. (…)

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Ce livre avait paru aux éditions Henry en 2017, il est illustré par des dessins de Jean-Michel Delambre.

Le jeune Ahmed, des frères Dardenne

L’histoire : Un adolescent de treize ans, Ahmed, endoctriné par son imam dans des croyances islamistes radicales, projette d’assassiner une de ses professeurs, qui est selon lui « apostat » et « blasphématrice ». Après une première tentative d’assassinat, il est envoyé dans un centre de rééducation où des éducateurs essayent de le déradicaliser. Entres autres activités de réinsertion, il est amené à travailler dans une ferme des environs. Il voit aussi une psychologue qui s’assure de son changement d’attitude vis-à-vis de sa victime.

Mon avis : C’est un film sobre, qui se rapproche de l’atmosphère d’un documentaire. On suit au plus près l’adolescent dans ses activités quotidiennes : prières, travail, lavage de mains pour se purifier, entretiens avec quelques adultes (l’imam, la mère, la professeur, les éducateurs, etc.). L’adolescent nous apparaît complètement immergé dans ses croyances, ne remettant jamais en doute ses dogmes, froidement déterminé dans ses projets et n’ayant plus de relations affectives avec quiconque, ni avec les adultes ni avec les jeunes de son âge.
Dans le centre de rééducation, il fait semblant de changer et de s’humaniser, il joue la comédie du repentir, mais son changement est trop brutal pour nous laisser le moindre doute sur ses vraies intentions – car il continue de poursuivre son projet initial.
Si ce « héros » est particulièrement odieux et implacablement froid, nous le suivons malgré tout avec intérêt, curieux de voir s’il va s’amender et comprendre qu’un assassinat est un crime et non un exploit. Par ailleurs, à cause du très jeune âge de ce garçon, et de son caractère influençable, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir parfois pitié de lui.
Un film qui nous met devant une réalité déplaisante et nous pousse à nous interroger sur ce phénomène sociologique et psychologique, mais sans nous conduire vers une idée de solution.
Un beau film, qui n’est pas sans rappeler, par son esthétique et ses thématiques adolescentes, « Le gamin au vélo » des mêmes frères Dardenne, que j’avais aussi beaucoup aimé.