Un extrait d’Alice au Pays des Merveilles


Charmée et amusée par ma lecture d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll – lu déjà quand j’étais petite mais dont je ne gardais pas vraiment de souvenir – je vous en reproduis un extrait.

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Page 104-105

Le Chat se contenta de sourire en voyant Alice. Elle lui trouva l’air fort aimable ; néanmoins, il avait des griffes extrêmement longues et un très grand nombre de dents, c’est pourquoi elle sentit qu’elle devait le traiter avec respect.
« Minet-du-comté-de-Chester », commença-t-elle assez timidement, car elle ne savait pas trop si ce nom lui plairait.
Le Chat s’étant contenté de sourire plus largement, Alice pensa : « Allons, jusqu’ici il est satisfait », et elle continua :
« – Voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, par où je dois m’en aller d’ici ?
– Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller.
– Peu m’importe l’endroit…
– En ce cas, peu importe la route que tu prendras.
– … pourvu que j’arrive quelque part » ajouta Alice en guise d’explication.
 » Oh, tu ne manqueras pas d’arriver quelque part, si tu marches assez longtemps. »
Alice comprit que c’était indiscutable ; en conséquence elle essaya une autre question :
 » Quelle espèce de gens trouve-t-on dans ces parages ?
– Dans cette direction-ci « , répondit le Chat, en faisant un geste de sa patte droite, « habite un Chapelier ; et dans cette direction-là » (il fit un geste de sa patte gauche), « habite un Lièvre de Mars. Tu peux aller rendre visite à l’un ou à l’autre : ils sont fous tous les deux.
– Mais je ne veux pas aller parmi les fous !
– Impossible de faire autrement ; nous sommes tous fous ici. Je suis fou. Tu es folle.
– Comment savez-vous que je suis folle ?
– Si tu n’étais pas folle, tu ne serais pas venue ici »

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Dimanche chez les Minton de Sylvia Plath

plath_dimanche J’ai choisi de lire Dimanche chez les Minton de Sylvia Plath parce que j’avais gardé un excellent souvenir de son roman autobiographique La Cloche de Détresse, qui parlait de son expérience de la dépression.
Ici, l’atmosphère est tout à fait différente, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles, dont la forme brève donne une plus grande impression de légèreté.

Sur ces cinq nouvelles, trois m’ont particulièrement touchée :
Dans la boîte à souhaits : une femme jalouse son mari parce qu’il fait chaque nuit des rêves passionnants, tandis qu’elle-même ne se souvient presque jamais de ses rêves. Elle commence à broyer du noir, à faire des complexes sur son manque d’imagination (…)
Dans le jour où Mr Prescott est mort : une mère et sa fille adolescente, la narratrice, vont chez les Prescott, une famille de leur connaissance, dont le père est mort. Elles sont ainsi associées à la veillée du corps. Mais personne n’a de chagrin car Mr Prescott était un vieillard grincheux, et chacun cherche à sauver les apparences, comme s’il s’agissait d’un jour très triste.
Dans dimanche chez les Minton : un frère et une sœur, Henry et Elizabeth Minton, tous les deux retraités, vivent sous le même toit mais ont des caractères radicalement opposés : Henry est un homme pointilleux et rationnel, tandis qu’Elizabeth est distraite et rêveuse, et voudrait échapper à l’ascendant de son frère.
Dans ces trois nouvelles, le personnage principal est décalé par rapport à son entourage, et se sent seul par rapport à une réalité qui lui étrangère. Ce personnage subit une situation sans parvenir à s’en extraire.
Dans la boîte à souhaits, c’est son manque d’imagination qui mine l’héroïne, dans dimanche chez les Minton, c’est l’excès d’imagination d’Elizabeth qui, probablement, encombre trop sa vie et ses pensées et la rend passive face au réel.
J’ai aimé l’écriture de Sylvia Plath, avec souvent des comparaisons très belles, et une manière de mener ses histoires et ses personnages sans jamais forcer le trait.

Une lecture rapide et assez agréable.