Une lettre-poème de Marie Desmaretz

couverture du recueil de Marie Desmaretz

Ce texte de Marie Desmaretz est extrait du livre Les lettres-poèmes de Marie publié en 2017 aux éditions du Petit Pavé, dans la collection Le Semainier dirigée par Jean Hourlier. Ces lettres-poèmes adressées par Marie Desmaretz à ses amis poètes sont de beaux témoignages d’amitié et de poésie mêlées.
Comme l’écrit Jean Chatard en préface : « Chaque texte est un élan, élan d’une artiste pour ses nombreux amis. Chaque dédicataire de lettre-poème se trouve concerné au plus haut point. Au niveau de l’écrit et à celui, plus rare, de l’amitié. En quelques lignes, Marie pénètre dans l’intime de chacun et y séjourne durablement. (…)  »

**

page 17

Lettre-poème à Jean Chatard

A l’ami Jean, ces confidences tristes
parce que je n’en peux plus de l’hiver

Mai dans son soleil à quatre sous
Les muguets à la peine fripés de vent
Une mouette égarée (son cri) quand j’espère l’hirondelle (ses coups de ciseaux retaillant un ciel plus juste) Des mots qui fanent au bord des prières
Un arbre – comme un chien – seul dans la fenêtre

Mon bel hier est tombé comme un sac et me voilà maintenant si petite – Jean –
si petite sous la lampe
Avec l’herbier des chagrins ouvert sur la table
avec de grands morceaux d’hiver qui vieillissent
mes épaules et du vide tout autour du vide
qui parle une langue pauvre

Me voilà maintenant si petite et tellement
ignorante du geste qui sauve
Je ne sais plus comment on fait de l’été
comment on fait de l’intense
J’ai oublié l’heure des fruits l’heure des femmes
la lumière

Dans mes fonds de mémoire je cherche souvent
ce que j’ai perdu

Parfois je retrouve un bout d’avril à peau d’iris
un poème où j’ai demeuré
quelques paillettes d’insouciance…

Mais très vite le ciel tourne court se dérobe
m’abandonne

Et après vois-tu Jean
il fait encore plus froid.

Mai 2013

Bonne année à tous et quelques haikus !

branche_de_gui
Je vous souhaite à tous une très belle année 2017 pleine de paix et de douceur ! Mais aussi de culture et de réussites !

Voici quelques haikus de ma composition – pour célébrer l’hiver et le nouvel an !

Balade hivernale,
ciel couleur de patinoire
et trottoirs glissants.

**
Flocons pas plus gros
que des têtes d’épingles
– le froid me pique !

**
La nuit va tomber
sur l’épais brouillard d’hiver
– Voiles noirs, voiles blancs.

**
Cheminées fumantes
arbres saupoudrés de givre,
blancheurs dans la brume.

**
La nuit la plus longue
de l’année, ne pas dormir,
écouter la pluie.

**
Mouvement de recul
face à l’hiver qui approche
– Comment y échapper ?

**

En hiver, les arbres
ne meurent pas : ils dorment ;
les oiseaux les veillent.

**

Le jour se lève
sur un ciel couvert : passage
du noir au gris.

**
Dans la flaque d’eau
se reflètent les grands arbres
la tête en bas.

**
Pour la Saint-Sylvestre
La foret a les cheveux blancs
et de longs bas noirs.

**
Noël au jardin :
les escargots font leur
petit réveillon.

Marie-Anne BRUCH

Deux poèmes de Roger Kowalski (1934-1976)

orizet_plus_belles_pages J’ai trouvé ces deux poèmes en prose de Roger Kowalski dans Les plus belles pages de la poésie tendre et sentimentale, une anthologie réalisée par Jean Orizet.

**
IL VA BIENTOT NEIGER

Il va bientôt neiger disiez-vous ; la porte d’entrée battit doucement bien qu’elle fût solidement fermée et que le vent ne parût point fort.

Nous reconnaissions le gris sévère, l’odeur fragile et fraîche de pomme tombée avant sa maturité, et qui souvent précède la neige.

Alors nous mîmes une bûche dans le feu ; de nouveau la porte frémit ; une corneille battit des ailes non loin de la fenêtre et nous la regardâmes fuir ;

puis je vous contai une histoire naïve qui pouvait très bien ne point finir, et c’est ce qui nous attachait à elle, souriants, devant les flammes.

**
CE SOIR-LA

Ce soir-là, en des temps plus anciens que l’enfance ; ce soir-là, alors que la nuit était imminente, je vis votre visage, et tel, et si profond,

à ce point vous, bien-aimée, que je rencontrai seulement bien plus tard, si divinement secret entre la branche qui frôlait les vitres

et les doigts serrant la plume, que les feux soudain s’allumèrent dans mes forêts, coururent jusqu’à la frontière occidentale,

bondirent par-dessus les rivières, les étangs, flaques de tardives pluies, me lièrent enfin pour jamais à l’arbre inquiet de votre sang.

Deux poèmes de Georg Trakl

trakl_poesie_gallimardGeorg Trakl (1887 – 1914) est un poète autrichien, le principal représentant de l’expressionnisme en littérature. Les deux poèmes que j’ai choisis sont extraits de son recueil Crépuscule et Déclin, publié chez Poésie/Gallimard.

Murmuré pendant l’après-midi

Soleil d’automne timide et mince,
Et les fruits tombent des arbres.
Le calme habite des pièces bleues
Un long après-midi.

Sons de mort du métal ;
Et une bête blanche s’effondre.
Les chants âpres des filles brunes
Se sont dissipés dans la chute des feuilles.

Le front rêve les couleurs de Dieu,
Sent les ailes douces de la folie.
Des ombres sur la colline,
Frangées de pourriture noire.

Crépuscule plein de calme et de vin ;
Ruissellement de guitares tristes.
Et vers la douce lampe à l’intérieur
Tu t’en retournes comme en rêve.

*****

En hiver

Le champ brille blanc et froid.
Le ciel est solitaire et immense.
Des choucas tournent au-dessus de l’étang
Et des chasseurs descendent de la forêt,

Un mutisme habite les cimes noires des arbres.
Le reflet d’un feu s’échappe des cabanes.
Parfois très loin sonne un traîneau
Et lentement monte la lune grise.

Un gibier saigne doucement sur le talus
Et des corbeaux pataugent dans des rigoles sanglantes
Le roseau frémit jaune et haut.
Gel, fumée, un pas dans le bois vide.

******