Devant la mort, un recueil d’Hervé Prudon


J’ai trouvé ce recueil de poèmes au hasard de mes déambulations dans ma librairie préférée : je ne connaissais pas l’auteur mais j’ai été convaincue par les quelques pages que j’ai pu feuilleter sur place.
Et, effectivement, de retour chez moi, une lecture attentive m’a confirmée dans ma première impression : c’est un très beau livre, où l’auteur ose regarder en face le destin que nous partageons tous.
Une lecture pas très gaie, certes, mais qui aborde des sujets essentiels et qui, de plus, est parfois capable de légèreté, voire d’un peu d’ironie.

Voici la Quatrième de couverture :

« Atteint d’un cancer diagnostiqué en août 2017, Hervé Prudon se savait condamné. Durant les deux derniers mois de sa vie, où il lui était devenu impossible d’écrire le roman qu’il avait ébauché, il remplira deux carnets de moleskine noirs d’une écriture tremblée. Une centaine de poèmes qui tous parlent de la mort à venir et frappent par leur lucidité et l’urgence dont ils sont un puissant témoignage. Ils dessinent en creux la personnalité d’un homme, porteur d’une douleur existentielle qu’il chercha toute sa vie à conjurer par la légèreté.»

Sylvie Péju.

Voici quelques uns de ces poèmes :

il ne fera ni jour ni nuit
ni chaud ni froid
je ne serai ni moi
ni un autre
sans âme et sans substance
je ne serai ni le feu ni le vent
ni la pierre ni l’arbre ni l’animal
ni la lumière ni les ténèbres
de moins en moins l’absence
et rien de plus en plus
jusqu’à ce que rien ne dure

***

je ne sors plus trop fatigant
alors j’écris feignant
je voudrais vous y voir
mes efforts vont à l’essentiel
j’écris du fond de mon fauteuil
un oeil au ciel
et l’autre au seuil
de mon cercueil
l’infime poésie
il va être à court de noisettes
le petit écureuil
je voudrais vous voir mes mignons
à court de provisions
le corps mou l’esprit flou
vous seriez mes beaux frères moins sévères

***

bien des choses ont changé
des choses et des gens
surtout des gens des amis
et des inconnus des amis devenus
plus inconnus que des choses
inutiles et ceux qui changent
de trottoir ou de tête
ou d’idées et les choses
sont nouvelles et modernes
et moi loin et moins