Après le tremblement de terre – un livre de Murakami

murakamiQuatrième de Couverture :
Un mois après le tremblement de terre de Kobe en 1995, les secousses continuent dans le cœur des Japonais … Les séismes intérieurs déplacent les solitudes ordinaires, réveillent les consciences endormies ou ravivent le feu de la vie. A travers six variations, Murakami effleure, avec une infinie délicatesse, la faille intérieure présente en tout être.

Mon avis :
Jai lu ce recueil de six nouvelles en deux jours et, le lendemain, quand j’ai voulu écrire un commentaire dessus, je me suis aperçue que j’avais quasiment déjà tout oublié, et j’ai été obligée de feuilleter le livre pour retrouver quelques souvenirs.
Alors, c’est vrai, ces histoires ressemblent un peu à des rêves, et elles font le même effet que lorsqu’une personne que nous ne connaissons pas très bien nous raconte un de ses rêves : on ne se sent pas du tout concerné ! On reste presque totalement étranger au propos.
A aucun moment je n’ai eu le sentiment d’être emportée par ce qui était raconté – même si je tiens à préciser que cette lecture ne m’a pas non plus ennuyée.
Disons que ces histoires réussissent à instaurer un climat, une atmosphère dans laquelle il n’est pas désagréable de plonger, mais sans plus.
J’ai cru comprendre à plusieurs reprises que Murakami voulait créer une sensation d’angoisse chez son lecteur mais, de mon côté, je n’ai rien ressenti de tel.
Je n’ai pas grand chose de plus à rajouter sur ce recueil de nouvelles, qui ne m’a pas donné envie de relire un autre livre de cet auteur.

Voici l’extrait qui m’a le plus convaincue :

page 96 :

– Il m’a parlé des ours polaires, une fois. Il m’a expliqué à quel point c’était des créatures solitaires : ils ne s’unissent qu’une fois par an. Une seule fois ! Dans leur monde, les relations de couple n’existent pas. Sur la grande terre glacée de Laponie, un ours mâle rencontre fortuitement une ourse, et ils copulent. Pas très longuement, d’ailleurs. Dès que l’acte est terminé, le mâle s’écarte rapidement de la femelle comme s’il avait peur, et s’enfuit en courant du lieu de leurs amours. Il se sauve littéralement à toutes jambes, sans se retourner une seule fois. Ensuite, il passe à nouveau une année entière dans la plus grande solitude. La communication mutuelle n’existe absolument pas chez ces animaux. Pas plus que le rapprochement des cœurs. Voilà à quoi ressemble la vie d’un ours blanc. Du moins, d’après ce que mon patron m’a raconté.
– Quelle vie étrange, en effet, dit Satsuki.
– Une vie étrange, certainement, renchérit Nimit, le visage grave. Quand mon patron m’a raconté cette histoire, je lui ai demandé :  » Mais alors, dans quel but les ours polaires vivent-ils ? » Il a souri comme si j’exprimais exactement ce qu’il ressentait, et m’a répondu par une autre question :  » Et nous, Nimit, nous, dans quel but vivons-nous ? »

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Sommeil de Haruki Murakami

Une jeune femme de trente ans, mariée et mère d’un petit garçon, se trouve brutalement, à la suite d’un cauchemar, dans l’impossibilité totale de dormir. Il ne s’agit pas d’une insomnie : la jeune femme n’a tout simplement plus besoin de sommeil.
Elle profite de ces longues heures de solitude nocturne pour relire plusieurs fois de suite Anna Karénine, pour boire du cognac, et pour manger des grandes quantités de chocolat – toutes choses qu’elle n’avait plus faites depuis sa jeunesse, avant son mariage.
Parallèlement, elle s’aperçoit de tout ce qu’il y a de mécanique et de répétitif dans sa vie de femme au foyer, son désir pour son mari disparaît, son amour pour son fils s’émousse.
L’absence de sommeil est donc, à proprement parler, un éveil de l’esprit, une prise de conscience.

Cette longue nouvelle, présentée en quatrième de couverture comme « une des plus énigmatiques de Haruki Murakami » m’a semblé au contraire très prosaïque et même banale dans sa thématique : rien de très original à montrer une femme au foyer lasse de son train-train quotidien, nostalgique de sa jeunesse et aspirant à découvrir « la vraie vie ».
La seule chose véritablement énigmatique de cette nouvelle est sa fin en queue de poisson, qui permet deux interprétations possibles du texte, et qui lui donne de la profondeur.

J’ai apprécié les illustrations de la dessinatrice Kat Menschik, déroutantes de prime abord, mais l’harmonie blanche, noire et argent est très réussie et j’ai aimé qu’elles rajoutent une dimension un peu plus fantastique au livre.