Quelques uns de mes derniers haïkus

nuage_haiku Je ne sais plus si je vous l’avais dit, mais j’ai commencé à écrire des haïku depuis environ six mois. Je le fais de manière très irrégulière : je peux en écrire quinze en une après-midi puis ne plus rien écrire pendant six semaines.
En voici donc une petite sélection pour vous, sur des thèmes essentiellement météorologiques mais pas seulement :

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Disque du soleil
dans la trouée d’un nuage :
brillante boutonnière.

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Que pèse un nuage ?
A peine plus lourd que cette
question dans ma tête.

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Un long sillage blanc
file derrière l’avion
– tel un escargot.

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Les nuages passent
avec la pompeuse lenteur
d’un cortège nuptial.

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Toutes ces abeilles
tanguent, dansent et tournicotent
ivres de soleil.

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Ciel incendié
fumées rousses du couchant
– pavillon des tabacologues.

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Chercher le sujet
d’un prochain poème
me ramène vers toi.

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La poésie
n’est ni un métier
ni un loisir.

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Rayons intermittents
le soleil tente peut-être
de rapiécer les nuages.

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N’hésitez pas à me laisser vos commentaires : le(s)quel(s) de ces haïkus préférez-vous ?

Oreiller d’herbes, un roman de Sôseki

soseki_oreiller

L’histoire :
Un artiste – à la fois peintre et poète – part dans une région de montagnes à la recherche de l’impassibilité, qui pourrait selon lui rendre son art plus parfait. Il est accueilli dans une maison isolée et bordée de jardins, dont la maîtresse de maison est particulièrement mystérieuse. Au cours de ses promenades, il rencontre des moines avec lesquels il a des conversations de bon voisinage. (…)

Mon avis :
Ce roman est assez étrange, car il entremêle à la fois le récit, les réflexions du personnage principal et même des poèmes, puisque le héros écrit quelques haïku pendant son voyage. Les événements qui se produisent pendant le cours du roman, ou les conversations qui sont tenues, n’ont pas forcément d’importance pour la suite de l’histoire, et sont comme de jolis moments dans le cours d’une vie paisible.
Le personnage principal, ce peintre-poète, a un caractère porté vers la philosophie et vers la réflexion (souvent subtile !) mais il agit peu et, alors qu’il se promène sans cesse dans la campagne avec son matériel de peinture, il ne peindra jamais un seul tableau.
Il est finalement très difficile de déterminer exactement ce que Sôseki voulait nous montrer avec ce roman, ce vers quoi il voulait attirer notre attention … Peut-être sur la relation pleine de cachoteries et d’ironie entre le peintre-poète et la jeune dame de la maison ; peut-être sur les vicissitudes de l’existence, qui empêchent de trouver l’impassibilité ? Ou peut-être sur les conditions nécessaires à la création d’une œuvre d’art ?
J’ai trouvé ce livre assez charmant, avec des moments déroutants.

Le waka, ancêtre du haïku

Au Japon, à la période de Heian (794-1185), les dames du Palais Impérial inventèrent puis cultivèrent avec passion l’art du waka (littéralement « poème japonais ») dit aussi tanka (littéralement « poème court ») – forme de poème bref qui est l’ancêtre du haïku.
Ces dames de la Cour, qui se révèlent être de très grands poètes, chantent l’amour : ses peines, ses attentes, ses trahisons, les ragots et médisances dont il fait l’objet, l’inconstance des amants, et parfois leur abandon.
La forme du waka comporte cinq vers de trente-et-une syllabes réparties comme suit : 5-7-5 puis 7-7.

De teinte invisible
qui pourtant va s’altérer
il n’est en ce monde
qu’une seule fleur, pour sûr,
on l’appelle Cœur-de-mortel.

Ono no Komachi

Légère et frivole,
hélas … de cette existence
reste le tourment.
Promesse me fut jadis
donnée – de même la vie

Princesse Shokushi

Mots jetés au vent
comme feuilles dispersées
ont glacé mon cœur :
pour le noyer de froidure
se pressent les pluies d’automne.

Ise

Amour en secret
couve jusqu’à m’abolir,
infime fumée,
nuée dissipée sans trace
et sans sillage – Ah, tristesse !

Fille de Toshinari

File, file en été
comme aux doigts des filandières
la chaîne des ans,
jamais ne pourrai défaire
l’amour qui me tient nouée.

Echizen

Livrée à froideur
comme épi au vent d’automne
ah, quel triste sort !
Pauvre de moi dont nul fruit
ne sera plus à attendre.

Ono no Komachi

La mienne passion
n’est connue d’âme qui vive.
Ces pleurs que retient
ma couche, ne les répands pas,
mon petit chevet de buis !

Princesse Shokushi

Peut-être ne suis-je
de ce monde ? Mon esprit
en suspens se perd
depuis que l’homme attendu
grand-peine d’oubli m’inflige.

Ono no Komachi

Je me suis inspirée pour cet article du merveilleux livre Songe d’une nuit de printemps – Poèmes d’amour des dames de Heian par Renée Garde aux éditions Philippe Picquier, dans lequel vous retrouverez les poèmes qui précèdent, et des dizaines d’autres, ainsi qu’une remarquable introduction, très accessible, très poétique, et qui nous rend très proche cette Cour Impériale pourtant si éloignée de nous …