L’ombre de nos nuits, par Gaëlle Josse

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J’avais déjà chroniqué ici un précédent roman de Gaëlle Josse, qui s’appelait Les Heures silencieuses et qui prenait pour prétexte un tableau de Vermeer, racontant la vie de la femme représentée sur le tableau. L’ombre de nos nuits, son nouveau roman, reprend le même procédé c’est-à-dire qu’ici encore un tableau – cette fois de Georges de La Tour – sert de point de départ au roman, mais j’ai trouvé que L’ombre de nos nuits était loin d’être aussi réussi que Les heures silencieuses, malgré l’écriture toujours aussi belle et poétique et qui pourrait suffire à apprécier ce roman …

L’histoire de l’Ombre de nos nuits : Une femme se promène dans un musée de province et tombe en arrêt, émerveillée, devant un tableau de Georges de La Tour, Saint Sébastien soigné par Sainte Irène. Elle contemple le tableau pendant très longtemps (jusqu’à la fermeture du musée) et repense à une histoire d’amour compliquée et malheureuse qu’elle a eue avec un homme marié. Parallèlement à ce récit amoureux, on nous raconte l’histoire du tableau : comment il fut peint – avec la participation de deux apprentis, l’un orphelin l’autre fils aîné de Georges de La Tour, et comment ce tableau voyagea jusqu’à Paris pour être montré au roi.
Nous avons donc la mise en parallèle de deux histoires absolument sans rapport l’une avec l’autre, qui sont entremêlées de manière artificielle et qui sont loin de susciter autant d’intérêt l’une que l’autre : personnellement j’ai trouvé l’histoire d’amour contemporaine à la limite de la mièvrerie, à la limite de l’eau de rose, et par dessus tout les sentiments ne m’ont pas semblé assez creusés. En revanche, j’ai trouvé que l’histoire de Georges de La Tour et de son tableau était vraiment très belle, avec une reconstitution de l’atmosphère et de l’état d’esprit du 17è siècle qui m’a paru très juste et crédible, et une retenue dans l’expression des sentiments qui m’a touchée.

Bref, mon avis sur ce livre est assez mitigé, mais il s’agit tout de même d’un joli roman, avec des sentiments nuancés et une belle écriture, donc au final je l’ai plutôt bien aimé.

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Les Heures silencieuses de Gaëlle Josse

Josse_heures_silencieusesEntre novembre et décembre 1667, à Delft, une femme de la grande bourgeoisie tient son journal, se souvenant des événements les plus marquants de sa vie.
Tout part d’abord d’un tableau : Intérieur avec une femme à l’épinette d’Emmanuel De Witte : cette femme à l’épinette – mystérieusement représentée de dos, le front réfléchi par un miroir – c’est elle, la narratrice, Magdalena Van Beyeren. Pourquoi a-t-elle choisi d’être ainsi représentée de dos, c’est le suspense de ce livre, et nous n’en connaîtrons la raison que dans les dernières pages.
Fille de l’administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, elle se montre, dès l’enfance, aussi fascinée par les navires quittant le port de Rotterdam qu’habile et consciencieuse dans l’étude des livres de compte.
Elle fait un mariage d’amour et la charge de son père revient alors à son époux, qui développe le négoce d’autres marchandises et qui s’engage même dans la traite des esclaves – ce que Magdalena réprouve pour des raisons religieuses – et qui tourne d’ailleurs à l’échec.
Suivent les naissances successives de leurs enfants, dont plusieurs meurent en bas âge, mais cinq d’entre eux survivent et leurs caractères – extrêmement différents les uns des autres – sont dépeints par cette mère avec beaucoup de finesse et d’acuité.

Mon avis : C’est un livre très joliment écrit, la narration est faite avec délicatesse et chaque phrase est minutieusement pesée et ciselée pour n’en dire ni trop ni trop peu.
La vie de cette femme, Magdalena, est intéressante et m’a semblé représentative de ce que pouvait être la vie d’une bourgeoise hollandaise du 17è siècle, confinée à l’intérieur de sa maison et vouée aux soins de sa famille et à ceux du commerce de son père, puis de son mari.
La psychologie de cette femme, marquée par un souci de moralité mais habitée en même temps par des désirs secrets, m’a semblée également en accord avec l’idée que l’on peut se faire de cette époque et de cette société.
J’ai apprécié que le tableau de De Witte (l’illustration de couverture) soit posé comme une sorte d’énigme dès le début du livre car, au fur et à mesure des pages, texte et image se donnent mutuellement du sens et de la profondeur.
Il est facile et très agréable de rentrer dans ce roman, et je n’ai pas été étonnée d’apprendre que Gaëlle Josse était poète avant de devenir romancière, cela se devine facilement d’après son style.