Un beau poème de François de Cornière

poesie-d-aujourd-hui-a-voix-hauteJ’ai trouvé ce poème dans le recueil anthologique Poésie d’aujourd’hui à voix haute, publié chez Poésie/Gallimard. Ce recueil réunit une vingtaine de poètes contemporains, d’Edouard Glissant à Franck Venaille, en passant par Guy Goffette ou encore Christian Prigent, et donne à mon avis une bonne introduction à ceux qui veulent s’initier à la poésie d’aujourd’hui. Personnellement, je possède ce recueil depuis une bonne quinzaine d’années et je le feuillette assez régulièrement, soit pour retrouver des poèmes que j’ai aimés, soit pour en découvrir de nouveaux que je n’avais pas remarqués jusque là.

Voici donc ce poème très émouvant de François de Cornière :

Mes pas derrière mon cœur

Même si vous n’êtes plus
que des mots dans mes poèmes
– des pronoms personnels
qui pour moi ont des corps
des gestes des paroles –
c’était pour toi pour vous pour nous
ces phrases où j’ai laissé
mes pas derrière mon cœur.

Et si l’eau est venue tout recouvrir
ou de la terre la terre
et des ciels d’autres ciels
je n’oublie pas
– vous qui n’êtes plus que des mots
dans mes poèmes –
que sous l’eau la terre le ciel
je suis relié à vous
qui me reliez à moi.

Alors je continue
de vous parler
de t’embrasser
de nous croire mortels
et d’écrire quelquefois des poèmes
où mon corps mes gestes mes paroles
sont ces cendres encore chaudes
sous mes phrases où vos pas
c’est mon cœur.

Un poème contemporain sur la mer

J’ai trouvé ce poème de François de Cornière dans la revue Décharge numéro 157 : j’ai trouvé intéressant de le reproduire ici après les poèmes de José Maria de Heredia sur le même thème – ici, ce n’est pas le paysage qui intéresse le poète mais les paroles et les interactions humaines.

 

bord_de_mer

 

Des phrases

 

Des phrases il y en avait
qui revenaient toujours:
« N’allez pas trop loin ! »
« Elle monte ou elle descend ? »
« Comment tu la trouves ? »
et bien sûr aujourd’hui :
« Elle est super bonne ! »

C’étaient des phrases du bord de mer
qu’on entendait passer ainsi
depuis tant d’années
comme une sorte de bande son
– ineffaçable pourtant fragile –
des étés de nos vies.

Des phrases qui nous racontent
des phrases qui nous ponctuent
et qu’on connait par cœur
quand je te dis
déjà sur mon vélo
et prêt à m’envoler :

« Je reviens tout de suite
je vais voir la mer. »