Quelques uns de mes haïkus d’automne

Voici quelques haïkus écrits d’octobre à décembre 2018 – comme autant de petits souvenirs de la saison passée …
Je vous souhaite une année 2019 pleine de poésie et de plaisirs artistiques mais aussi de chaleur humaine et de sérénité !

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Ecrire en marchant
– compter mes pieds sur mes doigts
au rythme de mes pas.

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Croiser une feuille
Virevoltant dans sa chute
Autour de mon nez.

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Une feuille morte
Déchirée en son centre
– Barque du soleil

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Engluées dans l’eau
Et couleur de carton pâte
– les feuilles au sol.

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Taches de soleil
dans le sous-bois – un Renoir
grandeur nature.

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Camaïeu de feuilles
du rosé au lie-de-vin
– titubent dans le vent.

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Grésil de novembre
ne parvient pas à éteindre
le feu des feuillages.

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Feuilles d’érable
Tombées sur le bitume
– étoiles dans la nuit

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Feuilles à cinq branches
Comme des mains ouvertes
Recueillant la pluie.

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La feuille encore verte
Au milieu de l’arbre roux
– Refuse de vieillir.

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L’arbre agite en l’air
Son unique feuille
– Adieu à l’automne

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Dans les ruines, un recueil de Jean-Pierre Thuillat

Dans-les-ruines-precede-de-MarmaillesDans les ruines est un recueil de poèmes paru en 2015 chez l’Arrière-Pays. Il est précédé du recueil Marmailles et suivi de Mutants. J’ai choisi trois poèmes au gré de ma lecture, au fil de ces trois recueils.
Jean-Pierre Thuillat est poète et dirige la revue Friches.

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Nous aimions la lenteur des feuilles
qui ne poussent que quand les hommes
ont le dos tourné et s’affairent
à leurs vraies tâches dérisoires.

Nous allions guetter sur les arbres
dans le printemps qui se dandine
la façon dont grandit le monde
et comment le vert vient au jour.

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Ce visage qui se dessine
au fond du puits
si pâle encore sur le miroir que le contour
en demeure aussi flou que celui du Suaire

la nuit seule saura en préciser les traits
et lui donner cette aura de lumière
d’autant mieux définie que le noir

se fera plus profond par-dessus ton épaule
en étirant son ombre au bord de la margelle
jusqu’à dissoudre le cri des pierres.

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Dans la vitre aucune ombre
hormis celle de ce corps de femme
aux contours dessinés d’une simple caresse

mais que tu viens rechercher chaque soir
au plus profond de ton désarroi d’homme
alors même que le ciel si limpide

ne suffit plus à dicter un poème
et que la lumière pleut sur toi
avec la cruauté d’une mer déchaînée.

Jean-Pierre Thuillat

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