Voyage autour de ma chambre, de Xavier de Maistre

Couverture chez Flammarion

Le Voyage autour de ma chambre est un classique de l’extrême fin du 18è siècle, écrit entre 1790 et 1794, il est publié en 1795.
Xavier de Maistre (1763-1852) était le jeune frère du comte Joseph de Maistre (1753-1821), homme politique antirévolutionnaire – autrement dit royaliste – philosophe et écrivain très reconnu à son époque (plus que Xavier) et aux œuvres beaucoup plus « sérieuses » que celles de ce jeune frère. Il a malgré tout contribué par son aide à la publication de ce Voyage autour de ma chambre.
Xavier de Maistre a d’abord embrassé une carrière militaire, qu’il a continuée jusqu’en 1816. Royaliste comme son frère, il s’est exilé en Italie, à Turin, durant la Révolution française. Il a ensuite voyagé en Suisse, puis en Russie, et ne s’est donc pas contenté de faire le tour de sa chambre !

Petite Présentation de l’éditeur (Quatrième de Couverture) :

Un jeune officier, mis aux arrêts à la suite d’une affaire de duel, voyage autour de sa chambre, ironique explorateur des petits riens, mais aussi tendre et pudique chantre des souvenirs qui surgissent au gré de sa pérégrinante rêverie. Entre la légèreté du XVIIIè siècle aristocratique et galant et le traumatisme de la Révolution, la fantaisie paradoxale de Xavier de Maistre balance savamment, tempérant les nostalgies de l’exil d’un humour tout droit venu de Sterne. On n’a jamais été solitaire et enfermé avec tant d’esprit. Odyssée comique, le Voyage autour de ma chambre s’impose comme un classique, à revisiter d’urgence, de ce tournant de siècle qui vit naître le monde moderne.

Mon humble Avis :

Ce petit livre en quarante-deux chapitres de deux ou trois pages chacun, est un mélange délicat d’humour et de légère mélancolie. L’auteur nous fait voyager, durant ces quarante-deux jours, de son lit à ses différents sièges et fauteuils, jusqu’à son bureau puis à sa bibliothèque, en passant par les gravures décorant successivement tel ou tel mur. Bien sûr, ces tableaux et cette bibliothèque font l’objet de développements un peu plus étoffés que les fauteuils, encore que certains accidents puissent se produire en cours de route comme dans tout véritable périple digne de ce nom.
Ce « voyage » est surtout l’occasion pour Xavier de Maistre de partager avec nous ses pensées sur des sujets variés, avec l’art du coq-à-l’âne et de l’imprévu, par exemple ses points de vue très ironiques sur le duel, sur la coquetterie des femmes, sur les mérites comparés de la musique ou de la peinture, ou encore sur la dualité entre l’âme et le corps (qu’il appelle « la bête »). Ces avis paraissent généralement amusants mais aussi très pertinents, et peuvent nous inciter à la réflexion.
Ce fut en tout cas une lecture très agréable, et bien adaptée à notre actuelle période de confinement !

Un Extrait page 43
(Début du chapitre II)

Je pourrais commencer l’éloge de mon voyage par dire qu’il ne m’a rien coûté ; cet article mérite attention. Le voilà d’abord prôné, fêté par les gens d’une fortune médiocre ; il est une autre classe d’hommes auprès de laquelle il est encore plus sûr d’un heureux succès, par cette même raison qu’il ne coûte rien. – Auprès de qui donc ? Eh quoi ! Vous le demandez ? C’est auprès des gens riches. D’ailleurs de quelle ressource cette manière de voyager n’est-elle pas pour les malades ? Ils n’auront point à craindre l’intempérie de l’air et des saisons. – Pour les poltrons, ils seront à l’abri des voleurs ; ils ne rencontreront ni précipices ni fondrières. Des milliers de personnes qui avant moi n’avaient point osé, d’autres qui n’avaient pu, d’autres enfin qui n’avaient pas songé à voyager, vont s’y résoudre à mon exemple. L’être le plus indolent hésiterait-il à se mettre en route avec moi pour se procurer un plaisir qui ne lui coûtera ni peine ni argent ? – Courage donc, partons.(…)

Une petite fantaisie rimée d’Alphonse Allais (1854 – 1905)

Ce poème intitulé « Rimes riches à l’œil » s’amuse à faire rimer des mots dont les dernières lettres sont semblables mais ne se prononcent pas du tout de la même manière (Shakespeare/ Baléares) : ce sont donc bien des rimes riches pour l’œil mais pas pour l’oreille.
Je vois ce poème surtout comme un petit divertissement, un jeu sur les mots, et je ne pense pas que l’auteur avait l’ambition de nous émouvoir.

Alphonse Allais (1854 – 1905) est un journaliste, écrivain et humoriste français, spécialiste de l’humour décalé et de l’absurde. Il fut également inventeur(Source : Wikipedia)


Rimes riches à l’œil

L’homme insulté‚ qui se retient
Est, à coup sûr, doux et patient.
Par contre, l’homme à l’humeur aigre
Gifle celui qui le dénigre.
Moi, je n’agis qu’à bon escient :
Mais, gare aux fâcheux qui me scient !
Qu’ils soient de Château-l’Abbaye
Ou nés à Saint-Germain-en-Laye,
Je les rejoins d’où qu’ils émanent,
Car mon courroux est permanent.
Ces gens qui se croient des Shakespeares
Ou rois des îles Baléares !
Qui, tels des condors, se soulèvent !
Mieux vaut le moindre engoulevent.
Par le diable, sans être un aigle,
Je vois clair et ne suis pas bigle.
Fi des idiots qui balbutient !
Gloire au savant qui m’entretient !

Je veux me divertir de Pierre Michon

michon_watteauCe petit livre est une sorte de fantaisie autour de la vie et de la personnalité du peintre Watteau. L’histoire se passe donc au 18è siècle : le narrateur est un prêtre que Watteau aborde un jour en lui demandant de servir de modèle pour l’un de ses tableaux (le célèbre Pierrot), ce qui marque le début d’une amitié entre les deux hommes.
Watteau est présenté, tout au long de cette nouvelle, comme un personnage assez inconsistant, essentiellement préoccupé par les femmes et par l’argent, et terriblement vaniteux – j’ignore tout à fait si ce portrait est fidèle à la vérité historique et si Pierre Michon s’est vraiment documenté sur Watteau mais en tout cas je n’ai pas été convaincue et j’ai eu franchement des doutes sur ce portrait qui m’a paru à la fois trop flou, trop superficiel, et surtout trop simple … Je n’ai pas eu l’impression non plus d’être transportée au 18è siècle car, malgré l’abondance de perruques et de falbalas, on ne perd jamais de vue que ce livre a été écrit par un homme de notre époque.
Il y a une scène très énigmatique vers la moitié du livre (j’ai cru comprendre que c’était une scène de viol mais ce n’est pas clair du tout) dont j’ai pensé pendant un bon moment qu’elle allait donner plus d’épaisseur à cette histoire et qu’elle allait révéler des aspects plus sombres dans le caractère de Watteau, mais en fait pas du tout : l’énigme n’est jamais éclaircie, rien de particulier ne se passe, et le lecteur reste sur sa faim.
Les réflexions sur la peinture ne m’ont pas convaincue non plus car ce ne sont pas celles de Watteau mais celles de Pierre Michon, là encore sur l’art de Watteau on n’apprend rien sinon qu’il travaille par « petites touches », ce qui est plutôt limité, et ne révèle pas un grand intérêt pour la peinture de la part de l’auteur.
Reste le style de Pierre Michon, qui est, comme toujours, très bien ciselé et ne peut susciter que l’admiration, mais je n’ai pas trouvé, ici, que le style réussissait à rendre ce livre suffisamment intéressant pour être conseillé à la lecture.
Déception, donc.
Dommage, car j’aurais aimé commencer 2014 sur une note plus enthousiasmante – ce sera sans doute le cas pour mes prochains articles !