Eté, un poème de Nakahara Chûya

Nakahara Chûya est un poète japonais né en 1907, mort à trente ans en 1937, que l’on a parfois surnommé « le Rimbaud japonais ».
Ses poèmes sont disponibles chez Picquier poche (cf. l’image ci contre) dans une traduction d’Yves-Marie Allioux.
Comme ce poète me plait bien, je publierai certainement d’autres de ses poèmes : à suivre, donc !

 

Eté

Moi sur ma table,
Je n’avais rien d’autre qu’un stylo de l’encre du papier
quadrillé,
Et chaque jour que dieu faisait, sans fin, m’y tenais coi.

Mais attendez, en plus il y avait aussi des allumettes des
cigarettes,
Et un buvard ou des petites choses comme ça.
Mais que dis-je, parfois encore apportant une bière,
Il m’arrivait de la boire.

Dehors les cigales chantaient à qui mieux mieux.
Et les vents, du moins les vents frais d’être passés sur les
rochers
fréquemment soufflaient.
Sans pensée, sans journées ni sans mois le temps passait,

Quand un beau matin, je me retrouvai mort.
Et le peu de choses disposées sur ma table,
Pour finir en un clin d’oeil furent débarrassées par la bonne.
– Mon dieu quel soulagement. Mon dieu quel soulagement.

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Quelques uns de mes derniers haïkus

Puisque la rentrée approche et que le temps semble vouloir se mettre à la morosité, je vous propose quelques haïkus écrits pendant l’été, pour prolonger un peu les beaux jours et le farniente !

***
La petite fille
pointe du doigt
l’éphémère

***

Papillon frôlé
– poudre d’argent
au bout du doigt.

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Face à face
avec la rose
qui me tient tête.

***

Tournesols coupés
ne suivent plus le soleil
– torticolis.

***

Aires de repos
où les aoûtiens croisent
les aoûtats.

***

Ecraser
un moustique repu
– coup de sang.

***

Derrière un portail
aboiements plaintifs
– dénonçant l’absence.

***

En sandales
entre les flaques
– glissades d’été.

***

Pigeons de Paris
marcheurs tranquilles – passants
parmi les passants.

***

Vertus du miel
– les abeilles n’ont pas
mal à la gorge.