Une immense sensation de calme de Laurine Roux

Note pratique sur le livre :

Genre : Premier roman
Editeur : Folio (et éditions du Sonneur)
Nombre de pages : 131

Note sur l’écrivaine

Laurine Roux, née en 1978, est professeure de Lettres modernes dans les Hautes-Alpes et écrivaine. Son premier roman, « Une immense sensation de calme », a été récompensé par le Prix SGDL Révélation 2018. Elle écrit également des nouvelles et de la poésie. Le prix international de la nouvelle George-Sand lui a été remis en 2012. (Source : éditeur)

Quatrième de Couverture :

 » Cela dure un instant ou de longues minutes, je ne saurais le dire. Le regard d’Igor abolit mon être. Partout dans mon corps mille particules soulèvent mes membres, et c’est à la fois de la peur et de la glace, du miel et de la lavande. « 

Au cœur d’une étendue enneigée, une jeune fille rencontre Igor, un être aussi étrange que magnétique. Presque sans échanger un mot, elle va le suivre à travers une nature souveraine et hostile, portée par ce que la jeunesse a d’insolence. Mais plus elle semble proche d’Igor, plus le mystère qui l’entoure s’épaissit. Jusqu’à ce qu’une tempête les précipite tous deux dans la tourmente, révélant les légendes et les souvenirs de ceux qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Mon humble avis :

Je suis passée par plusieurs phases au cours de la lecture de ce roman. D’abord un agacement étonné puis un certain plaisir puis, de nouveau, un léger agacement teinté de lassitude et, enfin, de la sérénité pour clore les tout derniers chapitres.
Il m’a semblé que l’autrice essayait de mélanger en une seule histoire des éléments disparates qui ne s’articulent pas très bien entre eux : du fantastique, des éléments de « fantasy », un côté plus vraisemblable qui pourrait nous rattacher à une réalité historique mal déterminée et fantasmée (folklore russe, siècles antérieurs à l’ère industrielle), et puis des références aux migrants, au racisme et à une situation politique dont on pourrait entendre parler dans nos actualités françaises et européennes les plus contemporaines, etc.
Il m’a semblé que cette hybridation des genres ne réussissait pas à me convaincre et, finalement, ce sont les pages les plus teintées de fantastique et les moins réalistes qui m’ont le plus plu.
Sur la forme et dans ses détails, je n’ai rien de particulier à reprocher à ce livre : l’écriture est très agréable, les descriptions sont évocatrices, les éléments d’ambiance bien imaginés et l’histoire parait correctement ficelée.
Mais je ne suis pas vraiment rentrée dedans, j’ai ressenti assez peu d’émotion, et je crois que l’autrice veut nous dépeindre un univers qui, simplement, est trop éloigné de ma vision du monde et ne me « parle » pas trop.
Probablement, le manque de consistance des personnages est pour beaucoup dans mon jugement. Ils ont des corps, des corps très présents et longuement décrits, des corps qui présentent beaucoup de réactions physiologiques variées, mais quasiment pas d’esprit (ne pensent pas, ne parlent pas, se contentent de grogner ou de dire « c’est bien ! »).
Un livre qui a certaines qualités intéressantes mais qui n’est pas franchement mon genre…

Un Extrait page 48

La première fois que Pavel m’avait conduite au lac, je n’étais pas encore rompue aux vertus de la patience, j’avais abandonné après quelques heures infructueuses. Je m’étais levée, avais jeté le fil par terre et arpenté la glace tel un frelon contrarié. Pavel avait souri et posé sa main sur mon épaule. Il m’avait demandé si je comptais me comporter comme un poisson toute ma vie. Je n’avais pas compris le sens de sa question. Je n’avais plus envie de faire d’effort. N’en faisais-je pas assez ? Ne pouvait-on me laisser un peu de répit ? Mes nerfs étaient aussi tendus qu’une corde de balalaïka. Je m’étais alors réfugiée dans le bois et avais commencé à pleurer. J’aurais tout donné pour une soupe aux haricots noirs de Baba. Son souvenir avait jailli en larmes sitôt immobilisées par le froid. J’étais restée là, accroupie contre un arbre, jusqu’à ce que ma colère, ma tristesse et ma solitude deviennent trois stalactites que l’on aurait pu casser du bout du doigt. Puis la morsure du vent m’avait contrainte à me lever. Pavel n’était pas venu me chercher. Le soleil avait décliné en oeuf au plat sur la colline. J’étais retournée au trou de pêche. La tristesse, la colère et la solitude n’étaient plus que trois petits bouts de glaçons au fond de mon ventre. J’allais mieux.