Les Ronces de Cécile Coulon


Ce recueil de poèmes, Les Ronces de Cécile Coulon, remporte un succès inespéré pour un recueil de poésie. Il a aussi remporté le Prix Apollinaire et le Prix Révélation de la Poésie de la SGDL. Devant un tel phénomène, j’ai eu envie de me rendre compte par moi-même si c’était compréhensible ou justifié.
Je n’ai pas été très enthousiasmée – pas dégoûtée non plus -, la langue est assez plate et les effets rythmiques sont obtenus par des répétitions un peu fastidieuses qui marquent une influence certaine de Prévert.
Beaucoup de ces poèmes sont trop longs, et je décrochais au bout de deux pages, mon intérêt se délitant au fur et à mesure.
Mais je reconnais qu’il y a parfois de jolies idées, et une émotion qui transparait, ce qui est l’essentiel.
Je comprends que ce recueil puisse plaire et émouvoir, grâce à des thèmes de la vie quotidienne et amoureuse qui concernent le plus grand nombre.
Si ce recueil réussit à amener vers la poésie contemporaine des lecteurs qui en sont éloignés, c’est parfait, et il n’y a pas à faire la fine bouche.

Cécile Coulon est née en 1990 en Auvergne, à Clermont-Ferrand, ville qu’elle habite, et qui l’habite encore aujourd’hui. Elle a commis de nombreux romans aux éditions Viviane Hamy, dont le roi n’a pas sommeil, prix France Culture / Nouvel Observateur et Trois saisons d’orage, prix des Libraires. Les Ronces est son premier recueil de poèmes. (Note de l’éditeur)

Je vous donne à lire un des poèmes les plus courts du recueil, page 26, qui est aussi l’un de mes préférés.

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Interlude

Ce visage endormi que tes yeux éclaboussent
de ce bleu si profond où la nuit
je ramasse
ce qu’il faut de trajets de tes lèvres
à ma bouche
pour pouvoir le matin s’arrêter
se suspendre au bord
du temps qui passe
comme deux grands oiseaux
alourdis par la pluie
font sécher au soleil
leurs plumes d’oreillers

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Les Ronces est un recueil paru en 2018 chez les éditions Le Castor Astral.

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Quelques poèmes contemporains parus au Castor Astral

Ce-qui-est-ecrit-Castor_AstralJ’ai trouvé ces poèmes dans l’anthologie Ce qui est écrit change à chaque instant, parue en 2015 chez l’éditeur Le Castor Astral, et qui réunit « quarante ans d’édition / 101 poètes », qui ont tous en commun d’avoir publié au moins un livre chez cet éditeur.
On y trouvera des poètes aussi différents que Daniel Biga, Guy Goffette, Jacques Roubaud, ou Tomas Tranströmer …

J’aurai l’occasion de reparler de cette anthologie puisque je compte y puiser encore quelques autres poèmes.
C’est une anthologie qu’on lit et relit avec plaisir, et en y trouvant toujours matière à étonnement.

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Puzzle

Combien de vies dans une vie ?
C’est comme demander combien de pièces
dans un puzzle, dit-il. L’un en compte douze,
l’autre douze fois plus, il en faudra mille ici,
là quarante. Et chemin faisant,
on comprend que chacun aura
très exactement le temps
de compléter le sien, et que le nombre
de pièces n’aura rien signifié,
et que le temps lui-même,
cent ans, dix secondes, n’aura jamais été
qu’un instant,
une fabuleuse fraction
d’éternité.

Francis Dannemark

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Je suis probablement un homme mauvais.

Grinçant de haine quand ma salive malade coule de mes lèvres, là, sur ma poitrine.

Demandez-moi d’être heureux et me voici lamentable et quelconque, vie ne se vaut qu’en lambeaux épars sur un mur lépreux.

Enfant, j’aimais l’intimité des bas noirs, il m’en reste une attirance envers ce qui brûle, ce qui exalte, ce qui fuit, hélas.

A pleine bouche je mords de rage, puis solitaire, toujours vers l’ombre, m’enfuis.

J’ai peur. Je pleure. Ah, trop sensible suis.

Franck Venaille

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L’amour a commencé bien avant nous. D’étage en étage, il glisse le long des nues
scintille sur la goutte qui lentement se forme au bout de la branche, puis roule au creux de nos mains.
L’amour vient d’en-haut. Il est tout ce qui tombe, tout ce qui plie ou descend.
Le cœur va vers le haut. Il monte comme la flamme. Il aspire vers le haut pour le rejoindre à mi-chemin.

L’amour est simple. Il dort dans les replis de nos travaux. Entre nos gestes, entre nos pensées hésitantes, il emplit tous les vides que nous laissons.
Il somnole sur les étagères. Dans le désordre immobile d’une après-midi silencieuse. Plus léger, plus libre et plus insaisissable que les brefs éveils qui parfois nous traversent et font gémir nos chairs.

Philippe Mac Leod

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