Vie et Mort en quatre rimes, d’Amos Oz

Le grand écrivain israélien Amos Oz (1939-2018) étant mort très récemment, ma librairie de quartier a mis ses livres sur un présentoir bien en évidence au milieu de la boutique, ce qui a été pour moi l’occasion de m’y intéresser. C’est sans doute dommage d’attendre la mort d’un auteur pour lire ses livres, mais c’est souvent le déclic nécessaire …
J’ai donc acheté, un peu au hasard, ce livre parmi plusieurs autres du même auteur : Vie et Mort en quatre rimes – un titre énigmatique et attrayant pour qui aime la poésie.
Je l’ai lu en Folio et il était paru chez Gallimard en 2008.

Ce livre raconte l’histoire d’un grand écrivain qui est convié dans un Centre Culturel à une soirée littéraire en son honneur. Un spécialiste de la littérature fait d’abord un exposé analytique sur son oeuvre puis une jeune femme – jolie mais pas séduisante – en lit des extraits et enfin le public est invité à poser des questions à l’auteur.
Pendant toute la soirée l’écrivain s’ennuie et il laisse vagabonder son imagination sur les différentes personnes qui l’entourent, leur inventant un nom, un passé, des amours, des desseins plus ou moins inavouables, des goûts particuliers, et il se raconte leurs histoires, se mêlant parfois lui-même à ces fantasmes divertissants et entrecroisant les aventures des uns et des autres.

Pour ma part, j’aime bien les romans qui parlent de romanciers en train d’inventer des histoires, ce genre de mise en abyme n’est pas pour me déplaire et, ici, c’est fait avec beaucoup d’intelligence et ça fonctionne très bien, suscitant des questions sur la création littéraire en général et sur l’oeuvre d’Amos Oz en particulier – ça donne d’ailleurs très envie de se plonger dans d’autres de ses livres pour en apprendre davantage.
J’ai parfois eu un petit peu de mal à m’y retrouver dans l’identité de certains personnages – ce n’est pas qu’ils soient si nombreux mais ils ont tendance à disparaître puis à réapparaître quand on les a oubliés – mais heureusement un petit lexique m’a rafraîchi la mémoire en fin d’ouvrage.
J’ai beaucoup aimé la variété des sujets abordés, de la politique à l’érotisme en passant même par des réflexions bibliques sur Caïn et Abel, qui paraissent chaque fois pertinents et intéressants.
Par ailleurs l’écriture est tout à fait belle, l’ironie affleure très souvent, et les descriptions sont superbes.
Un livre excellent, qui sous des airs de divertissement fantaisiste aborde des réflexions profondes.

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L’esprit du Haïku, de Terada Torahiko


J’ai acheté ce petit livre à l’occasion d’une récente promenade au rayon poésie de la librairie Gibert à Paris, et son titre L’esprit du Haïku a tout de suite attiré mon attention, comme vous pouvez l’imaginer.
Il s’agit ici d’un essai, d’une réflexion sur l’aspect typiquement japonais de cette forme de poésie qui concentre dans ses trois vers de dix-sept syllabes toute la pensée nippone : son rapport à la nature, sa philosophie, ses interactions entre objectivité et subjectivité, son sens de l’impermanence, la structure et la musicalité de sa langue, son émotion toute particulière face au cycle des saisons et à des expressions comme « fine pluie de printemps » ou « tempête d’automne », etc.
Aux yeux de Terada Torahiko, qui écrit cet essai vers le milieu des années 1930, à une époque où le Japon commençait à être très nationaliste, le haïku ne saurait être composé que par des poètes japonais et aucun occidental n’est capable d’y comprendre quoi que ce soit.
Cet essai – qui a le mérite d’être d’une grande clarté et de nous expliquer de manière concise l’esthétique subtile du haïku – est suivi d’un bref texte de souvenirs : Retour sur les années avec le maître Sôseki.
Terada Torahiko (1878 – 1935) était en effet un disciple du grand écrivain et auteur de haïkus Natsumé Sôseki (1867-1916) qui lui a enseigné la poésie et a formé sa sensibilité et son goût.
Ces pages constituent à la fois un portrait très vivant et très sympathique de Sôseki, et nous donnent aussi une idée des relations de respectueuse complicité et de dépendance qui unissaient alors le maître spirituel et ses disciples. Ainsi, Terada se présente comme volontiers envahissant avec son maître, désireux d’avoir l’exclusivité de sa présence et de son enseignement, tandis que Sôseki essaye de se dérober poliment et maintient toujours un peu de détachement et d’ironie.

Un livre que j’ai pris beaucoup d’intérêt et de plaisir à lire !

L’esprit du haïku est paru chez Philippe Picquier en août 2018, dans une traduction d’Olivier Birmann et de Hiroki Toura.

En voici un extrait page 44 :

Considéré dans son processus, l’apprentissage du haïku exige d’abord un affinement du sens de l’observation de la nature. Une fois que l’on se met à composer des haïkus, les beautés de la nature dont on ne s’était jusque-là absolument pas aperçu semblent comme surgir d’un seul coup de l’obscurité et se déployer sous nos yeux. Au point de se demander comment il a été possible de ne pas les avoir vues jusque-là. C’est là le premier stade de cette pratique.

Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov


Depuis plusieurs années j’avais envie de lire ce roman fantastique, le chef d’oeuvre de Boulgakov et l’un des grands classiques de la littérature russe du 20è siècle, et je sentais que c’était le bon moment pour m’y atteler.
Il y a tant de personnages secondaires et l’histoire est si complexe que je renonce à vous la raconter. Mais je préciserai en tout cas qu’on arrive très bien à suivre et que les moments de flottements à propos de tel ou tel personnage qu’on n’arrive plus à situer, sont assez vite dissipés par l’auteur, qui nous rafraîchit la mémoire.
L’action se situe à Moscou pendant la terreur stalinienne des années 30 : arrestations, internements en psychiatrie, interrogatoires et enquêtes émaillent le roman, mais prennent une dimension au-delà de la réalité politique et historique de l’époque, par l’introduction de personnages et de phénomènes surnaturels – le diable et ses trois acolytes aux pouvoirs magiques, qui sèment le désordre et la panique dans la ville.
Le maître est un écrivain, auteur d’un roman sur Ponce Pilate, qui se retrouve en asile psychiatrique et sa maîtresse, Marguerite, passe un pacte avec le diable dans le seul but de le rejoindre, ce qui la transforme en sorcière et lui permet de vivre plusieurs aventures étranges, dont un grand bal chez Satan.
Il m’est arrivé pendant ma lecture de rechercher des significations cachées : par exemple j’ai cherché un rapport entre la lâcheté de Ponce Pilate et celle des écrivains à la botte du pouvoir, mais rien de très clair ne se dégage.
Il y a en tout cas un sens du grotesque et un humour très caustique qui rendent ce roman très jubilatoire.
J’ai aimé aussi l’imagination débordante de l’auteur à travers ces aventures qui nous tiennent en haleine sans temps mort durant plus de cinq cents pages, qui ne cessent de nous surprendre et de nous enchanter.
Une lecture marquante et remarquable !

La nuit de l’oracle de Paul Auster

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Ecrivain : Paul Auster
Titre du Livre : La Nuit de l’Oracle
Editeur : Actes Sud
Genre : Roman
Année de publication : 2003

Le début de l’Histoire :

Un écrivain, Sid Orr (Sid est le diminutif de Sidney) se remet progressivement d’une très grave maladie pendant laquelle il a failli mourir. Sa femme, Grace, assure seule la subsistance du ménage car Sid n’est pas encore capable de se remettre à écrire. Il fait des promenades chaque jour dans New York, de plus en plus longues au fur et à mesure que sa santé s’améliore. Jusqu’au jour où il découvre, dans un quartier avoisinant, une papèterie particulièrement bien fournie : Le Paper Palace, tenu par un chinois, un certain M.R. Chang avec qui Sid Orr se lie d’amitié. Il achète dans cette papèterie un carnet bleu fabriqué au Portugal, dans lequel il sent qu’il pourrait se remettre enfin à écrire. Il faut dire qu’un ami à lui, John Trause, lui a suggéré un thème de roman, inspiré d’un épisode du Faucon Maltais, qui pourrait être développé. Sid Orr, une fois rentré chez lui, s’enferme dans son bureau et commence à écrire l’histoire de Nick Bowen, un éditeur, qui va bientôt recevoir le manuscrit de l’écrivain Sylvia Maxwell : La Nuit de l’oracle. (…)

Mon avis :

Ce roman, selon une recette habituelle chez Paul Auster, accumule les fameuses « mises en abyme » puisqu’on se retrouve plusieurs fois avec un « roman dans le roman », le tout gravitant dans le monde des éditeurs et des écrivains.
Pendant toute la lecture, j’ai été fortement incommodée par l’accumulation de notes en bas de page, qui font décrocher de l’histoire principale pour se perdre dans des détails annexes qui n’ont pas vraiment d’utilité.
Il m’a semblé que ce livre, avec ses imbrications de sous-épisodes, ses ruptures, ses notes en bas de page, imposait une construction certainement intéressante sur le principe, mais un peu trop factice et décousue à mon goût.
Le « roman dans le roman », qui n’était pas inintéressant, s’interrompt au moment le plus palpitant et ne sera jamais repris : on apprendra juste, plus tard, que Sid Orr aurait fait platement mourir son héros.
D’autres péripéties du roman sont ainsi avortées, sans qu’on discerne à quoi elles pouvaient servir, sinon à compliquer l’histoire et à plonger le lecteur dans une certaine confusion.
Finalement, si on ne garde que la trame principale de l’histoire, il reste une histoire de couple et d’adultère assez classique, je n’ose dire banale, suivie d’un fait divers dramatique, accompli par un jeune punk drogué, présenté comme un monstre.

J’ai lu dans Wikipédia que, dans ce livre, Paul Auster engageait « une réflexion sur la création littéraire ». Mais, s’il s’agit seulement de dire que les romans s’inspirent de la réalité, et que la réalité est également influencée par les livres, c’est une chose que nous savions déjà et la réflexion aurait pu être plus poussée, ou plus détaillée, ou plus poétique.

La nuit de l’oracle aura été pour moi une assez grande déception.