Joseph Karma de Denis Hamel

Couverture chez Petit Pavé

Mon ami le poète et écrivain Denis Hamel vient de faire paraître, en avril 2022, un roman « Joseph Karma » aux éditions du Petit Pavé, dans la collection « Derrière les pages du Semainier », dirigée par le poète Jean Hourlier.
Il s’agit d’un récit autofictif, où l’écrivain nous invite à suivre le parcours mouvementé d’un poète en quête d’un hypothétique mieux-être. Cet homme, fonctionnaire de son état, peine à trouver sa place dans le monde amoureux, social, spirituel, intellectuel, mais il poursuit son chemin avec un courage assez surprenant et avec un humour distancié, qui vise juste.

Quatrième de Couverture

Joseph Karma est un récit autobiographique en partie fictionnel. Le narrateur y conte les déboires, déconvenues, désillusions du personnage éponyme, un anti-héros, double de l’auteur Denis Hamel. Au fil d’une chronique de l’échec sans larmoiements ou apitoiement sur soi-même, le lecteur est invité à suivre en observateur impliqué la dérive d’un fantôme de nulle part perdu dans le champ de bataille de l’existence.
Le récit – en un contraste éclatant avec le thème de l’échec – est une si incontestable réussite qu’on ne sait ce qu’il faut admirer le plus : l’acuité critique du regard posé sur la comédie sociale, le pied de nez assumé aux recettes conventionnelles du succès et leur démythification ; la poésie urbaine et ses croquis inoubliables (le portrait du clochard, par exemple, nouveau Diogène) ; la vivacité et le dépouillement de la narration ; la capacité d’auto-analyse et d’auto-dérision sérieuse du narrateur ; la solidité et la profondeur d’une réflexion s’insurgeant tranquillement contre diverses entreprises de déshumanisation (notamment dans le champ de l’art).
Un entretien sur la poésie fait suite au récit. L’un et l’autre sont marqués au même coin de l’exigence, et de l’aspiration sobrement ardente à un plus grand raffinement esthétique et moral.

J. H.

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Avis et Critiques :

Comme je suis personnellement impliquée dans ce roman, en tant qu’amie de l’auteur et illustratrice, je préfère laisser la parole à d’autres critiques et chroniqueurs.

Je vous invite à lire l’article de Frédéric Perrot du blog « Bel de Mai » à propos de « Joseph Karma » en suivant ce lien.

Un autre article a été écrit sur le site Sitaudis par Christophe Stolowicki et vous pouvez le consulter ici.

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Un Extrait page 36

Quelques temps plus tard, alors qu’il se promenait près du Luxembourg, en revenant de son travail, Karma fut attiré par une affiche promouvant des conférences données par une nonne bouddhiste et destinées à améliorer son existence, dans le respect de l’éthique proposée par la voie du mahayana, ou bouddhisme du grand véhicule. Il avait lu plusieurs ouvrages sur le sujet et pensa que ce serait une bonne chose d’entendre de vive voix les conseils d’une personne expérimentée. La première conférence l’enthousiasma. Cela se déroulait dans un local polyvalent, près de la gare Montparnasse. On enlevait ses chaussures à l’entrée, ce qui provoquait des exhalaisons assez désagréables, mais que la lourde odeur d’encens qui régnait dans la salle faisait vite oublier. La nonne Guen Loma était une jeune femme anglaise d’une trentaine d’années, vêtue de la toge orange traditionnelle et le crâne rasé, parlant un français impeccable. (…)

Un autre Extrait, pages 43-44

Sa poésie [celle de Joseph Karma], plutôt classique, était en contradiction totale avec les canons de la plupart des éditeurs et revues subventionnés, qui privilégiaient un formalisme basé sur la primauté du signifiant et dénigraient les notions d’émotion et d’expérience vécue, dans la lignée des objectivistes américains et de la poésie conceptuelle […] Sur certains sites de critiques d’avant-garde, l’adjectif « lyrique » était employé comme une insulte, synonyme de petit-bourgeois. Tout cela déplaisait souverainement à Karma et lui paraissait ne pouvoir donner naissance qu’à des œuvres mort-nées et déshumanisées, créées mécaniquement d’après des lois rigides alors que lui voulait encore croire aux vieux concepts d’inspiration, de maturation et de nécessité, si décriés et raillés par les auteurs en vogue.

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Ce livre parle de poésie et retrace le cheminement d’un écrivain, il s’inscrit donc très bien dans le « Printemps des artistes ».

Logo du Défi, créé par Goran

Deux Poèmes de Denis Hamel

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur la Maladie Psychique d’octobre 2021, je vous propose la lecture de ces deux beaux poèmes de mon ami le poète Denis Hamel.
Ces deux poèmes sont extraits de son recueil Le Festin de fumée, paru en 2016 chez les Editions du Petit Pavé, dans la collection du Semainier.

Note sur le Poète :

Denis Hamel est né en 1973. Il vit et travaille à Paris.
Il lit de la poésie depuis 1995, en écrit depuis 1999 et en publie (peu) en revue depuis 2002.
Ni avant-gardiste ( Charybde) ni anti-moderne (Scylla), il cherche une clairière dans la forêt de l’écriture.
(Source : éditeur)

Solian

mon amour est terni
comme ces vieux couverts
en argent qu’on oublie
dans les meubles sévères

de la maison d’enfance
des spectres de chiffons
comme en chiens de faïence
rêvent de puits sans fond

menant de salle en faille
bleue, les soupirs du bois
qui vieillit et travaille
comme un être aux abois

disent les mots du temps
au givre des fenêtres
oh pensée du printemps
je ne me sens plus être

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capitalisme et psychose

des nuées d’oiseaux noirs
montent derrière mes yeux
au loin les bâtiments
les blocs utilitaires

entourés de nature
et de fleurs anhistoriques
l’école, la caserne, l’usine
et l’asile entrent dans le couchant

j’ai pris des psychotropes
et marche péniblement
dans les rues de mon enfance
les habitats mortuaires

décorés de guirlandes
invitent à l’immobilité
face au pouvoir de la matière
dans le pays des araignées

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Un Dossier en ligne sur le poète Denis Hamel

La revue POETISTHME animée par l’écrivain et poète Loan DIAZ vient de consacrer un dossier spécial à mon ami le poète Denis HAMEL (né en 1973), dans lequel vous trouverez une très instructive interview, une note biographique, un manifeste artistique et littéraire, des textes de réflexion, de même qu’un bon nombre de poèmes inédits, écrits à des époques plus ou moins récentes, et qui donnent une bonne idée de l’évolution stylistique de ce poète depuis le début des années 2000.

Voici un des poèmes que vous pourrez découvrir à travers ces pages :

5.

des piles de livres attendent
à côté de la fenêtre une
expérience dommageable
à l’ennui des bêtes à carapace

comme toi et moi l’ami qui
connaît si bien le texte primitif
et toutes les créatures
de ce bas monde et de l’autre

tu cherches à mettre au point
la machine à chicaner sur
les bonnes œuvres du clergé
qui avance dans la nuit

cette nuit de libellule
sur le lac cristallin de ton espoir
comme l’autre qui marche
à la surface des flots d’ordure

Cliquez sur ce lien pour accéder au dossier

L’Anthologie Mot à Maux numéro 9

Je ne connaissais pas la revue Mot à maux, dirigée par Daniel Brochard, avant que mon ami le poète Denis Hamel m’en parle et me prête le numéro 9, qui vient de sortir il y a quelques jours.
Ce numéro spécial réunit des poèmes inédits de 18 poètes publiés habituellement chez l’éditeur indépendant du Petit Pavé dans la collection LE SEMAINIER dirigée par le poète Jean HOURLIER. Et on sent effectivement une esthétique commune qui donne une grande cohérence à ce numéro spécial et rend la lecture très agréable.
Beaucoup de ces poèmes m’ont plu, il est difficile d’établir une sélection.
Voici tout de même quelques uns de mes choix, parmi les plus courts.

***

Loire

I

Ce coulis d’air, ce rien de brise d’un glissement suave et lent.
Et cette coulée de fleuve sans colère, ne sait que mouvances et sables et délitement de rives.
Et cette barque perdue au bout des regrets, qui résiste à l’eau, et au vent, et au temps.

François FOLSCHEID

***

bouquet

Vois, dans le vase pansu, l’aucuba, l’oignon rose
l’œillet panaché de violet Vois comme ils frôlent
l’aile même du mystère, loin de ceux qui prônent
le refus de tout ailleurs Vois combien ils sont trône
de beauté Vois ces tiges nues, courbes, droites – drôle
d’assemblage – Là, bientôt, meurent tes idées moroses.

Nicolas GILLE

***

La fenêtre parle

9

Maintenant l’arbre
a mangé la lumière
et la fenêtre fane

Le cadre est écaillé
Les oiseaux sont partis
… ou alors ils se cachent
La vigne a poussé
de longs bras inutiles

(A quoi servent les bras
quand étreindre a disparu ?)

Marie DESMARETZ

***

Coupure

la rose morte

don de dieu ?

la peur d’un enfer pire qu’ici-bas

chaque extrait d’écorce d’arbre

est déjà un poème

la main touche la texture de la fleur

l’homme s’apprête à vivre en silence

dans le grand mystère

Denis HAMEL

***

Pour plus de renseignements sur cette revue, voici la page de Daniel Brochard :
motamaux.hautetfort.com/media/00/01/2627243959.pdf

Et voici le lien vers le blog de la revue Mot à Maux :
http://motamaux.hautetfort.com/

Quelques poèmes extraits de l’Anthologie Emile Blémont 2018

Cette Anthologie de la poésie française 100 ans après Apollinaire a été publiée au début décembre 2018 par La Maison de Poésie- Fondation Emile Blémont, dirigée par le poète Sylvestre Clancier.
Ce recueil réunit 50 poètes aux styles variés, chacun étant représenté par trois poèmes, ce qui offre un panorama représentatif de la poésie actuelle.
Je précise que j’ai eu le privilège de voir trois de mes poèmes figurer dans cette anthologie, ce dont je me réjouis beaucoup.

J’ai sélectionné quelques poèmes à partager ici :

***

Je suis au-delà
de toute contingence
appliquée à vivre
sur la pointe des pieds
sans faire de bruit
j’étais dans un lieu
suspendu dans le temps
j’ai marché sur une vipère
dans l’herbe jaunie
elle s’est enfuie en zigzagant
le long des remparts
la vue surplombait
le bleu roi du fleuve

Valérie Canat de Chizy

***

Verlainien Vers les miens

Le soleil est un revenant
Car il n’était jamais parti
Dans la rue maintenant j’entends
Des cris de collégiens sortis

Or, tout à l’heure j’écoutais
Le vent les bougeait pour de bon
Des feuilles le son discret
L’aria d’un opéra profond

Dont les camions et les voitures
Et les grilles d’emploi du temps
N’avaient dissipé la voix pure
Ne pourraient ternir le brillant

Elles ne parlent pas pour nous
Et n’iront non plus disparaître
Mais je me disais malgré tout
Ces feuilles nous enjoignent d’être

Jean-Luc Despax

***

Fantaisie du dimanche

la rage rougeoyante des peuples se retire
soleil ouvert comme un fruit mûr
dont le sang se mélange à la mer

les rivières entremêlées remontent vers la source
c’est l’endroit qui les a vues naître
par-delà les carapaces de tortues

quatre fillettes dansent au clair de lune
parmi l’horreur des charniers
leurs cheveux se perdent dans les étoiles

alors que les chiens s’entre-égorgent
murmures indéchiffrables tombent
dans la terre comme une semence

Denis Hamel

***

Le Saut

Rien qu’un saut
Et l’on tombe
Du berceau
Dans la tombe,

Mais ce saut,
Fais en sorte
Qu’au plus haut
Il te porte.

Saut de loup ?
Saut de l’ange ?
Vol d’aigle ou
De mésange ?

Ton départ
Peut-il n’être
Qu’un saut par
La fenêtre ?

Jean-Luc Moreau

***

Interview du poète Denis Hamel

Bonjour Denis, tu viens de faire paraître en l’espace d’un an deux recueils de poèmes (Le Festin de Fumée chez Petit Pavé en 2016 et Saturne chez Polder en 2015), peux-tu nous expliquer dans quelles circonstances ces publications ont eu lieu ? Comment définirais-tu la différence de styles entre ces deux recueils ?
D.H. : Les poèmes ont été écrits entre 1999 et 2014. J’ai commencé à envoyer des manuscrits en 2008. Saturne est un long poème alors que Le festin.. est plus éclaté et composite.

D’une manière générale, qu’est-ce qui, selon toi, caractérise ta poésie ?
D.H. : Certainement la mélancolie. « La sagesse ne viendra jamais » dit Debord.

Y a t-il des situations ou des états d’âme qui favorisent ton inspiration plus que d’autres ? As-tu des rituels d’écriture ?
D.H. : Environ 80% des poèmes ont été écrits sur mon lieu de travail. Chez moi, j’aime écouter Morton Feldman pour écrire. Sa musique me stimule.

Peux-tu nous dire comment tu es venu à l’écriture poétique ? Quel est le premier livre de poèmes qui t’a marqué ?
D.H. : J’ai commencé à lire de la poésie en 1995, à en écrire en 1999. Je venais d’avoir le diplôme de l’école de bibliothécaire de l’institut catholique. Les premiers poèmes qui m’ont bouleversé sont peut-être ceux de Trakl, en livre de poche, prêté par un ami que je ne fréquente plus aujourd’hui.

Y a-t-il des livres ou des auteurs – pas forcément de poésie – qui ont influencé ton écriture ?
D.H. : Beckett, Schopenhauer, Michaux, Mallarmé …

Penses-tu qu’il existe des critères objectifs pour juger un poème, ou crois-tu que ce soit instinctif
D.H. : L’ennui est un critère négatif objectif. Il est impossible de croire que l’on s’ennuie et de se tromper. C’est une sensation irréfragable, comme disent les philosophes modernes.

Tu m’as dit quelquefois que tu écrivais plus quand tu étais malheureux que quand tu étais heureux, comment l’expliques-tu ?
D.H. : L’écriture est certainement une forme de résistance au malheur.

Tu es un grand lecteur de philosophie, penses-tu qu’il existe des liens ou des passerelles entre poésie et philosophie ?
D.H. : Certainement, mais ce sont des liens souterrains et inapparents.

As-tu déjà écrit autre chose que de la poésie ?
D.H. : Oui, je travaille depuis 2009 sur un court roman.

Les dadaïstes disaient que l’art était « un produit pharmaceutique pour imbéciles », comment juges-tu cette assertion ?
D.H. : Je trouve cette assertion sans intérêt. Provocation à la petite semaine.

Que penses-tu de ceux qui disent que la poésie n’est qu’un jeu verbal ?
D.H. : Il y a une part de jeu, oui, mais ça va plus loin.

Penses-tu que la poésie dite expérimentale offre des perspectives intéressantes ?
D.H. : Toute la poésie qui m’intéresse pourrait être dite expérimentale.

Comment expliques-tu que la poésie intéresse si peu de lecteurs ? Penses-tu qu’il soit possible d’y remédier ?
D.H. : Lire de la poésie demande du temps et de la patience.

Peux-tu nous parler de tes projets d’écriture ?
D.H. : Mon roman commencé en 2009.

Merci d’avoir bien voulu me répondre.

Le Festin de Fumée, un recueil de Denis Hamel

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Note de Lecture sur Le Festin de Fumée, un recueil de poèmes paru aux éditions du Petit Pavé en été 2016

Le Festin de Fumée est un recueil important pour moi, pas seulement parce que Denis Hamel est mon ami et qu’il a écrit une belle dédicace à mon intention, mais aussi parce que j’ai lu ce recueil plusieurs fois depuis les deux dernières années, et que j’y découvre chaque fois des phrases et des images qui me touchent et que je n’avais pas remarquées plus tôt, ce qui est la marque des livres que l’on aime relire.

Ce recueil, avec son découpage en trois parties, n’est pas un récit chronologique mais un triptyque thématique, présentant le parcours évolutif d’un homme sur plusieurs années.
Dans la première partie, d’une grande mélancolie, l’auteur est en proie à la maladie psychique, à la mélancolie, il prend des psychotropes et se promène dans les rues de son enfance, à la fois calme et résigné. A la fin de la première partie, il est emmené à l’asile en ambulance mais ne se sent ni heureux ni malheureux.
Dans la deuxième partie, le poète traverse une crise violente, où il remet toutes les valeurs en question. Dans ces pages teintées de colère et de révolte, même l’amour est source de rage et d’agressivité, la société et ses fausses valeurs se présentent comme toxiques et menaçantes. Le poète est parfois tenté de faire des bilans de sa vie et se sent oppressé par un sentiment d’échec, si ce n’est de désespérance.
Dans la troisième partie, le poète est toujours tenté par les bilans mais il a dépassé les notions d’échec ou de réussite et semble nourrir des sentiments plus apaisés. Il recherche un chemin vers l’espérance et envisage plusieurs planches de salut, y compris le dieu des croyants et bien qu’il n’y croit pas tellement. Il cherche des choses auxquelles se raccrocher, parmi lesquelles la poésie, sans toutefois s’illusionner excessivement.

Denis Hamel se livre beaucoup à travers ces poèmes, s’examine parfois, fait l’état des lieux de sa situation sociale, psychique, sexuelle, professionnelle, avec une morosité désabusée qui peut paraître lucide.
Les objets qui sont pour lui des voies d’espérance ou des recours sont aussi par moment des voies de découragement et de morosité, comme ces « visages aimés qui perdent peu à peu leur lumière » répondent à « ce visage aimé qui semblait plus vrai que la matière », ou comme la lecture, présentée comme une « planche de salut », alors qu’il était dit plus tôt « le savoir est décevant » et « lire ne suffit pas ». Ce double mouvement vers l’espérance et vers le découragement ne sont pas sans évoquer le très baudelairien « spleen et idéal ».
Une autre chose remarquable dans ce recueil, c’est le mélange de notations très réalistes, parfois même triviales dans de rares moments de révolte, et la présence de visions et de fantasmes très oniriques, tel ce « visage seul à l’air libre » qui apparaît « à l’intérieur de l’arbre » ou encore ce poème nommé Procession dans lequel on suit un sacrifice animal réalisé par un prêtre à face de corbeau. Ce mélange laisse des impressions fortes au lecteur, qui s’inscrivent durablement dans sa mémoire.

Note de lecture sur le recueil Saturne de Denis Hamel

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Notes sur Saturne de Denis Hamel

Saturne de Denis Hamel ressemble beaucoup à un collage, comme si un ensemble de divers poèmes avait été découpé et rabouté dans le désordre, ou plus exactement dans un ordre d’apparente incohérence.
Au sein d’une même strophe, on peut en effet trouver une formule toute faite telle qu’elle apparaîtrait dans un article de journal ou un ouvrage de philosophie, une description d’un lieu réel ou rêvé qui nous permet de visualiser l’environnement du poète, un constat sur son état psychologique, une notation sur ses lectures (« ma tête est dans le monde », et quelques vers plus loin, « mais le monde est dans ma tête »), une sensation musicale ou visuelle, ou encore une réflexion sur la société ou sur le sens de l’existence.
Cet effet de collage donne le sentiment d’avoir une connaissance totale du monde du poète au moment où il écrit : on a une vision à la fois de ses pensées, de ses sensations, de l’endroit où il écrit, de ce qu’il a sous les yeux, des souvenirs qui l’assaillent, etc. mais de manière éclatée et fragmentaire.
Cet effet de collage renforce aussi l’impression d’échos et de correspondances que les vers entretiennent les uns avec les autres, mais également les grincements et les dissonances, et on ne sera pas étonné d’apprendre que Denis Hamel a étudié la musique et qu’il a envisagé la création de Saturne comme une composition musicale.
Un autre effet de cette impression que nous avons affaire à un collage, c’est que Saturne semble pouvoir être lu dans n’importe quel sens – et pas forcément linéaire – dans la mesure où nous retrouvons les mêmes thèmes obsédants d’un bout à l’autre du recueil, revenant de manière cyclique avec des variations et des déclinaisons plus ou moins enrichies. Ainsi, « les mêmes saisons qui se redéploient sans cesse » (p.18) et « la torsion des jours tous identiques comme un chiffon gris celui qu’on jette » se retrouve pratiquement à l’identique page 44 : « peindre le gris sur le gris » et « aux détours mille fois suivis/ la répétition des jours ». De même, la « question de système nerveux central » de la page 29 semble se retrouver sans grand changement dans « cette déclivité nerveuse » de la page 49.
Ces thèmes obsédants, qui nous accompagnent de loin en loin tout au long de ce recueil, et forment comme un arrière-plan de questionnements, ce sont : la répétition monotone des jours, l’opposition et en même temps la ressemblance entre le corps et la machine, la métamorphose et la mutilation, l’opposition et l’interpénétration entre la cité et la nature, l’impression que tout est cyclique et peut-être sans issue, l’appel impuissant d’une spiritualité, le souvenir pas toujours agréable de l’enfance, le besoin de fuir une société oppressante par le vin et la drogue, la solitude, la promenade ou l’errance près d’une voie ferrée, et bien d’autres encore.

De temps en temps, au cours du recueil, le poète éprouve le besoin de se regarder écrivant, comme pour prendre du recul par rapport à l’acte d’écrire, ou bien pour rappeler au lecteur qu’il se trouve bien dans un poème et pas en dehors :
Ainsi page 24 :
« Il est tard maintenant pour la main qui écrit » (noter l’alexandrin au passage).
ou page 39
« les derniers mots raturés à la table/
seul avec les cris d’oiseaux mêlés /
au crissement de la plume »

Au fil de la lecture, certains vers s’imposent plus fortement, un peu comme des formules-chocs ou des slogans (un exemple parmi beaucoup d’autres : « la douleur voluptueuse le plaisir aigre » page 31) , et où le poète semble en même temps vouloir nous renseigner sur ses buts d’écriture, ainsi :
plus rien ne fera sens
la réalité crue ma seule religion ( page 19)
Où l’on peut d’ailleurs s’interroger sur une certaine ironie de l’auteur.

****

Cette note de lecture fait suite à l’article que j’avais consacré à ce recueil au moment de sa parution : il était grand temps que j’en donne un commentaire !

Parution d’un recueil de Denis Hamel chez Polder (n°168)

polder_denis_hamel

J’ai déjà eu le plaisir de publier sur ce blog des poèmes de Denis Hamel, aussi je tiens à vous annoncer qu’il vient de publier un premier recueil, intitulé Saturne, et dont voici la couverture et les premières strophes.

Saturne est paru chez Polder (cf. le site de la revue Décharge pour vous procurer un exemplaire) en novembre 2015.

***

 

mon nouveau domicile nullement
ne dépare n’était mon rachis tortueux
ma chère couleuvre ou la force
brutale de quelques mauvais garçons
les longs cheveux

nouveau mur les points gris piqués
sur la peau cette douleur solidifiée
comme l’écoulement des jours
substance sans étendue dis-tu
ah rosée aube fraîche aurore dans

la symétrie de ses traits point comme
une larme de mort nectar qui sait
forêt ocre lacrymale
ancolie dans l’âme le
n’en pas démordre

rêve dans la clairière hivernale
à petit feu dans l’âme
la dame de jade imagina
les fleurs fanées
gloire du matin

endommagé peut-être il les vivra
sa belle élégie sa belle envie
quel horizon limité quel regret ingrat
et ne nous soumets pas à la tentation
dans la coexistence de plusieurs mondes

(…)

Denis Hamel

***

Parution de Triptyque chez 5 Sens Editions

Triptyque_Bruch_Hamel J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon recueil de poèmes, Triptyque, suivi de Voix Croisées – coécrit avec Denis Hamel.
C’est l’aboutissement de plusieurs années de travail, et donc une grande satisfaction !

Voici le texte de la quatrième de couverture :

Tu rêves de retrousser les jupons en dentelle de la mer

Quand ce monde ne tient que sur des faux-semblants
Pouvons-nous y risquer une parole vraie ?

Ma date de naissance est à moitié morte

Tels sont quelques-uns des vers de Triptyque, livre anthologique réunissant trois recueils écrits entre 2000 et 2015.

Parce que nos émotions sont multiples, bigarrées ou encore en demi-teintes, Marie-Anne Bruch a choisi de les explorer par le biais de diverses formes poétiques (sonnets, vers libres, poèmes en prose) qui se complètent sans se heurter.

Ecrire des sonnets au 21ème siècle, ce n’est pas un anachronisme, encore moins l’effet d’une douteuse nostalgie, mais c’est une manière originale de revivifier notre modernité. De ce recueil de sonnets – intitulé Feue l’étincelle – Bertrand Degott a écrit que “leur désinvolture un peu mélancolique et désabusée fai(sai)t penser à Laforgue.”

Plumes dans le Vide, par l’emploi du vers libre, répond à un désir de concision et de clarté, et explore le thème complexe et souvent déroutant de l’identité. Les Frontières Intérieures tentent de sonder les profondeurs de l’âme, dans une prose pleine de visions et de résonances.

Triptyque est suivi de Voix Croisées, où les voix de Denis Hamel et de Marie-Anne Bruch alternent, dans un subtil jeu d’ombres et de lumières.

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Voici le lien vers le site de l’éditeur :
http://www.5senseditions.ch/catalogue.html#!/Triptyque/p/57271078/category=12720219