Le Printemps des artistes est de retour en 2022 !

Je suis contente de vous annoncer une nouvelle édition du Printemps des Artistes, pour la deuxième année consécutive.
Cette année, il commencera le 1er avril 2022 et finira deux mois plus tard, le 1er juin 2022.

L’occasion est venue pour moi de vous rappeler le principe de ce printemps thématique : il s’agit de lire et de chroniquer un livre où il est question d’un art (musique, peinture, sculpture, architecture, danse, bande dessinée, cinéma, etc.) ou dont le héros est un artiste (musicien, peintre, etc.), que cet artiste ait réellement existé ou qu’il soit un personnage de pure fiction.

Vous pouvez aussi voir et chroniquer un film répondant à cette description !

Vous trouverez sur Babelio sans difficulté des idées de lectures en cherchant « romans sur la peinture », « romans sur la musique », etc. donc je vous laisse chercher ce qui vous convient !

Et n’oubliez pas de me signaler vos articles en commentaires.

Voici le logo du Défi, conçu l’année dernière par Goran avec beaucoup de talent, et que vous pouvez réutiliser sur vos blogs si vous le souhaitez :

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Des arbres à abattre de Thomas Bernhard

couverture chez folio

Ce livre de Thomas Bernhard m’a été offert par mon ami le poète Denis Hamel et j’ai choisi de le chroniquer pour le défi des Feuilles Allemandes de Patrice et Eva du blog « Et si on bouquinait un peu » et de Fabienne du blog « Livr’escapades » en ce mois de novembre 2021.

Thomas Bernhard (1931-1989) est un écrivain et dramaturge autrichien, né aux Pays-Bas, il passe son enfance à Salzbourg auprès de son grand-père pendant toute la période nazie. Il souffre dès son enfance de la grave maladie pulmonaire qui finira par l’emporter. Il étudie la musique et exerce quelques temps le métier de journaliste. Ses premiers romans remportent un grand succès, de même que son théâtre. Très critique, pour ne pas dire haineux, vis-à-vis de son propre pays et volontiers provocateur, ses œuvres et ses discours ont souvent fait scandale en Autriche. Malgré tout, Thomas Bernhard a continué à y vivre jusqu’à sa mort.

Présentation du Livre :

Nous assistons dans ce livre au long monologue intérieur d’un écrivain autrichien particulièrement haineux, rancunier et acariâtre, âgé d’une cinquantaine d’années, au cours de sa visite chez le couple Auersberger, lors d’un « dîner artistique » où l’on attend pendant deux heures un vieux comédien du Burgtheater en l’honneur duquel ce dîner est donné. Ce monologue intérieur, très obsessionnel et répétitif, nous permet de mieux comprendre les relations du narrateur-écrivain avec le cercle amical des Auersberger, des gens avec qui il avait coupé les ponts depuis trente ans et qu’il trouve absolument exécrables et insupportables. Le comédien si longuement attendu arrivera finalement à ce diner artistique après minuit, ce qui sera l’occasion de passer à table, mais les réactions des uns et des autres ne seront pas celles que l’on pouvait prévoir et l’ambiance va se gâter encore davantage. (…)

Mon humble Avis :

Je n’ai pas été trop surprise par le style de l’auteur car j’avais déjà lu de lui quelques romans, comme « Oui » et « Le Naufragé » mais je suppose qu’un lecteur découvrant Thomas Bernhard avec ce livre serait un peu déconcerté par ce style répétitif, plein d’exagérations, bourré d’adverbes, et par l’omniprésence de l’incroyable et inénarrable « fauteuil à oreilles » qui doit apparaître au moins deux cents fois dans les cent premières pages. Malgré tout, cette écriture a quelque chose de fascinant, d’hypnotique, et on a du mal à lâcher en cours de route ce monologue énergique et plein de verve !
On se demande au cours des premières pages si le narrateur est dérangé mentalement. Mais non : il est seulement animé par une colère et une rage débordantes. Il a l’impression de s’être fait avoir en acceptant ce diner artistique chez un couple d’anciens amis qu’il ne peut plus supporter, pas plus qu’il ne peut supporter les autres invités de ce diner ni les artistes autrichiens les plus en vue de ce pays. Plus encore : il s’en veut à lui-même et ne cesse de s’accabler de reproches.
Un personnage pourtant semble échapper à sa misanthropie généralisée : Joana, une de ses amies, artiste elle aussi, qui avait beaucoup de talent et qui ne s’est jamais compromise avec l’art officiel ou les instances culturelles gouvernementales.
Dégoût du monde culturel, horreur des prétentions artistiques, des honneurs et des décorations distribuées aux artistes par l’Etat autrichien de manière totalement injuste et arbitraire, sont autant de thèmes récurrents d’un bout à l’autre de ce livre.
Mais ce roman sombre a aussi ses zones lumineuses et ses élans vers l’espérance.
Un livre que j’ai plutôt aimé et qui ne peut laisser aucun lecteur indifférent !

Un Extrait page 104 :

Qu’est-ce que je fais dans cette société avec laquelle je n’ai plus été en contact depuis vingt ans, et avec laquelle, depuis vingt ans, je n’ai d’ailleurs pas voulu avoir le moindre contact, et qui a suivi son chemin comme j’ai suivi le mien ? me dis-je dans le fauteuil à oreilles. Que diable suis-je venu faire dans la Gentzgasse ? me demandai-je, et je me dis que j’avais cédé à un sentimentalisme momentané, au Graben, et que je n’aurais jamais dû céder à un sentimentalisme aussi répugnant. J’ai eu un moment de faiblesse au Graben, et je me suis abaissé à accepter l’invitation de ces époux Auersberger que je méprise et hais finalement depuis tant d’années déjà, me dis-je dans le fauteuil à oreilles. Nous devenons et nous nous montrons momentanément ignoblement sentimentaux, me dis-je dans le fauteuil à oreilles, nous commettons le crime de bêtise en allant là où nous n’aurions jamais dû aller, en allant même chez des gens que nous méprisons et haïssons, pensai-je dans le fauteuil à oreilles, je vais effectivement dans la Gentzgasse, ce qui est incontestablement, venant de moi, non seulement une bêtise mais une véritable infâmie. Nous devenons faibles et nous tombons dans le piège, dans le piège social, pensai-je dans le fauteuil à oreilles, car cet appartement de la Gentzgasse n’est actuellement pour moi rien d’autre qu’un piège social dans lequel je suis tombé. (…)

La Convocation d’Herta Müller

Dans le cadre des Feuilles allemandes organisées par Patrice et Eva du blog « Si on bouquinait un peu » et de Fabienne du blog « Livr’Escapades« , je vous propose une chronique sur la Convocation d’Herta Müller.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite notice biographique sur Herta Müller s’impose :

Née en 1953 en Roumanie, dans une famille qui appartient à la minorité germanophone du pays, elle étudie les littératures allemande et roumaine. Ayant à subir la censure en Roumanie, et mal vue par la dictature de Ceaucescu, elle émigre en Allemagne en 1987. Son œuvre romanesque dénonce les violences et les injustices contre les plus faibles et les crimes des régimes dictatoriaux, avec un style réputé pour sa remarquable poésie et sa beauté un peu sèche. En Allemagne, Müller est considérée comme une écrivaine de « World Littérature », « Littérature Mondiale ».
Elle obtient le Prix Nobel de Littérature en 2009, devenant ainsi la douzième femme à recevoir cette distinction et le troisième écrivain de langue allemande, après Elfriede Jelinek et Günter Grass.

Note pratique sur le livre :

Première publication en Allemagne : 1997
Editeur : Folio
Traduit de l’allemand par Claire de Oliveira
Nombre de pages : 263.

Quatrième de Couverture :

« Je m’arrêtai en titubant, les jambes en coton, les mains lourdes. J’étais brûlante et gelée en même temps, je n’avais pas couru loin du tout, juste un bout de chemin, c’était seulement vers l’intérieur que j’avais parcouru la moitié de la terre. »

Roumanie, à la fin des années Ceausescu. Surprise en train d’envoyer un message vers l’Ouest, la narratrice est convoquée dans les bureaux de la Securitate. Jour après jour, les interrogatoires se succèdent, aussi absurdes qu’inquiétants. Où puiser la force de résister ? Auprès d’un mari qui boit pour se donner du courage ? Dans le souvenir de Lily, morte sous les balles ? Pour échapper à la folie paranoïaque, elle prend une décision. Demain, elle ne se rendra pas à la convocation…

Mon Humble Avis :

J’ai eu beaucoup de mal à avancer dans la lecture de ce roman car je me suis passablement ennuyée – un ennui de plus en plus envahissant au fur et à mesure que j’approchais de la fin.
Pourquoi me suis-je autant ennuyée ? Je vais tenter de l’expliquer. Déjà, les personnages n’ont aucun trait de caractère ou qualité susceptibles de titiller la curiosité du lecteur ou, seulement, d’accrocher son attention : aucun n’est vraiment sympathique, certains sont antipathiques mais ils restent épisodiques, la psychologie des uns et des autres n’est absolument pas creusée, je les ai ressentis comme des vagues pantins, et surtout l’héroïne-narratrice dont les motivations sont bien difficiles à comprendre. Ce que l’on comprend, c’est que cette héroïne et son amie Lilli sont prêtes à tout pour fuir à l’Ouest et échapper à la dictature mais leurs tentatives ne sont pas du tout réfléchies, ce sont des espèces d’élans impulsifs, improvisés, maladroits, et forcément voués à l’échec.

Une autre raison de mon ennui : l’importance excessive accordée à des petits détails qui ne jouent aucun rôle dans l’histoire et dont on se fiche complètement. Par exemple, une page entière est accordée à la description d’une dame qui mange des cerises dans le tramway tandis que la mort de l’un des personnages principaux ne prend que quelques lignes. Sans doute, la cerise possède une connotation révolutionnaire avérée (les cerises de la Commune) mais je ne suis pas certaine que l’écrivaine ait vraiment recherché ce symbolisme allusif et, même si c’est le cas, je ne vois pas ce que ça apporte. En tout cas, on est noyé sous des informations d’apparence futile, superflue, et on se demande leur raison d’être racontées et développées.

Troisième raison de mon ennui : On n’a pas l’impression de progresser dans un roman structuré, il n’y a pas de développement à partir d’une situation de départ clairement définie. Tout est déstructuré, sans chronologie. L’autrice raconte les choses pêle-mêle, comme une espèce de méli-mélo d’événements tous en vrac.

Je veux bien croire que ces éléments qui m’ont tellement ennuyée constituent précisément tout l’intérêt et toute la savoureuse originalité de La Convocation d’Herta Müller mais il faut croire que je suis réfractaire à la littérature excessivement audacieuse et/ou expérimentale.

J’ai cependant apprécié l’écriture très poétique d’Herta Müller, chaque phrase est ciselée d’une manière artistique, avec une recherche d’étrangeté, de beauté insolite. Elle sait parfaitement jongler avec le langage ! Mais, au bout d’un certain temps, la beauté de son style n’a plus suffi à me captiver. Et il m’a même semblé à un moment que la multiplication un peu artificielle des tours de force stylistiques finissaient par nuire à la narration, en nous perdant dans trop de digressions !

Mon jugement a peut-être l’air trop dur – surtout vis-à-vis d’une lauréate du Prix Nobel au talent mondialement reconnu – mais je préfère dire sincèrement mon avis, ce qui n’enlève, bien sûr, rien au talent très respectable de cette écrivaine et à l’importance de son œuvre.

Un Extrait page 231

J’aimerais bien savoir combien de gens ont déjà été convoqués dans notre immeuble et les magasins d’en bas, à l’usine et dans la ville entière. Car enfin il doit tous les jours se passer quelque chose chez Albu, derrière chaque porte du couloir. L’homme à la serviette qui s’est précipité pour acheter de l’aspirine, je ne le vois pas dans la voiture. Peut-être a-t-il raté le tramway ou l’a-t-il trouvé trop bondé. S’il a le temps, il peut attendre le suivant. Une femme s’est assise à côté de moi, son postérieur est plus large que le siège, d’autant qu’elle a les jambes écartées et un cabas entre elles. Sa cuisse frotte contre la mienne, la femme fouille dans le cabas et en tire un cornet de papier journal plein de cloques rouges et ramollies. Elle se prend une poignée de cerises dans le cornet, tiens, des cerises justement. Elle crache les noyaux dans son autre main. Elle ne prend pas son temps, ne les suce pas soigneusement, il reste de la chair sur tous les noyaux. Qu’a-t-elle à se presser ainsi, personne ne va lui manger sa part de cerises, après tout. A-t-elle déjà été convoquée ou le sera-t-elle un jour ?

Bientôt le Printemps des Artistes !

Comme je vous l’annonçais il y a quelques semaines, mon Défi « Le Printemps des Artistes » commence le 1er avril, dans deux jours exactement !

L’occasion est venue pour moi de vous rappeler le principe : il s’agit de lire et de chroniquer un livre où il est question d’un art (musique, peinture, sculpture, architecture, danse, bande dessinée, cinéma, etc.) ou dont le héros est un artiste (musicien, peintre, etc.)

Vous pouvez aussi voir et chroniquer un film répondant à cette description !

Vous trouverez sur Babelio sans difficulté des idées de lectures en cherchant « romans sur la peinture », « romans sur la musique », etc. donc je vous laisse chercher ce qui vous convient !

Et n’oubliez pas de me signaler vos articles en commentaires.

Voici le logo du Défi, conçu par Goran, que vous pouvez réutiliser sur vos blogs :

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Knulp d’Hermann Hesse

Voici ma deuxième lecture de ce mois de novembre 2020 pour le défi des « Feuilles allemandes » organisé par Patrice et Eva du blog « Et si on bouquinait un peu » que vous connaissez bien maintenant !

Ce roman a été écrit par Hermann Hesse (1877-1962) en 1915.
Il se compose de trois parties, qui relatent divers épisodes de la vie Knulp, un vagabond volontaire, de sa jeunesse aux dernières heures de son existence.
Dans la première partie, nous faisons connaissance avec Knulp, un jeune homme élégant, séduisant, qui ne travaille pas et survit grâce à la générosité de ses nombreux amis, mais dont l’honnêteté et la gentillesse lui interdisent de profiter de certaines situations.
Dans la deuxième partie, Knulp expose à un ami d’enfance quelques éléments de sa philosophie, qui peuvent expliquer ses choix de vie libre et sans attache.
Dans la troisième partie, Knulp est nettement plus âgé, atteint de tuberculose, mais il peut encore compter sur des amis fidèles qui cherchent à l’aider.
(…)

Mon avis :

Il m’a semblé que ce livre racontait l’histoire d’une vocation : celle de Knulp pour une vie sans attaches, pour la liberté. Certes, ce mode de vie misérable va rendre Knulp très malade, au point d’écourter son existence, mais sa vocation pour le vagabondage semble passer bien avant ces considérations de confort. Ce choix de vie le rend-il heureux ou malheureux ? Il semble que la question ne se pose pas vraiment car l’essentiel pour lui est de suivre sa voie, quel qu’en soit le prix.
Les amis de Knulp lui font remarquer avec un peu d’aigreur qu’il a gâché ses talents, qu’il avait les moyens de faire de grandes choses, mais il a suivi le destin qui était le sien et n’a pas de regret.
J’ai trouvé que l’atmosphère de ce livre avait une certaine ressemblance avec « Vie de poète » de Walser ou encore avec « Lenz » de Büchner, puisqu’on y trouve le même type de héros, un poète solitaire et marginal, mal compris des autres hommes, et en quête d’idéal.
Un très beau roman, dont la fin est particulièrement forte et poétique !
Je conseille vivement ce livre !

Autour du monde, elles écrivent

Je n’ai encore jamais participé à un défi de lecture mais je suis tombée par hasard sur Autour du Monde, elles écrivent – un défi organisé par Eléonore du blog « A mes heurs retrouvés » dont je vous propose de lire le règlement ici – et qui m’a tout de suite séduite.
Je me suis inscrite en tant que Femme d’ici, donc je lirai dans les mois qui viennent un roman d’une auteure africaine (été) qui sera probablement Marou de Bessie Head, auteure sud-africaine que je n’ai encore jamais lue.
Pour l’automne je lirai probablement l’écrivaine chilienne Carla Guelfenbein, avec le roman Nager nues paru chez Babel.
Pour l’hiver je pense lire Siri Hustvedt, mais ne suis pas encore tout à fait fixée.
Comme le printemps est consacré à l’Asie et que j’ai déjà beaucoup chroniqué d’auteures japonaises, je tâcherai de mettre à l’honneur un autre pays de ce continent. Si vous avez des suggestions je suis preneuse (écrivaines chinoises, iraniennes, indiennes, etc.)
Pour l’écrivaine intemporelle, je n’ai pas non plus encore d’idée très définie, mais je pencherais pour une poète, peut-être Emily Dickinson.

Aussi, je ne respecterai pas forcément les saisons, et j’espère avoir répondu à ce défi de lecture bien avant l’échéance autorisée.

De belles lectures en perspective, dont je vous reparlerai au fil des mois …