Le Mystère Henri Pick de David Foenkinos

J’ai lu ce livre vers la fin du mois de mars 2020, en pleine période de confinement pour cause de virus, et ce choix de lecture correspondait à une envie d’humour et de légèreté.
Je savais de plus que ce roman abordait le thème de l’écriture littéraire, des échecs ou des succès de librairie, du monde de l’édition, toutes choses à priori fort intéressantes quand on aime lire et/ou écrire.

Malheureusement, ce livre n’a pas été à la hauteur de mes attentes, loin de là.
J’attendais de l’humour ou au moins de la malice, et n’en ai pas trouvé …
Le livre accumule les bluettes plus ou moins niaises entre divers personnages interchangeables, au caractère mièvre et sans relief.
La vision de l’écrivain ou du monde de l’édition donnée par Foenkinos est plutôt gentillette, pour ne pas dire neuneu : tout le monde est gentil, bien intentionné, les bons écrivains sont récompensés par des succès de librairie bien mérités et les mauvais écrivains vont au rebut, forcément, puisque le monde littéraire est connu pour la justesse de ses verdicts (puisque Foenkinos est publié chez Gallimard cela signifie qu’il est un grand auteur -> CQFD).

Il y a par ailleurs un mépris de classe assez déplaisant : les pauvres et, disons, la classe laborieuse est regardée avec condescendance : ces gens sont presque analphabètes, ne savent même pas écrire une carte postale, ne s’expriment pas non plus oralement, et le lecteur finit presque par se demander si les pauvres ne sont pas un genre de bestiaux irrécupérables, dans l’esprit de cet écrivain.

La manière dont Foenkinos essaye de nous tirer quelques larmes dans les derniers chapitres, m’a semblé poussive, préfabriquée et insincère. Comme si l’auteur se contentait d’employer des procédés déjà éprouvés ailleurs, des recettes toutes faites, mais qui ne reposent pas sur le ressenti personnel d’une vraie émotion.

Voilà les impressions que j’ai eues durant cette lecture, et je préfère les donner franchement, même si je peux me tromper et que mon avis est tout à fait subjectif.

Un livre bien peu recommandable, selon moi.

La Délicatesse, de David Foenkinos

la-delicatesse-david-foenkinos
L’attribution, hier, du prix Renaudot à David Foenkinos pour son dernier roman (intitulé Charlotte je crois) m’a fait réaliser soudain que je n’avais jamais lu cet auteur alors que j’avais depuis un nombre de mois incalculable, dans ma bibliothèque, La délicatesse, un roman acheté par curiosité mais dont j’avais toujours repoussé la lecture à plus tard. Il faut dire que je n’en attendais pas grand-chose, en ayant sans doute trop entendu parler dans les média et supposant (peut-être à tort) que les livres à succès sont rarement très valables. Aussi, le fait que ce roman ait été adapté au cinéma et que les critiques aient été souvent mitigées, avait achevé de me détourner de cette possible lecture.
Je l’ai finalement lu. Et c’est une bonne surprise !

Le début de l’histoire : Nathalie, une étudiante en économie, jeune et belle, rencontre son futur mari, François, un jeune financier, dans la rue et c’est le coup de foudre entre eux. Ils vivent sept ans d’un bonheur idyllique et parfait jusqu’au jour où François, parti seul faire son jogging, se fait renverser par une voiture. Devenue veuve, Nathalie reste désespérément amoureuse de François et se ferme à l’idée de toute nouvelle rencontre. Pour oublier sa peine et, surtout, s’oublier elle-même, elle jette toute son énergie et sa volonté dans le travail, finissant par obtenir une promotion qui la met à la tête d’une équipe de six personnes, dont l’insignifiant Markus …

Mon avis :
Voici les quelques remarques que je peux faire sur ce roman :
1) Il est très prenant : je l’ai lu d’une traite alors que ça ne m’arrive pour ainsi dire jamais. Ce n’est pas tant l’histoire qui est intéressante (on se doute que Nathalie va se remettre de son deuil et qu’elle va vivre une histoire d’amour avec Markus) que le style très inventif et fantaisiste de l’auteur, qui m’a d’ailleurs un peu rappelé – toutes proportions gardées – le style de Boris Vian dans L’écume des jours, avec des trouvailles très amusantes et, en même temps, non dénuées d’une certaine profondeur. J’ai franchement ri à plusieurs reprises, par exemple au moment du trafic de mozzarella, ou lorsque le patron de Nathalie invite Markus à diner.
2) J’ai trouvé qu’il y avait des analyses psychologiques parfois bien senties, assez pénétrantes, et d’autres fois un peu plus banales.
3) La construction du livre m’a semblé audacieuse car, au beau milieu du récit, on trouve des petits chapitres fantaisistes (ayant bien sûr un rapport avec l’histoire) comme un extrait de la notice du Guronsan, les paroles de la chanson L’amour en fuite d’Alain Souchon, les ingrédients d’une recette de cuisine (le risotto aux asperges), un extrait de la pièce Mademoiselle Julie de Strindberg, un extrait du discours de Ségolène Royal après sa défaite à la présidence du Parti Socialiste, etc.
4) J’ai pensé à un moment que l’auteur ne reculait pas devant l’expression des sentiments, évoquant le sentiment amoureux avec même parfois un soupçon de lyrisme voire de sentimentalisme, et qu’il réussissait pour autant à ne pas tomber dans le ridicule.
5) La fin m’a paru gentillette, un peu trop « tout est bien qui finit bien », je me serais attendue à une fin plus originale et fantaisiste.

Je conseillerais ce livre aux lecteurs qui traversent une période de morosité et qui ont besoin de se remonter le moral !