Un été sans les hommes, de Siri Hustvedt

un_ete_sans_les_hommesCela faisait longtemps que je prévoyais de découvrir l’œuvre de Siri Hustvedt et ce mois de mars consacré aux auteurs femmes aura été l’occasion de m’y plonger.
Siri Hustvedt est une romancière américaine, née en 1955, et qui est l’épouse de Paul Auster.

Résumé de l’histoire :

Mia est une femme poète de cinquante-cinq ans, mariée depuis trente ans à un brillant scientifique prénommé Boris. Un beau jour, alors qu’elle ne s’y attend pas, Boris lui déclare qu’il a besoin « d’une pause » dans leur couple et quitte le domicile conjugal. En réalité « la pause » en question est une jeune française rencontrée récemment par Boris. Pour Mia c’est l’effondrement : elle fait une bouffée de paranoïa soudaine mais intense et doit être hospitalisée quelques temps. A sa sortie de l’hôpital, elle se lance dans de nouvelles activités pour oublier son chagrin. Elle donne des cours de poésie à un groupe d’adolescentes de treize ans qui, de prime abord, ne semblent pas très intéressées par la littérature. Parallèlement, Mia se met à fréquenter assidûment la maison de retraite où vit sa mère, et où elle rencontre « Les Cygnes » : un groupe de très vieilles dames à la santé précaire mais à l’esprit toujours vif et alerte. Parallèlement encore, elle fait connaissance avec sa voisine de vingt-six ans, une jeune mère de famille, dont le mari est un homme colérique et violent, et noue avec elle une joyeuse amitié. Mia, durant cet été sans les hommes, va également établir une correspondance avec un(e) mystérieux(se) inconnu(e) qui signe ses lettres du nom de Personne et semble vouer à Mia une grande admiration.

Mon avis :

J’ai trouvé sympathique cette idée de nous montrer des femmes aux différents âges de la vie, depuis l’adolescence jusqu’à l’extrême vieillesse, mais il m’a semblé que le groupe des adolescentes étaient nettement le plus réussi et le plus crédible et, surtout, qu’il fournissait à l’auteure des sujets d’analyse psychologique très intéressants, en particulier sur l’empathie, sur l’émulation de groupe et sur l’image de soi à l’adolescence.
Il m’a semblé par contre que le personnage de la jeune mère de famille, qui se dispute sans arrêt avec son mari pour des raisons qui nous restent inconnues jusqu’au bout du roman, n’était pas très intéressant et que l’auteure ne savait pas trop quoi faire de ce personnage.
Quant au groupe de vieilles dames, il est un peu convenu dans la mesure où on oscille entre vieille dame indigne et malade d’Alzheimer, mais on trouve tout de même un beau portrait de femme dans le personnage d’Abigail, artiste à ses heures perdues et auteure de broderies secrètement érotiques.
Mais ce qui m’a nettement plus intéressée ce sont les réflexions de Siri Hustvedt sur le féminisme, ou plus exactement son ironie mordante à propos des théories sexistes qui ont pu fleurir dans l’Histoire de la pensée. C’est ainsi qu’on a pu tenter de justifier l’infériorité supposée des femmes par diverses particularités anatomiques découvertes au gré de l’histoire de la médecine, comme une trop grande finesse du corps calleux (dans le cerveau), puis d’une trop grosse épaisseur découverte dans une partie de ce même corps calleux …
J’ai pris plaisir à lire ce livre émaillé de nombreuses réflexions pertinentes et intelligentes. Mais j’ai regretté que les personnages ne soient pas toujours assez fouillés.

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Clair de Femme de Romain Gary

Deux êtres en perdition, Michel et Lydia, se rencontrent un soir et tentent, au cours de la nuit qui suit, de se raccrocher l’un à l’autre. La femme de Michel est en train de mourir et lui a fait promettre de rencontrer une autre femme pour poursuivre avec elle l’amour de leur couple. Le mari de Lydia est resté gravement handicapé à la suite d’un accident de voiture dans lequel est morte leur petite fille.

Roman sur le désespoir, il y a un savant mélange, comme souvent chez Romain Gary, de dérision et de lyrisme – mélange qui, ici, ne parvient pas vraiment à émouvoir le lecteur.

L’habileté de l’auteur à manier le paradoxe, que l’on retrouve dans chacun de ses autres romans et ici quasiment à chaque page, finit par devenir systématique et ne sonne pas toujours juste.
Certains passages, pourtant, sont émouvants, en particulier ceux qui concernent le mari de Lydia, atteint de jargonaphasie, et qui tente, à travers son étrange charabia, de retenir sa femme en lui disant qu’il l’aime.

On peut supposer que dans les années 1970, période où a été écrit Clair de Femme, Romain Gary avait plutôt investi son énergie créatrice du côté d’Émile Ajar, et que l’œuvre poursuivie sous son vrai nom a été moins centrale pour lui …
Clair de Femme est en tout cas loin d’être le meilleur roman de Romain Gary, on y trouve quelque chose d’artificiel et de théorique, que les accents de vrais désespoir ne parviennent pas vraiment à faire oublier.

Extrait page 28 :

 » Pars, va-t-en loin, comme tu l’as promis. Là. Mets ta tête ici, chez toi. Ne t’engonce pas dans le malheur, ne pense pas à moi tout le temps, je ne veux pas devenir une rongeuse … Je suis obligée de te quitter. Je te serai une autre femme. Va vers elle, trouve-la, donne-lui ce que je te laisse, il faut que cela demeure. Sans féminité, tu ne pourras pas vivre ces heures, ces années, cet arrachement, cette bestialité que l’on appelle si flatteusement, si pompeusement : « le destin ». J’espère de tout mon amour que tu vas la rencontrer et qu’elle viendra au secours de ce qui, dans notre couple, ne peut pas, ne doit pas mourir. Ce ne sera pas m’oublier, ce ne sera pas « trahir ma mémoire », comme on dit pieusement chez ceux qui réservent leur piété à la mort et au désespoir. »