Neige de Maxence Fermine

Quatrième de Couverture :

Dans le Japon raffiné du XIXe siècle, le jeune Yuko a choisi sa voie : il sera poète, contre l’avis de son père. Soseki, l’ancien samouraï et vieux peintre aveugle, lui enseignera l’art du haïku. Entre les deux hommes plane l’image obsédante d’une femme disparue dans la neige … Une langue épurée, concise et sans artifices, qui parle d’amour de la vie et de quête d’absolu.

Mon avis :

Ce roman est plutôt un conte, où la vraisemblance n’a pas toujours sa place et où les personnages font figure d’archétypes, ce qui ne manque pas de charme.
Certaines choses assez jolies nous sont dites sur la neige et des idées insolites sur l’écriture de haïkus.
J’ai été au départ un peu déconcertée par le fait que le maître de Yuko s’appelle Soseki, comme le grand écrivain japonais du XIXe siècle, et j’ai dû vérifier dans sa biographie qu’il n’y avait pas de rapport entre les deux. Ca peut sembler anecdotique mais ça a parasité ma lecture pendant quelque temps …
L’écriture est assez jolie, limpide, et s’accorde bien avec le thème de la neige.
Bien qu’il s’agisse d’un petit livre, qui se lit en une petite soirée (moins de cent pages), c’est une lecture agréable, un livre qui se plait à cultiver son atmosphère hivernale et glacée de bout en bout, un livre léger comme un flocon de neige.

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Un extrait d’Alice au Pays des Merveilles


Charmée et amusée par ma lecture d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll – lu déjà quand j’étais petite mais dont je ne gardais pas vraiment de souvenir – je vous en reproduis un extrait.

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Page 104-105

Le Chat se contenta de sourire en voyant Alice. Elle lui trouva l’air fort aimable ; néanmoins, il avait des griffes extrêmement longues et un très grand nombre de dents, c’est pourquoi elle sentit qu’elle devait le traiter avec respect.
« Minet-du-comté-de-Chester », commença-t-elle assez timidement, car elle ne savait pas trop si ce nom lui plairait.
Le Chat s’étant contenté de sourire plus largement, Alice pensa : « Allons, jusqu’ici il est satisfait », et elle continua :
« – Voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, par où je dois m’en aller d’ici ?
– Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller.
– Peu m’importe l’endroit…
– En ce cas, peu importe la route que tu prendras.
– … pourvu que j’arrive quelque part » ajouta Alice en guise d’explication.
 » Oh, tu ne manqueras pas d’arriver quelque part, si tu marches assez longtemps. »
Alice comprit que c’était indiscutable ; en conséquence elle essaya une autre question :
 » Quelle espèce de gens trouve-t-on dans ces parages ?
– Dans cette direction-ci « , répondit le Chat, en faisant un geste de sa patte droite, « habite un Chapelier ; et dans cette direction-là » (il fit un geste de sa patte gauche), « habite un Lièvre de Mars. Tu peux aller rendre visite à l’un ou à l’autre : ils sont fous tous les deux.
– Mais je ne veux pas aller parmi les fous !
– Impossible de faire autrement ; nous sommes tous fous ici. Je suis fou. Tu es folle.
– Comment savez-vous que je suis folle ?
– Si tu n’étais pas folle, tu ne serais pas venue ici »

Conte de la première lune, de Hirano Keiichirô

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Quatrième de couverture :
Conte de la première lune est l’histoire d’un jeune poète romantique qui, pour soigner sa mélancolie, entreprend au siècle dernier un voyage au sud de Kyôto, une région connue pour la beauté de ses paysages et les pratiques magiques des anachorètes bouddhistes qui y vivent.
Mordu par un serpent venimeux, il est recueilli par un moine dans un ermitage au cœur des montagnes et rencontre en songe une femme dont il s’éprend. Mais où commence le rêve et où s’achève la réalité ? Telle est l’une des questions que suscite ce conte philosophique et poétique, où la lune se lève sur la beauté inoubliable d’une femme se lavant dans ses rayons, où l’intensité de l’épanouissement des fleurs et des sentiments coïncide avec l’instant de la mort, tandis qu’un papillon, délicat et magnifique, guide le voyageur dans le labyrinthe des illusions jusqu’au dénouement.

Mon avis :
La quatrième de couverture que je viens de recopier est tout à fait fidèle à ce que j’ai pu ressentir en lisant ce beau livre. Il s’agit d’un conte, c’est-à-dire que les forces magiques et irrationnelles y occupent une place tout à fait centrale, et contribuent à créer dans l’esprit du lecteur tout un jeu de ramifications par rapport aux sens cachés de cette histoire, sur lesquels on continue de s’interroger même après avoir terminé le livre. Ce conte, en effet, ne répond pas à toutes les questions qu’il soulève : en particulier, la question des multiples passages du rêve à la réalité et de la réalité au rêve restent assez énigmatiques, produisant de nombreux échos et rêveries dans l’esprit du lecteur.
J’ai été très étonnée quand j’ai appris que ce livre datait des années 2000, car dans mon esprit il appartenait plutôt au 19è siècle (tant par son écriture que par son atmosphère), et j’avoue qu’il m’a même fait penser par moments à un roman de Barbey d’Aurevilly dont je ne suis pas sûre de me rappeler du titre, mais qui pourrait bien être L’Ensorcelée. Sauf que, naturellement, dans Conte de la première lune, le contexte extrême-oriental est présent à chaque page, et les superstitions japonaises, comme le mauvais œil, interviennent à plusieurs reprises.
Le héros de l’histoire, Masaki, est lui-même très représentatif du 19è siècle : poète romantique, neurasthénique, mélancolique, … l’auteur nous dit que ce personnage est d’une très grande beauté physique mais que sa beauté serait plutôt démoniaque, et, en effet, ce poète semble attiré autant par la beauté et la pureté que par la souffrance et la mort, dans la plus pure tradition romantique.
Un livre très poétique et envoûtant, que je conseille vivement !

Extrait page 111-112 :

 » On parle de rêve, de réalité, comme de deux choses totalement différentes. Pourtant, il me semble qu’il s’agit d’une seule et même illusion. Cette nuit-là, avant mon départ, ce n’est pas en rêve, mais bien dans le monde réel que cette femme m’est apparue.
Je l’ai vue, en vérité, de mes yeux de chair. Et pourtant, quand j’y repense maintenant, cela aussi me semble n’avoir été qu’une illusion éphémère.
Cette femme était belle comme une apparition. Une telle beauté ne saurait être de ce monde. Et pourtant, quand j’y songe, il se peut aussi que cette vision que j’ai contemplée avec ravissement n’ait été autre chose en réalité, ainsi que l’affirmait le révérend abbé, que la silhouette d’une vieille lépreuse. (…) »