Quelques Poèmes de Gabrielle Althen

Ayant déjà eu l’occasion de lire avec beaucoup de plaisir des poèmes de Gabrielle Althen dans diverses revues, j’ai souhaité acheter son dernier recueil « La Fête invisible » paru chez Gallimard en mai 2021 dans la collection blanche, et que j’ai trouvé excellent et remarquable.

Présentation de la poète :

Gabrielle Althen (née en 1939) est une poète, romancière, nouvelliste, essayiste, traductrice et scénariste française. Professeure de littérature comparée à l’Université de Paris-Nanterre. Elle a obtenu le Prix Louis Guillaume en 1981.


Présentation du livre par l’éditeur :

Il y a dans cette centaine de poèmes en vers et en prose autour de la beauté, de son aura, de son approche, de son mystère, quelque chose qui s’apparente à un feu d’artifice. Le ciel poétique en est comme bouleversé. Y concourent des brassées d’images étonnantes, portées par des rythmes inattendus, et soutenues par une grande maîtrise de la langue et le naturel de son expression. C’est un véritable art poétique qui se déploie ici et nous rappelle que la poésie est bien la manière de rendre accessible, évident, ce qui reste inexprimable. (Source : Gallimard).

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Page 17

La Rumeur du Néant

Rien, rien, rien, la litanie du rien, mais le néant ne veut pas commencer et l’air brille.
Je n’étais pas concernée, bien que je sache que je manque de chic, puisque je manque de néant. Du reste, ma terreur, qui n’est pas du néant, s’assortissait d’épines.
On se parlait. C’est toujours la vie qui parle à la vie. Les oiseaux et le vent le savent, qui lui bredouillent en leur langue un amen.
Et l’on cajolait l’ennui et trouvait intelligent de le porter sur soi. Je répondais parfois, mais c’était sans avoir beaucoup à dire, parce que je m’appliquais surtout à continuer de marcher en collectant des miettes, dans les faubourgs qu’il me fallait traverser.

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Page 22

Les Mains justes

Mais pourquoi notre terre, dans le manteau du soleil, était-elle si petite, notre terre et ses routes exquises, avec cyprès, châteaux et amandiers sur les terrasses ? Et notre peur de perdre et de mourir convoitait ces douceurs de façon si féroce que la fleur fut fauchée et le fruit se rompit.
On dit que, par le passé, aurait existé un bel amour qui laissait tout en place en caressant l’instant de ses mains toujours lisses.

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Page 51

Face à face

Avec son grand visage vide
La beauté me fait face
Mon instinct s’intimide
Ô cette basse continue de la peine
Et le creux martelé du face à face !
Un cheval broute
Les routes sont arides
Je possède un regard et deux mains
Et même un centre dit de gravité
Le jour est lourd
Dire qu’il y aurait là-bas des rires
Et des actes sans poids…
Mon Dieu, mon Dieu !
Sauvez-nous de l’informe.

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Page 54

Lumière heureuse, comme manquante, ciel vide au-dessus de l’équanimité du jour, cet ordre sans parole pardonnant les gestes des badauds.

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Page 105

Bricole

Le vent retourne l’air
Une migration d’arbres suit
Des avions se promènent
On a lavé le jour
Le ciel pourtant ne bouge pas
Y aurait-il à faire ?
Le vent n’attente pas à la lumière

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Des Haïkus de la poétesse Chiyo-Ni

Couverture chez Moundarren

J’ai trouvé ces haïkus de la grande poétesse classique japonaise du 18ème siècle Chiyo-Ni dans le recueil « CHIYO NI, bonzesse au jardin nu » paru aux éditions Moundarren.

Chiyo-ni (1703-1775) est une nonne bouddhiste et poétesse de la période Edo. Elle excellait aussi bien dans l’art poétique que dans la peinture et la calligraphie. Elle commence à étudier le haïku dès l’âge de douze ans. A l’âge de 17 ans, elle est reconnue par le maître Shiko Kagami (1665-1731). Elle se marie à 18 ans mais son mari meurt deux ans plus tard. Devenue bonzesse en 1754, à l’âge de 52 ans, elle écrit le jour de son ordination : « Je ne rejette pas le monde, mais à cause d’un profond sentiment solitaire d’impermanence je recherche une voie où mon cœur puisse s’abreuver à la source pure qui coule nuit et jour ». Elle se lie avec la plupart des haïjins (auteurs de haïkus) les plus réputés de cette époque. Elle est parfois désignée sous le nom de Kaga no Chiyo.
Elle est considérée comme une des grandes poétesses japonaises.
(Sources : Wikipédia et éditeur, résumés et mixés par mes soins)

Note pratique sur le livre :

Genre : poésie
Année de parution chez cet éditeur : 2005
Edition bilingue (japonais-français)
Traduit en français par Cheng Win Fun et Hervé Collet
Nombre de pages : 106

Poèmes extraits du livre

Portrait de Chiyo-ni

les jeunes herbes
entre chaque brin
miroite l’eau

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désir de femme
profondément enraciné
les violettes

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le coucou
la page blanche
solitude

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sous les nuages de pluie
ventre gonflé
la grenouille

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papillon, papillon
sur le chemin de la fillette
derrière, devant

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jamais éteint
mon cœur de femme
j’aère mes vêtements

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fraîcheur !
le bas de ma robe soulevé par le vent
dans le bosquet de bambous

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le liseron du soir
la grâce
des choses cachées

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le liseron du matin
malgré la toile d’araignée
a éclos

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prenant le frais
sur le pont, au milieu de la nuit
des gens qui ne se connaissent pas

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dormant seule
réveillée par le gel nocturne
pur ravissement

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Quelques haïkus et photos de bord de mer

Etant partie quelques jours en Bretagne Sud, au mois de juin, je vous propose quelques haïkus et photos rapportés de ces journées de vacances. Ils vous donneront une idée de mon séjour et de mon état d’esprit du moment.

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Le ciel est rose
comme un grand coquillage
– et j’entends la mer.

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Pluie et vague
– dans un long brouillard blanc
l’océan se noie.

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Bien au-dessus
des tourterelles plaintives
une mouette plane.

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K-ways et tongs
– à défaut de baignade
les touristes pataugent.

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Mer grise, ciel gris
– tu enfiles ton ciré
couleur de soleil.

smart

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La pluie peu à peu
espace ses gouttes – mouettes
dans la lumière.

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Plus doux, plus doré
que sable au soleil
– le grain de ta peau.

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Tintouin assommant
d’une mouche têtue
– sur l’heure de la sieste.

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Merci de noter que ces photos et haïkus ne sont pas libres de droit. Me consulter pour toute éventuelle utilisation.

Les soucis du ciel de Claude Roy – Poème

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Les Soucis du Ciel

Le ciel apprend par coeur les couleurs du matin
Le toit gris l’arbre vert le blé blond le chat noir
Il n’a pas de mémoire il compte sur ses mains
Le toit blond l’arbre gris le blé noir le chat vert

Le ciel bleu est chargé de dire à la nuit noire
comment était le jour tout frais débarbouillé
Mais il perd en chemin ses soucis la mémoire
il rentre à la maison il a tout embrouillé.

Le toit vert l’arbre noir le chat blond le blé gris
Le ciel plie ses draps bleus tentant de retrouver
ce qu’il couvrait le jour d’un grand regard surpris
le monde très précis qu’il croit avoir rêvé

Le toit noir l’arbre blond le chat gris le blé vert
Le ciel n’en finit plus d’imaginer le jour
Il cherche dans la nuit songeant les yeux ouverts
Aux couleurs que le noir évapore toujours.
Claude Roy (Poésie/Gallimard, recueil Erreur sur la personne)