Marguerite, de Xavier Giannoli

marguerite J’avais manqué ce film à sa sortie en salles en 2015 – malgré une grande envie de le voir – mais j’ai heureusement pu me rattraper il y a quelques jours en le regardant en DVD. Je pensais déjà qu’il s’agissait d’un bon film, mais j’étais encore en-dessous de la réalité, car j’ai trouvé que c’était un film très passionnant, avec d’énormes qualités.
La trame principale de l’histoire est assez originale, et simple en même temps : une baronne fortunée, Marguerite Dumont, s’adonne avec passion au chant lyrique, et donne de petites représentations privées pour des oeuvres de bienfaisance, mais elle chante horriblement faux et tout son entourage l’entretient dans l’illusion qu’elle est une grande cantatrice. Mais un journaliste et son ami poète avant-gardiste – proche de Dada – s’introduisent un beau jour dans un de ses fameux concerts privés, et viennent perturber la routine et les illusions de Marguerite.
J’ai trouvé que les analyses psychologiques des personnages étaient très intéressantes, celui de Marguerite bien sûr, mais tout autant le personnage du mari qui est tiraillé entre la honte de voir sa femme se donner en spectacle et l’envie de ne pas lui faire de peine, d’autant plus forte qu’il a une maîtresse et que son sentiment de culpabilité le conduit à la lâcheté.
C’est justement un des sujets les plus intéressants du film, de nous faire réfléchir aux raisons pour lesquelles l’entourage de Marguerite lui ment : on croit à certains moments que c’est par gentillesse, par égards pour elle, mais on s’aperçoit que c’est plutôt par lâcheté, par cupidité, voire carrément par cruauté.
Quant à Marguerite, elle est d’une naïveté très touchante, sans doute désespérée par l’attitude de son mari qui ne la comprend pas et qui ne rentre pas dans sa passion pour le chant, mais en même temps, jouant comme une petite fille à la grande diva, se faisant photographier dans des costumes de scène tous plus exotiques les uns que les autres, à la fois très seule et très entourée.
J’ai trouvé qu’il y avait une grande liberté dans ce film, avec une esthétique qui frôle par moments le monstrueux (présence d’un œil géant au début du film, présence de personnages étranges tout le long du film comme des hommes déguisés en nonnes, ou comme la femme à barbe tireuse de cartes qui accompagne le professeur de chant), donnant le sentiment de n’être pas tout à fait dans la réalité, mais dans des espaces surréels.
En tout cas, une chose est sûre : ce film, bien qu’il fasse sourire de temps en temps, est essentiellement un drame, et sa réflexion sur la vérité et la manière dont on peut jouer avec la vérité, est assez philosophique.
Un film qui mérite grandement d’être vu …

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Sur « Les Saveurs du Palais »

Hortense Laborie, chef cuisinier dans le Périgord, se voit un jour convoquée à Paris pour travailler au service d’un « haut fonctionnaire ». Elle apprend à son arrivée dans la capitale que ce haut fonctionnaire n’est autre que le Président de la République et que son travail consistera à lui préparer tous ses repas privés. Elle accepte (mais a-t-elle vraiment le choix ?) et se retrouve confrontée à divers soucis : respect du Protocole très strict de l’Élysée, rivalités avec l’autre cuisine du Palais (« la Centrale »), contraintes diététiques qui lui seront imposées quand la mauvaise santé du Président commencera à l’exiger.

 

C’est un film assez agréable à suivre, même quand on est peu intéressé à priori par les arts de la table. Une tension s’installe dès le début et on se demande si l’héroïne  parviendra à trouver sa place à l’Élysée et si ses plats sauront séduire le Président.
Ce climat d’appréhension et d’effervescence est bien mis en valeur par Catherine Frot, comme toujours parfaite, sur le visage de laquelle se lisent toutes les émotions.
Jean d’Ormesson se tire plutôt bien de son rôle et est même convaincant en Président de la République : il montre du naturel dans son jeu et possède un certain charisme – j’étais agréablement surprise.

Le défaut majeur des Saveurs du Palais est sa fin – et, d’une manière générale, toutes les scènes qui se déroulent en Antarctique (ou en Arctique ? Désolée, je n’ai pas vraiment suivi, mais en tout cas il fait froid) – ces scènes n’ont pas d’intérêt du tout.

Si jamais ce film vous tente je vous conseillerais d’aller le voir à la séance de 18 heures et de prévoir un restaurant après car Les Saveurs du Palais donnent extrêmement faim !